Journaliste de terrain passée par l'Allemagne, la Belgique, le Canada et La Réunion, Anna Bellissensa fait de la mobilité et de la curiosité des moteurs constants. Enfondant Kossassa Production en 2022, elle s'est donné un objectif clair: ouvrir une fenêtre depuis La Réunion et l'océan Indien vers les médias internationaux.
À l'adolescence, Anna Bellissens pressent déjà que l'écriture sera son fil conducteur. Le cursus bi-disciplinaire de l'Université Lyon 2 lui permet d'allier littérature allemande et communication, avant une première mobilité déterminante à Göttingen. C'est là que se précise l'envie de journalisme, nourrie par un job d'été inattendu : mobilisée à l'accueil des visiteurs lors de la Coupe du monde 2006, elle signe ses premières correspondances pour le journal de sa ville natale.
Son parcours s'oriente alors vers l'international : Master journalisme à Louvain (Belgique) avec passage de six mois à l'Université Laval (Québec) où elle se découvre un goût prononcé pour le journalisme TV. Elle profite d'une présence familiale à La Réunion pour solliciter un stage à RFO. Une seconde graine se plante. Diplômée, elle rejoint la réserve de pigistes dela RTBF et collabore aussi avec la chaîne économique Belge Canal Z. Trois années formatrices, qui ancrent son envie de mobilité et de sujets exigeants.
La Réunion, l'école de l'autonomie.
En 2012, Anna débarque à La Réunion "sans billet retour et sans aucune promesse professionnelle". Un mois plus tard, elle opère au sein de la rédaction Antenne Réunion en tant que JRI. Le contraste avec la RTBF est fort: "Je partais avec ma caméra dans le coffre, toute seule, pour réaliser mes deux reportages quotidiens". L'expérience s'avère déterminante : polyvalence totale, immersion rapide, autonomie renforcée.
Après une année au JT, elle rejoint l'aventure MAG du 19h30, un format de 5 minutes qui l'amène à explorer les coulisses de l'ile: urgences de nuit, récolte du curcuma... "C'était très varié, avec parfois des sujets difficiles qui exigent du temps pour obtenir la confiance des interlocuteurs". Après quatre années de montée en puis-sance, elle quitte la chaîne lors du rachat de cette dernière et l'abandon du Mag. Elle repense alors à sa première intuition : devenir correspondante. Le point de départ d'une nouvelle trajectoire.
Correspondances internationales.
Son premier réflexe: activer son réseau eu-ropéen. Elle contacte le service international de la RTBF, puis la RTS. Très vite, les premières missions tombent, notamment à Madagascar avec des sujets sur le cacao, les requins-baleine... Certaines chaînesne travaillant pas avec les pigistes, Anna décide, en 2022, de créer Kossassa Production.
Objectif: raconter la Réunion et l'océan Indien au reste du monde. Cette structure lui offre de produire des formats plus ambitieux. TV5 MONDE diffuse son documentaire sur l'engagement des femmes malgaches pour la préservation de la mégafaune marine.
La RTBF programme son 26 minutes sur le la place des Belges dans le commerce de la vanille à Madagascar. Des productions qui signent deux belles premières victoires : "Basculer du reportage vers le documentaire. C'était mon ambition".
Aujourd'hui, la journaliste-réalisa-trice-productrice porte plusieurs projets majeurs, dont un documentaire, initié en 2015 autour le famadihana malgache. Elle y interroge transmis-sion, déracinement et héritage culturel : Comment honorer ses morts quand on est descendants de familles déracinées?
Un réseau d'indépendants, une vision collective.
Pour construire ces récits, Anna s'appuie sur une équipe d'indépendants pour beaucoup, rencontrés lors deses "années Antenne" : cadreurs sous-marins, apnéistes, journalistes-enquêteurs. Parmi ces collaborateurs : Mathieu Alonzo, compagnon de la première mission, Renaud Roux, son binôme régulierà Madagascar, Sylvain Ducasse, collaborateur delongue date, Eva Sanchez, fondatrice de l'agence de presse Zot & Compagnie production ou encore Clarisse Debatty, journa-liste-enquêtrice basée à Paris, avec laquelle elle réalise des sujets pour l'émission Tous Frères, diffusée sur l'ensemble du réseau outre-mer la lere. "Ces collaborations sont riches parce qu'on croise nos regards".
Avec Kossassa, Anna Bellissens garde le cap : ouvrir l'océan Indien au regard international, tout en consolidant des projets ancrés dans les réali-téslocales. Une production exigeante, sensible, et résolument tournée vers les histoires humaines.

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