Le Mémento : Agriculture, horticulture, paysage, jardinerie, foresterie… depuis 1989 le Groupe Fages développe une expertise appliquée au végétal au sens large. Quand est née cette vocation pour le vivant ?
Patrice Fages : Arrière-petit-fils et fils d’agriculteur, j’ai entrepris des études agricoles puis forestières et mis à profit mes compétences, à des postes en responsabilité, dans divers parcs régionaux, nationaux, au CRPF et à l’ONF de La Réunion notamment où je suis arrivé au milieu des années 1980 comme Volontaire à l’Aide Technique.
Je suis tombé amoureux doublement, puisque j’ai rencontré ma femme, Renée, réunionnaise passionnée par la nature elle aussi et qui oeuvre activement au développement du Groupe depuis sa création.
Appuyé sur une bonne connaissance paysagère et végétale de La Réunion et de Mayotte, j’ai créé SAPEF Paysage, première entreprise du Groupe Fages, en 1989.
Le Mémento : À quoi ressemblait le secteur du paysage de l’époque ?
P. F. : Dans les années 80 à La Réunion, le secteur Espaces Verts était embryonnaire et il n’y avait pas encore d’entreprise horticole installée. À l’aube des années 90 quand la SAPEF Paysage est créée, le territoire compte deux entreprises du paysage et quelques horticulteurs.
Avec Renée, notre ambition est alors de devenir l’entreprise référente du paysage et de la production horticole à l’île de La Réunion. Pour cela, nous avons développé diff érentes solutions destinées à accroître la qualité des productions. Des méthodes culturales qui ont rapidement été adoptées par les horticulteurs. Aujourd’hui le niveau horticole à La Réunion n’a rien à envier à la Métropole. Il en va de même pour le paysage.
Le Mémento : 34 années plus tard vous êtes jardinier et horticulteur mais aussi commerçant, forestier, agriculteur...
P. F. : Nous proposons également des équipements d’aires de jeux et de terrains multisports depuis plus de 30 ans, et la location d’un site évènementiel, La Petite Bulle.
Le Mémento : À quelles ambitions répondent ces développements successifs ?
P. F. : La pépinière du théâtre a été créée en 1996 pour alimenter l’activité aménagement paysager. En 2001, la création de la jardinerie du théâtre est venue répondre à une forte demande des particuliers pour leur plaisir du jardinage. Quant à la Petite Bulle, en 2018, l’idée est née de la volonté de disposer d’un showroom dédié à l’ensemble des savoir-faire du Groupe. À deux pas de la route des Tamarins, ce cocon végétal répond aujourd’hui au souhait grandissant des entreprises d’organiser leur évènement professionnel, en contact avec la nature.
Le Mémento : Vous êtes également présents à Mayotte, sur des métiers un peu différents ?
P. F. : En 2012, SAPEF Paysage s’est implantée à Mayotte pour déployer son savoir-faire en génie végétal tout particulièrement : toitures végétales, lutte contre l’érosion, hydroensemencement, aires de jeux. Fort de cette expertise appliquée au rétablissement de la vie sur des terrains érodés, terrassés, brulés, nous nous attachons aujourd’hui à répondre à la forte demande exprimée par les collectivités locales sur le volet production nourricière. Comment demain, se nourrir sur une île ? Le Groupe travaille avecle Département et la DAAF de Mayotte sur des projets de production alimentaire avec transfert de compétences.
Des projets qui requièrent plusieurs millions d’euros d’investissements, d’autant que nous partons sur des projets propres, sains, sur un territoire où pour l’heure les rares productions légumières/ fruitières sont traitées à l’aide de grands renforts de produits phytosanitaires. Aussi, notre démarche dans l’île aux parfums va-elle bien au-delà du simple paysage et revêt des enjeux de développement agro-maraîcher, agro-forestier. Comment, recréer des forêts, des pâturages, plutôt que de laisser la nature faire avec des plantes invasives.
Le Mémento : La lutte contre les espèces invasives un objectif majeur pour le Groupe mais aussi plus largement ?
