Didier Robert au rendez-vous pour répondre à la demande de baisse de prix

Magnifique parade de la Ministre des Outre-mer ! Rien ne peut empêcher de croire qu'il s'agit d'une réponse aux parlementaires qui n'ont pas souhaité la rencontrer lors de son passage. Annick Girardin a donné la parole à Cyrille Melchior, Président du Département de la Réunion, et Didier Robert, Président de la Région Réunion avant d'intervenir. Brillant et inédit !

Le Président de la Région Réunion a fait des propositions concrètes pour contribuer à une baisse générale des prix. Attention toutefois à ne pas pénaliser la production locale qui devra, elle aussi obtenir des avantages face à la concurrence de l'importation. Redécouvrez son discours qui a le mérite d'être totalement en phase avec les revendications.

"Je veux aujourd’hui m’adresser à chaque Réunionnaise et à chaque Réunionnais, dans un moment et dans un contexte particulier, 14 jours après les premiers barrages organisés dans notre île par les Gilets Jaunes. Je veux m’adresser à celles et ceux encore dans les rues et à tous ceux, chez eux, qui attendent et qui prient pour une résolution rapide d’une crise qui dure. Je le fais dans le cadre des fonctions que les Réunionnais m’ont confiées en 2010, et renouvelées en 2015.

La Réunion vit un moment Historique.

C’est le moment d’une expression forte, violente, faite de colère et de ressentiments étouffés depuis de nombreuses années. La départementalisation a amené des progrès incontestables. Mais elle a aussi produit beaucoup d’inégalités que nous n’avons pas réussi à corriger en 70 ans.

A la place qui est la mienne, j’ai, durant toutes ces années, tout mis en œuvre pour travailler à l’unité de tous les Réunionnais, travailler à un modèle de développement qui profite au plus grand nombre.
J’ai souvent alerté sur la nécessité de mieux nous faire entendre à Paris, à Bruxelles, sur tous les sujets. J’ai souvent alerté sur nos difficultés, sur le fait de mieux prendre en compte nos spécificités, sur le fait de mieux tenir compte des écarts de vie et de la souffrance de beaucoup de familles.

J’ai parfois été entendu. Mais mon action et celle de mes équipes, pour la part qui me concerne, n’aura pas été suffisante. Je le reconnais avec beaucoup d’humilité.
La détresse d’un grand nombre de jeunes, de familles, de retraités, de salariés, de demandeurs d’emplois, d’artisans, de petits commerçants, d’entrepreneurs et de bien d’autres, est mise sous les feux des projecteurs.

Bien sûr que la question de l’emploi est posée.
Bien sûr que la question de la précarité et du pouvoir d’achat est sur la table.
Mais cet élan populaire dit plus que cela. Chacun, avec ses mots, à sa manière, se sera exprimé. Cet élan populaire est l’expression aussi et surtout d’un mal vivre et d’un ras-le-bol profond et réel.

Ce que j’entends, c’est une grande colère ;
C’est une profonde aspiration à être écouté et à être entendu ;
C’est l’envie tout simplement d’être reconnu, avec le sentiment pour beaucoup d’avoir toujours été mis de côté ;
C’est la nécessité de changer les choses en profondeur pour plus d’égalité et de justice ;
C’est la nécessité de reposer clairement notre modèle et l’organisation même de nos institutions.

Jusqu’à maintenant, j’ai respecté la demande des Gilets jaunes qui n’ont souhaité à leur côté ni élu, ni syndicaliste.

Mais je dis aussi, ce soir, que le temps doit être désormais celui de l’échange et de l’écoute, celui du rassemblement de tous les Réunionnais, celui du respect de l’autre, celui de l’arrêt des violences, celui de la levée des barrages, celui de la reconstruction.
Je veux, à mon niveau, apporter ce soir des premières réponses concrètes.

La classe politique à laquelle j’appartiens, doit retrouver les mots et l’attitude pour se faire entendre et pour renouer le dialogue avec une partie de la population.
Le travail sera long et difficile.
Mais si on ne se parle pas et si on ne répond pas aux questions qui ont été posées, si on ne le fait pas autour d’une table, rapidement, à quoi tout cela aura servi ?
Si on en arrive au final à se déchirer les uns les autres, entre ceux qui veulent rester sur les barrages et ceux qui n’en peuvent plus d’attendre, à quoi tout cela aura servi ?

Dans ce contexte, dans ce moment particulier, je considère que c’est à nous encore, élus, de faire un premier pas. Nous sommes en première ligne et nous ne pouvons pas nous défausser.

Nous sommes légitimes, bien sûr. Nous avons tous été élus par la population, c’est incontestable. Nous sommes tous garants du fonctionnement de notre démocratie. Notre pays est une démocratie.

