De l’ambition initiale à la position d’acteur majeur de psychiatrie et rééducation à l’île de La Réunion, retoursur une success-story basée sur un engagement familial sans faille, avec Aude d’Abbadie-Savalli, Directrice générale du Groupe Les Flamboyants.
Le Mémento : le Groupe vient d’inaugurer son 5è établissement. Comment a débuté l’aventure familiale ?
Aude d’Abbadie Savalli : Dans les années 90, mes parents psychiatres libéraux, identifient d’importants besoins dans la prise en charge locale de la dépression, invisible par manque de chiffres et aggravée par une approche “asilaire” de la psychiatrie conduisant les personnes dépressives à renoncer aux soins de crainte de devoir séjourner à “l’hôpital des fous” de Saint-Paul. Les Docteurs Gérard et Marie-Andrée d’Abbadie imaginent alors une clinique spécialisée dans le traitement de la maladie et défendent le projet devant les tutelles qui l’agréent. En 1995, Les Flamboyants voient le jour sur la commune du Port.
Le Mémento : Votre enfance est marquée par cet investissement au bénéfi ce de la santé mentale des Réunionnais. Est-ce pour cela que vous vous orientez vers une profession en lien avec la santé ?
A. D.A.S. : Les Flamboyants ont toujours fait partie de ma vie. Je me souviens du jour où fut posée la première pierre de la clinique de l’Ouest. Toute la famille était réunie pour ce moment. Par la suite, j’ai été amenée à donner des “coups de main” réguliers dans l’établissement où mon père passait l’essentiel de son temps. J’y ai aussi effectué plusieurs stages dans le cadre de mon BBA en commerce international et mon Master en marketing et communication de la santé. À l’issue d’échanges universitaires au Mexique et en Afrique du Sud, j’envisageais pourtant davantage d’intégrer un cabinet de conseil en marketing, communication et stratégie santé.
Le Mémento : Qu’est-ce qui vous pousse à finalement rejoindre l’entreprise ?
A. D.A.S. : En 2011, j’intègre le groupe aux fonctions de responsable marketing et communication, même si j’avais envisagé d’étoff er mon expérience dans l’Hexagone et à l’étranger. L’ouverture des Flamboyants Sud en 2012 est l’un des premiers projets majeurs auxquelsje prends part. Avec ce choix, j’ai saisi une opportunité de travailler en famille
sur les valeurs et la stratégie de développement du Groupe. Au travers des procédures de certification, j’évolue ensuite vers les fonctions de chargée de mission avant d’être nommée directrice générale déléguée. En charge du pilotage des projets, je décide de suivre une formation en gestion des établissements de santé, en alternance avec le CESEGH de Montpellier.
Le Mémento : En 2016, vous reprenez officiellement la direction générale. Qu’est ce qui change ?
A. D.A.S. : Le Groupe compte alors trois établissements : les Flamboyants Ouest, Les Tamarins Ouest inaugurés en 2008 et les Flamboyants Sud en 2012. Entre 2012 et 2020 (ouverture des Tamarins Sud), le Groupe a procédé à des développements importants : augmentation de l’hospitalisation de jour, extension du plateau technique et acquisition de nouveaux outils de rééducation robotisés, ouverture d’une unité de pédopsychiatrie..., et vu son activité augmenter de 30%. Avec l’ouverture des Tamarins Sud en 2020 et des Flamboyants Est en 2023, nous changeons de dimension en passant de 300 à 900 salariés. Si le groupe conserve ses valeurs de groupe réunionnais familial et indépendant, nous avons intégré de nouvelles compétences au sein de l’équipe de direction, des compétences indispensables au développement récent, pour exceller dans nos futures missions et saisir de nouvelles opportunités.
Le Mémento : Vos missions vont-elles au-delà du développement ?
A. D.A.S. : Notre développement s’inscrit dans une stratégie qui repose sur l’innovation, une approche centrée sur le patient et une excellence des soins. Mon rôle et celui des équipes consistent à répondre à des exigences en termes de qualité. Nos établissements sont détenteurs de la dernière version de certification de la Haute Autorité de Santé.
La Clinique Les Flamboyants Ouest fait partie des quatre établissements de France à avoir obtenu la note maximale de 100% - le seul en psychiatrie. Les Tamarins Ouest sont également certifiés Haute Qualité des Soins. Les Flamboyants Sud attendent leur note, mais l’évaluation s’est très bien déroulée.
Le Mémento : Avez-vous développé une spécificité au sein de chacune de vos cliniques ou vous êtes-vous implantés en fonction des besoins recensés ?