P. F. : J’ai en eff et plusieurs casquettes associatives, dont celui du Président de l’UHPR (Union des horticulteurs et pépiniéristes de La Réunion), depuis 2015. Nous créons sur 7 ans, la marque collective Plant Pei, puis un GIEE PBI, Groupement d’Intérêt Économique et Environnemental sur la thématique de la protection biologique intégrée, ou comment lutter contre les insectes ravageurs à l’aide d’insectes utiles. Cette question mobilise le CIRAD, la DAAF, l’ARMEFLHOR, la FDGDON, Le département de La Réunion, La bio-fabrique réunionnaise…
La lutte contre les plantes invasives est un autre volet sur lequel le Groupe s’investit pleinement en partenariat avec les acteurs des territoires français dans l’océan Indien. Dans le cadre du Plan de relance, nous nous sommes dotés d’un broyeur capable de se déplacer en autonomie pour débarrasser la forêt de ses pestes végétales. Cette spécialité sylvicole/reforestation est aujourd’hui au coeur du développement du Groupe. Rien de très étonnant pour un ancien forestier !
Le Mémento : Vous conviez l’innovation dans chacune de vos activités ?
P. F. : Dès son origine et bien avant la mise en place de notre département R&D, nous nous sommes engagés dans une démarche d’innovation et de développement durable et décroché plusieurs certifications dans ce sens dont la labellisation Plante Bleue, la certification nationale horticole de référence. Gage d’une production éco-responsable, cette reconnaissance du ministère de l’Agriculture compte 3 phases. Nous sommes aujourd’hui positionnés sur la dernière marche, avec en ligne de mire la Haute Valeur Environnementale dont les aspects sont multiples : protection de l’environnement, de la ressource, mais aussiun volet RSE/QVT sur lequel nous travaillons énormément. Aujourd’hui, le Groupe emploie 110 collaborateurs à La Réunion et 2 à Mayotte. Des salariés qui pour certains, ont intégrés à l’entreprise à ses débuts.
Le Mémento : Quelles sont les actions mises en place au bénéfice de la QVT ?
P. F. : L’un de nos objectifs est de rendre le travail plus facile au travers de l’innovation. Nous avons par exemple une rempoteuse qui permet d’améliorer la pénibilité. En outre, l’un des postes de travail des plus ingrat dans nos métiers, le désherbage, tirera bientôt profit de la mise au point en partenariat avec une start-up française, d’une machine robot utilisant satellite et intelligence artificielle. L’innovation a requis 5 années de travail dont 2 ans de R&D opérés par le Groupe pour l’adapter en milieu tropical. Autant vous dire qu’elle est attendue avec impatience par nos salariés qui se verront confier des tâches éminemment plus gratifiantes.
Le Mémento : Rencontrez-vous, comme d’autres secteurs des difficultés à recruter ?
P. F. : Les besoins en main d’oeuvre qualifiée sont énormes et curieusement, nous ne retrouvons pas les jeunes formés à nos métiers sur le marché du travail, d’où la nécessité de former nousmêmes. Chaque année nous formons des stagiaires et des apprentis dont les plus persévérants sont embauchés et viennent vivifier nos entreprises. Notre ambition est de faire évoluer l’ensemble de nos salariés et toujours leur offrir des perspectives d’avenir et d’évolution au sein du Groupe.
Le Memento : Que diriez-vous pour conclure ce long échange ?
P. F. : Je tiens à remercier chaleureusement tous nos salariés pour leur confiance et leur contribution au sein du Groupe. Chaque jour, ils participent à rendre nos territoires plus verts, plus fertiles, plus durables en amenant la nature au coeur de nos espaces de vie. Le végétal est notre ADN et nous avons des métiers tournés vers l’avenir. Nous
continuons notre développement avec des solutions et concepts liés au végétal toujours dans nos valeurs et les principes éthiques du Groupe. Notre engagement, agir avec sobriété et être au service de la nature… et cela depuis 34 ans maintenant.

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