Mais nous avons, tout autant que nous sommes, beaucoup perdu en crédibilité vis-à-vis d’une partie de l’opinion publique. C’est aussi cela la réalité. Les calculs politiciens, les attaques violentes et les petites querelles de chapelle participent évidemment à renforcer cette défiance des citoyens – Ces calculs, ces attaques, ces querelles n’ont pas leur place face à la gravité de la situation !

Dans ce contexte, dans ce moment particulier, nous devons poser des actes forts. Chacun est libre d’agir comme il l’entend, de fixer son propre calendrier, de tenir compte de la nécessaire représentation des petites communes. Mais j’estime pour ma part que nous devons aller plus loin que ce que la loi de modernisation et de transparence de la vie politique prévoit.
Je propose aux élus de La Réunion, et je serai le premier à le faire, d’accepter de respecter le principe : UN HOMME/ UN MANDAT/ UNE FONCTION.

Dans le même temps, pour apporter une première réponse au besoin de représentation populaire permanent que j’ai entendu, je propose la création, dans un délai maximum de trois mois, d’un CONSEIL CONSULTATIF CITOYEN, composé de Réunionnaises et de Réunionnais tirés au sort. Ce Conseil aura pour principale mission de préparer et de porter tous les référendums d’initiative populaire, sur tous les sujets qu’il jugera utile. Les pétitions devront naturellement recueillir un minimum de signatures pour enclencher l’organisation de ces référendums. Le résultat de ces consultations devra obligatoirement être pris en compte par les collectivités concernées, Région, Département, Communes.

Je propose enfin l’adoption d’une CHARTE DE LA TRANSPARENCE ET DE L’EFFICACITE DES FONDS PUBLICS. Il y a eu un avant. Il y aura un après. Je n’accepterai désormais de travailler qu’avec les collectivités locales, les entreprises et les associations qui auront accepté au préalable le même standard de transparence que la Région.

Ces évolutions de notre organisation et de notre représentation politiques sont devenues incontournables. Il faut l’entendre comme une première étape vers plus de démocratie directe et pour plus de transparence. C’est une première réponse, c’est la mienne, il doit y en avoir d’autres.

En attendant, nous avons aussi à reposer pour notre île une nouvelle ambition, une nouvelle vision économique et sociale, à réinventer un nouveau projet de développement qui donne plus de place pour plus de justice et d’égalité, un nouveau modèle que nous avons à construire ensemble, avec tous les Réunionnais. C’est un combat qui n’est pas gagné d’avance. Il s’inscrit dans la même logique que ceux que nos aînés ont porté à leur époque pour la départementalisation ou pour l’égalité sociale.

L’idée que je défends et que je propose est simple. Elle est simple mais c’est une vraie révolution par rapport à tout ce que nous avons connu jusqu’à maintenant. Pour apporter une vraie réponse à la question de la formation des prix, à la question de la vie chère, de manière forte et sur le long terme, nous devons penser et imaginer La Réunion comme si nous étions collés à la Métropole. Nous devons réfléchir et travailler en parvenant à effacer la distance et donc à effacer le coût de la distance. Faire sauter le verrou « distance-fret-surcoût » est devenu essentiel et aura un impact direct sur le prix des biens et des marchandises pour tous les Réunionnais.

L’idée que je défends et que je veux partager les Réunionnais est celle d’un nouveau combat que nous devons mener, celui pour la CONTINUITE TERRITORIALE DES BIENS ET DES MARCHANDISES. Réussir pour les biens et les marchandises ce que nous avons réussi à faire pour la continuité territoriale que vous connaissez déjà.

Pour régler cette question, il y a trois principaux leviers à faire évoluer :

1/ premier levier : la prise en charge des surcoûts du au fret pour les produits et les marchandises entre la métropole et La Réunion. Ce surcoût devra être financé par l’Etat, l’Europe et la Région ; l’enjeu sur le transport maritime et aérien est de l’ordre de 350 millions d’euros chaque année ;

2/ deuxième levier : une lutte implacable contre toutes les situations de monopole et pour une transparence totale des prix et des marges ; sur ce sujet, il faut obtenir de l’Etat et de tous les partenaires un engagement total et formel ;

3/ troisième levier enfin, la révision de l’octroi de mer. Je l’ai dit, je suis prêt à ouvrir ce débat, avec la population bien sûr mais aussi avec les communes dont les budgets et donc les missions dépendent pour beaucoup des recettes d’octroi de mer ; nous devons poser le débat aussi avec les producteurs locaux. L’enjeu global est de 420 millions d’euros au total. Si les choses doivent évoluer, elles évolueront ! Parallèlement, la question doit être posée aussi d’une baisse ou même de la suppression de la TVA sur certains produits.