A. D.A.S. : Notre logique de développement est inchangée : apporter une réponse aux besoins non couverts en développant des projets innovants, dans une logique partenariale avec les acteurs existants. Dès l’origine, le groupe a inscrit l’innovation dans l’ADN et déployé une off re de soins articulant sport, méditation, danse, peinture… Une approche globale peu commune en 1995 où l’on se contentait d’administrer des traitements. Les Flamboyants Ouest furent également le premier établissement privé de France à ouvrir l’hospitalisation de jour. Un modèle aujourd’hui plébiscité par les tutelles.
Pour rester dans le champ de la psychiatrie, nous pouvons évoquer plusieurs spécificités comme les projets desoins très spécialisés, en fonction des populations accueillies. Nous avons ainsi été la 6e clinique de France à ouvrir une unité spécialisée pour jeunes adultes dont les problématiques nécessitent suivi spécifique et surveillance accrue. Nous
avons également procédé à la mise en place d’unités de pédopsychiatrie sur l’Ouest et le Sud.
La clinique de l’Est tout juste inaugurée, intègre la première unité de gérontopsychiatrie de La Réunion. Cette unité prend en charge des patients de plus de 65 ans souffrant d’un état dépressif qui peut être associé ou non à d’autres troubles et d’autres pathologies. Notre ambition repose sur la concentration inédite de compétences, mobilisables lors d’hospitalisations moyenne durée allant jusqu’à 3 semaines. L’établissement intègre également une unité de surveillance renforcée pour la prévention du risque suicidaire, inexistante jusqu’alors.
Sur le volet de la rééducation fonctionnelle, lorsque la clinique Les Tamarins Ouest ouvre ses portes en 2008, seules 3% des victimes d’AVC à La Réunion bénéficient d’une rééducation en centre spécialisé (contre 45% en Métropole). Aujourd’hui, grâce aux Tamarins notamment, 45% des patients réunionnais sont rééduqués suite à un AVC. Dès le début, le Groupe s’est spécialisé dans la prise en charge de ces malades en s’appuyant sur la robotique. À l’époque, nous avons été le 2e établissement de France à nous équiper du Lokomat (appareil de rééducation du membre inférieur). Un équipement complété au fil des ans par des appareils de rééducation des membres supérieurs et d’isocinétisme pour établir des bilans très précis de la force musculaire.
Aujourd’hui, le Groupe assure 22 % de l’activité régionale des soins médicaux et de réadaptation et 50% des hospitalisations du territoire en psychiatrie, dont la moitié profite à des bénéficiaires de la CSS (anciennement CMU). A travers ses activités de psychiatrie et de rééducation, le Groupe est le 2e acteur privé du territoire dans le domaine de la santé.
Le Mémento : Une troisième clinique des Tamarins pourrait-elle voir le jour à La Réunion ou encore à Mayotte ?
A. D.A.S. : Nous savons qu’il y a des besoins sur l’Est. Une implantation a même été identifiée sur le Plan Régional de Santé. Nous allons déposer un projet qui fera l’objet d’une mise en concurrence. On espère être les meilleurs ! Concernant Mayotte, nous avons obtenu une autorisation pour de la rééducation fonctionnelle spécialisée en orthopédie et en neurologie. Ce sera la première clinique de Soins Médicaux de Réadaptation privée de Mayotte. Dans l’attente des financements de l’ARS, nous nous tenons prêts à ouvrir la première clinique de Soins médicaux de réadaptation privée, dès le mois d’avril 2024.
Le Mémento : Vous êtes co-présidence de la Fédération de l’Hospitalisation privée de l’OI et siégez au Conseil d’Administration de la FHP SMR (volet rééducation). À ces titres, vous vous faites la porte-parole des problématiques régionales ? Quelles sont-elles ?
A. D.A.S. : Au-delà de défendre le coefficient géographique qui nous permet de faire face aux surcoûts induits par l’éloignement, des particularités sanitaires ont un impact sur nos activités : Une population jeune mais qui vieillit rapidement, nous obligeant à anticiper pour adapter nos infrastructures, ainsi que des pathologies chroniques : diabète, hypertension, violences intra-familiales qui ont des conséquences sur la santé mentale de la population. Ces facteurs alourdissent les coûts des soins. D’autant qu’à La Réunion, la moyenne des AVC intervient 10 ans plus tôt qu’en métropole, avec des conséquences lourdes pour des personnes qui étaient encore en activité, qu’il nous faut réinsérer.
Le Mémento : Pour finir, comment parvenez-vous à concilier vos fonctions de dirigeante, de mère de famille et qui plus est, de sportive accomplie ?
A. D.A.S. : J’ai un mari formidable qui assure beaucoup de choses à ma place. De mon côté, j’essaie d’organiser mes journées au mieux, je me lève tôt pour courir. J’en ai besoin, ça fait partie de mon équilibre. Mes parents et mes beaux-parents sont aussi très présents pour nous aider. Une entreprise c’est un travail d’équipe, une famille aussi !

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