Une vie passionnante

Le Mémento : Pourriez-vous, pour ceux qui ne vous connaissent pas, vous présenter M. Boyer. Qui êtes-vous et quel est votre parcours ?

Jean-Claude Boyer : Je suis Réunionnais, ingénieur du BTP de formation, j’ai fait une grande partie de ma carrière comme dirigeant dans le groupe APAVOU. C’était une expérience enrichissante, à la fois de ce que pouvait être une puissance de développement économique et de tout ce qu’il ne fallait pas faire.

À côté de cela, ça faisait un moment que me taraudait l’envie de créer et entreprendre et je l’ai fait il y a une dizaine d’années. La construction étant mon métier de base, je me suis lancé dans la promotion immobilière (logement social, tertiaire) et l’hôtellerie apparaissait plus comme un plaisir au départ. J’étais attiré par la décoration, les ambiances architecturales, etc. Et puis il y a toujours un décalage entre passion et besoin. À l’époque, on est en 2010 et La Réunion sortait péniblement d’une autre crise sanitaire, celle du chikungunya. Dans ce contexte, un projet d’hôtel de 20 chambres paraissait impossible et pourtant. Cinq ans plus tard, on ouvrait le premier Dina Morgabine, à Saint-Gilles.

Très vite, je me suis pris de passion pour le métier d’exploitant hôtelier. Le Dina Morgabine est une véritable réussite puisque ça faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu de construction d’hôtel. Ça a apporté un peu d’air frais dans le secteur, avec un renouvellement de l’offre, d’autant que le cadre a surpris, lui aussi. Mais il faut se le dire, construire un hôtel est un projet au long cours. Il faut compter au minimum six ans, entre le projet et l’inauguration.

Le Mémento : Vous avez récemment ouvert un nouvel hôtel à Saint-Denis. Le Dina Morgabine sur le boulevard Lancastel. Que peut-on dire sur ce
nouvel hôtel du chef-lieu ?

J.-C. B. : C’est fin décembre 2020 que nous avons ouvert les portes du Dina Morgabine Saint-Denis. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec le contexte actuel, on a douté de pouvoir le faire jusqu’au dernier moment. Fort heureusement, le territoire de La Réunion étant plus ou moins préservé de cette crise sanitaire du Covid-19, son ouverture a pu se faire.

Après, quelques mots sur l’hôtel en luimême… On peut dire que c’est un lieu de vie, comme à Saint-Gilles. On a pensé cet endroit comme un lieu d’échanges,
de rencontres, l’hébergement est presque un prétexte. Les Dionysiens, les Réunionnais et les voyageurs y viennent par envie de partager un moment. C’est d’ailleurs pour cette raison que la restauration est un élément fort de l’établissement. On peut juste y venir boire un verre et/ou manger. Et on décide d’y rester ou pas. Ce nouvel hôtel est très bien situé également, en bord de mer et en bord de route, en plein centre-ville du chef-lieu. On a pourtant l’impression d‘être ailleurs. On craignait au départ de subir le bruit du trafic, mais la partie isolation phonique joue très bien son rôle, c’est une réussite.

À terme, on envisage également des synergies entre les deux établissements, Dina Morgabine Saint-Gilles / Saint-Denis, et de pouvoir offrir aux clients des combinés – ça c’est la deuxième pierre de l’édifice qu’on tente de mettre en place. Avec ces prestations, on veut dire aux clients que ce n’est pas un établissement isolé. C’est pour ça qu’on a choisi de leur donner le même nom, pour créer un parcours de voyage, une référence.

Le Mémento : Il était dit que ce nouvel hôtel serait un hôtel d’affaires, et on se rend compte que ce n’est pas vraiment le cas…

J.-C. B. : Mmmh c’est parce que le concept est de brouiller les pistes. Ce n’est pas qu’un hôtel d’affaires, tout comme celui de Saint-Gilles n’est pas qu’un hôtel touristique. Il n’y a pas de genre pour le Dina Morgabine. Ce sont des hôtels, des lieux s’adressant à tous ceux qui veulent un moment de bien-être, autant les locaux que les touristes. C’est comme pour le classement “étoiles”, c’est compliqué de nous placer.

