Le premier pénitencier de l’île a ouvert ses portes à La Providence en 1856,au sein d’un vaste domaine abritant également un hospice pour vieillards et infirmes ainsi qu’une école professionnelle pour enfants miséreux. Fin 1858, on dénombre environ 350 individus sur le site de La Providence, dont une centaine de jeunes détenus. Des effectifs passés à 600 en 1870. Il faut dire que la justice est alors expéditive, en plus d’être laissée à la seule appréciation de juges de paix, bras armés des classes dominantes.
Ilet à Guillaume, une prison “idéale”
Pour désengorger la Providence qui suffoque, le supérieur pour l’océan indien de la Congrégation du Saint-Esprit, un certain François Duboin a en 1863, l’idée d’ouvrir un nouvel établissement : une prison sans barreau idéale pour le retour à la terre de “criminels en devenir ” estime-t-on à l’époque. C’est donc dans les gorges de la Rivière Saint-Denis, sur un plateau isolé portant le nom de l’îlet à Guillaume, dont les perspectives en termes de rentabilité agricole sont particulièrement intéressantes, que l’on décide d’ériger le nouveau pénitencier. Les travaux d’aménagement commencent en 1864, bien qu’officiels en 1967 seulement. Le Conseil Général autorise la construction d’une route destinée à relier la fenêtre à la route impériale, l’actuelle RD41. Une route carrossable attendue pour faciliter le commerce des productions de l’îlet : bois, café, tabac, vanille, quinquina médicinal…
Tout est à faire
De 1865 à 1866, l’activité des enfants, organisés en sections confiées à la surveillance de frères, se concentre autour des besoins en eau, captée en amont du plateau pour être acheminée au travers d’un canal en bois de petit natte d’unelongueur de 1800m. “Pour cela, les enfants ont dû réaliser un chemin large de 2 mètres sur une pente de 6,5%. Il leur a également fallu creuser 300m de chemin avec des explosifs, dont 100m au travers d’un rocher de près de 70 mètres de haut” précise Pascale Moignoux. L’utilisation d’explosifs sera la cause de nombreux accidents, parfois mortels. “On estime à 9 le nombre d’enfants morts dans les travaux de cette route” illustre la conférencière.
L’acheminement de l’eau n’est bien évidement pas l’unique chantier d’un quotidien rythmé par le travail et la prière : travaux de route, terrassement, taille de pierre, travaux agricole, construction de 6 bâtiments abritant dortoirs, classes, lingerie, ateliers de forge, menuiserie, cordonnerie, magasin, sacristie, auxquels s’ajoutent une chapelle provisoire et probablement une église, de même qu’un cimetière. Au nombre des chantiers d’importance pour la colonie, figure également la réalisation d’un pont de 42 mètres enjambantle Bras Guillaume. Un ouvrage suspendu à 30m au-dessus du précipice, qui mobilisera les sections durant 7 ans et fera l’admiration de la colonie toute entière.

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