Avec ce combat, que nous pouvons engager maintenant, pour la CONTINUITE TERRITORIALE DES BIENS ET DES MARCHANDISES, nous apporterons une vraie réponse à l’un des sujets parmi les plus sensibles pour tous les Réunionnais, ceux les plus fragiles comme tous ceux de la classe moyenne : celui de l’EGALITE DES PRIX entre La Réunion et la métropole. Il ne doit y avoir aucun sujet tabou tout en comprenant que nous devons être vigilants à ne pas casser non plus la production et l’emploi local.


Je veux terminer mon intervention en évoquant une fois encore devant vous la question qui, au niveau national comme au niveau local, aura été la goutte qui aura fait déborder le vase.
Je veux parler bien sûr de la taxe sur les carburants, une taxe que nous avons voté en décembre 2017 à la Région, en assemblée plénière, après un débat public accessible à tous ; une taxe que nous avons validé à un moment où le prix du baril était 25 à 30% moins cher qu’aujourd’hui. Nous l’avons fait avec l’ambition clairement affirmée de participer à construire, à notre niveau, un modèle qui nous permet de tourner progressivement le dos aux énergies fossiles, pétrole-charbon, pour produire notre énergie à partir de ce que nous avons : le soleil, le vent, la mer, les barrages hydrauliques, la biomasse…
Je crois en effet sincèrement à la responsabilité que nous avons tous devant l’urgence écologique et que nous devons agir.

 

Mais, un an après, la situation a beaucoup évolué. Je le comprends parfaitement. C’est la raison pour laquelle je confirme aujourd’hui, de manière solennelle, à la fois le gel de l’augmentation de la taxe carburant à partir du 1er janvier 2019, et la baisse effective des taux pour les ramener aux bases de janvier 2017 pour effacer ainsi toute augmentation de la fiscalité sur le diesel et l’essence pour tous les Réunionnais, particuliers et professionnels. L’enjeu pour la Région, le Département, les communes et les EPCI est de 300 millions d’euros sur 3 ans.

Je précise une fois encore que cette décision a été prise naturellement en concertation avec le Gouvernement ; que c’est une décision conforme à la loi de transition énergétique qui a été votée par toutes les majorités depuis 2014 ; que c’est une décision qui respecte aussi le principe de convergence diesel/essence qui est une obligation pour l’Etat Français et pour toutes les régions au regard des directives européennes.


Au total, ces premières propositions (Continuité territoriale des biens et des marchandises, octroi de mer, taxe sur les carburants) portent sur un enjeu de plus de 1Milliard d’euros, à mobiliser entre l’Etat, l’Europe, la Région et les autres collectivités locales.
Une somme qui est à rajouter à toutes les propositions faites déjà par l’Etat et la Ministre des Outre-mer sur l’ensemble des autres sujets.


Parallèlement, nous aurons encore un effort exceptionnel à faire pour la reconstruction immédiate de notre île ; un effort exceptionnel à faire pour apporter un soutien déterminant à toutes nos entreprises, artisans, commerçants, professionnels de la pêche, petites industries, services, agriculteurs, éleveurs, à toutes les petites et très petites entreprises…
Un effort exceptionnel qui n’est pas totalement chiffré à ce stade mais pour lequel la Région prendra toute sa part, avec les moyens qui sont les nôtres.
Nous allons nous mobiliser pour redémarrer notre économie. Il y aura des choix budgétaires à faire, ils seront difficiles, mais ce sera le prix de la reconstruction et de l’avenir.


Deux mots pour conclure : cohérence et transparence.

Cohérence d’abord pour dire que tout ce qui devra être entrepris, sur les sujets que j’ai personnellement évoqués et sur tous les autres, ne peut fonctionner que si toutes nos institutions travaillent ensemble, et qu’on ne nous impose rien depuis Bruxelles ou Paris sans une concertation préalable avec la population, avec le territoire et réciproquement.

Transparence ensuite pour dire que tout ce que nous aurons décidé ensemble ne portera des résultats que si toutes nos institutions travaillent pour plus de transparence et de clarté vis-à-vis de la population.
Nous devons sur ce point aussi revoir notre logiciel pour permettre à chaque citoyen de voir, d’entendre, de comprendre et de partager les décisions que nous prenons quasiment en temps réel, nous devons poser les bases d’une démocratie participative permanente.

Les Réunionnais ont dit qu’ils voulaient être acteurs. Nous devons proposer de nouveaux outils pour qu’ils le soient vraiment.
Je demande ce soir solennellement la levée des barrages et l’organisation sans délai de toutes les réunions de travail nécessaires dans le calme, la responsabilité et la transparence."


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