Certes, à Saint-Denis il y a une orientation d’affaires parce que les gens qui y viendront, seront peut-être en déplacement professionnel, mais ce n’est pas la majorité et ce n’est pas le public cible. On ne veut pas que ce soit dédié parce qu’on veut que ce soit vivant. D’ailleurs une crise comme celle du Covid-19 montre bien que c’est préférable d’avoi rune clientèle la plus large possible.

Le Mémento : Deux hôtels en construction neuve, en dix ans, cela montre une envie indéniable de développer le secteur. Pensez-vous que l’offre hôtelière soit suffisante aujourd’hui à La Réunion ?

J.-C. B. : Oui, c’est sûr. Je pense qu’il y a un besoin de lieux aujourd’hui à La Réunion, notamment sur les grandes villes. On a d’ailleurs un projet sur Saint- Pierre, un autre Dina Morgabine également en centre-ville, à quelques pas de la plage. Le permis de construire a été déposé fin 2020, et il s’agira d’un établissement encore différent du modèle de Saint-Denis, puisque Saint-Pierre est à la fois une station balnéaire et une ville très urbaine. Il devenait également important pour nous d’avoir une présence dans le Sud. Et je peux déjà vous dire qu’il s’agira d’un hôtel de 80 chambres, avec piscine et restaurant.

On parlait tout à l’heure d’hôtels d’affaires… Je pense que si l’île veut se développer économiquement, organiser des séminaires et des congrès importants, il faut un nombre de chambres critique afin de pouvoir accueillir cette clientèle professionnelle, mais sur des modèles d’hôtels hybrides, puisqu’il faut que le lieu puisse vivre au quotidien. Accueillir pour le travail mais aussi pour la découverte, lier les affaires et le tourisme, d’autant que les locaux remplissent ces deux champs d’utilisation.

Le Mémento : Avez-vous d’autres projets en cours, à part celui de Saint-Pierre ?

J.-C. B. : Oui, et on aimerait aller vite, maintenant. On attendait de voir comment se passait l’ouverture de celui de Saint-Denis. Maintenant que l’on est rodé, on veut se déployer. Il y a donc un projet sur Hell-Bourg qui répond à l’appel à projets pour la rénovation de l’ancienne Maison du Préfet ; un autre à la Plaine-des-Palmistes – qui a déjà démarré avec une première offre de dix chambres qui devrait ouvrir en 2022; et un à Cilaos.

L’idée est d’offrir à nos clients un parcours homogène en terme de qualité, entre le littoral et les hauts de l’île. Les cirques sont des endroits magnifiques et je pense qu’il y a de l’avenir pour l’hôtellerie aussi de ce côté-là. Il faut des lieux esthétiques, atypiques, où l’on se sente bien.

Le Mémento : Dina Morgabine est donc voué à devenir plus qu’un nom, un groupe ?

J.-C. B. : Oui, on peut dire ça comme ça. Avec le groupe King-Siong, on a décidé de créer une structure, “Morgabine H.” pour Hybride et Hospitality, et devenir un groupe hôtelier.

Le Mémento : Vous êtes le directeur de deux hôtels à La Réunion. De par votre statut et expérience quotidienne, quel regard portez-vous sur le secteur hôtelier à La Réunion ? Quels sont ses atouts et ses défauts ?

J.-C. B. : Il y a une offre à renouveler. La Réunion a subi crise sur crise, entre le chikungunya, la crise requins, et aujourd’hui la crise sanitaire du Covid-19, mais elle s’est toujours montrée résiliente. Le constat que je fais c’est qu’il y a un besoin d’hôtellerie, mais je ne saurai pas l’évaluer. Mais il y a des choses à faire, c’est certain.

La crise nous a obligés à penser à demain, à imaginer de quoi il sera fait, “qu’est-ce que l’hôtellerie et l’hospitality de demain” dans un territoire insulaire. Et le fait que La Réunion ait connu des crises, précédemment, a aussi permis de surmonter celle-ci en prenant de la hauteur. Mais c’est surtout la clientèle locale, qui représente 50% de la fréquentation qui nous a sauvés, même si cela était très violent. Je pense donc que l’hôtellerie a de l’avenir et qu’il faut en ce sens développer les Hauts

Et si je puis terminer par un point…
Si le secteur hôtelier a pu traverser tant bien que mal cette crise, c’est aussi grâce à son personnel, ses salariés, qui se sont montrés résilients, inventifs et volontaires pendant le confinement et après en apportant des solutions à leur échelle. Je tenais à leur dire merci.


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