Les structures immobilières ne doivent pas se limiter a faire des contrats de maintenance

Florence Calais-Marius, Photo Memento

Le Mémento : Bonjour Mme Calais-Marius. Pourriez-vous présenter ? Nous raconter votre parcours et qui vous êtes ?

Florence Calais-Marius : J’ai 37 ans et je suis ingénieure de formation. Très tôt, j’ai su que je voulais travailler dans le milieu du BTP au sens large et pour ce faire, j’ai décroché un bac STI « Génie Civile », à la suite duquel j’ai entamé une formation à l’ESTP de Cachan. J’ai donc quitté La Réunion pour mes études pendant deux ans, mais ne suis revenue sur l’île qu’au bout de sept. Grâce à mes très bons résultats, et étant boursière au mérite du Département, j’ai pu suivre la formation d’ingénieur sans passer par le concours. J’ai ensuite intégré l’ESITC pour l’option « Routes et Ouvrages d’Art », avec en tête l’objectif de rentrer sur l’île pour y travailler.

J’ai obtenu mon diplôme en 2009, et j’ai touché à tout dans mes différents postes qui ont suivi : bureau d’études, ouvrage d’art, génie civil, inspection, etc. De retour à La Réunion, j’ai pu, là encore, expérimenter plusieurs domaines du BTP (responsable de maintenance, ingénieure travaux, directrice du patrimoine, etc.) et j’ai eu la chance de collaborer avec des entités importantes de l’écosystème local, comme le CHU, Engen ou encore l’Université.

Le Mémento : Vous avez récemment créé GPC Syndic. Pourriez-vous nous en parler ?

FMC :  Après ma dernière mission, j’ai eu envie d’exploiter ces diverses expériences, cette technicité, ce savoir-faire en tant que généraliste du BTP, et c’est ainsi que j’ai créé GPC Syndic. Il s’agit d’un syndic de copropriétés où les mandataires vont retrouver une réelle expertise technique sur l’ensemble des questions de leur bâti. De manière générale, les détenteurs de cartes professionnelles sont des juristes ou des financiers, mais très peu sont techniciens. Ici c’est la valeur ajoutée.

Le rôle du syndic reste le même : accompagner les propriétaires, au quotidien, sur les problématiques qu’ils rencontrent.

Le Mémento : On voit qu’il s’agit d’un « néo syndic », une gestion de la « copro » innovante. Qu’est ce qui la différencie ? Quels sont les services proposés ?

FMC : C’est exact. GPC Syndic, c’est le premier néo syndic de La Réunion, et d’ailleurs même en Métropole c’est quelque chose de nouveau encore. La différence majeure avec un syndic traditionnel ce sont les outils digitaux qui viennent s’ajouter aux rencontres physiques, aux contacts humains traditionnels.

Pour rappel, un syndic est obligatoire à partir d’un certain nombre de logements copropriétaires. Il doit assurer la gestion du bâti, la comptabilité et l’administration de la résidence, il est mandataire pour les copropriétaires, gère également les contrats de maintenance, assure la tenue de l’Assemblée Générale et enfin il est l’interlocuteur privilégié du conseil syndical. Ce qui change ici, ce sont les outils que j’amène : un extranet où les propriétaires peuvent retrouver tous les documents, une application mobile également qui permet de connaître tout ce qui concerne sur la résidence (les travaux, la maintenance, les désinfections, les dates de ménages, les appels de fonds, etc.) ainsi qu’un réseau social accessible aux locataires parce qu’ils font eux aussi partie de cette vie commune.

Grâce à l’ensemble des services de GPC Syndic, il est possible pour les propriétaires de gérer tout cela à distance et de manière réactive et efficace. Les demandes de devis et leur validation, la programmation des rendez-vous, tout se fait de façon dématérialisée. Cela permet aux propriétaires d’avoir un réel suivi, en toute transparence, mais aussi à moi, d’être beaucoup plus présente, avec des visites régulières, et plus efficace puisque les questions sont traitées en amont.

Le terme « néo » correspond ici à l’innovation du service.

Le Mémento : Comment vous est venue cette envie / cette idée de créer GPC Syndic ? Quelle est son ambition aujourd’hui ?

FMC :  Cela vient de plusieurs choses. Une appétence pour l’immobilier de par mes investissements personnels, la volonté de vouloir mettre à contribution mes compétences, mais aussi, et il faut le dire, des déconvenues personnelles avec des syndics. L’idée est donc venue naturellement et l’envie d’entreprenariat elle, était en réalité déjà là, depuis la fin de mes études. Mais il fallait que je sois légitime dans ce que j’entreprenais, il me fallait de l’expérience et je l’ai engrangée dans divers domaines. Il était également primordial que je développe mes capacités en terme de communication, que je sache vendre et défendre mon projet. L’ensemble a fait que j’ai eu le déclic et j’ai créé GPC Syndic en juin 2021 pour un début d’activité au mois de novembre 2021.

Pour ce qui est des enjeux, je dirais qu’aujourd’hui, les structures immobilières ne doivent pas se limiter à faire des contrats de maintenance. Il faut aller au-delà de cette première mission. C’est un acquis, un prérequis, une base à partir de laquelle il faut proposer autre chose, construire en annexe, comme par exemple travailler avec les copropriétaires mais également les mairies, penser une résidence dans son écosystème et faire en sorte que le bien-être, le bien-vivre se reflètent dans tous les aspects du quotidien qui y sont liés.

Il faut penser le syndic dans une démarche globale et accompagner sur d’autres sujets. Comme la création d’aires de jeux, de jardins partagés, d’espaces communs, etc. Et les compétences techniques sont indispensables. A titre d’exemple, on ne peut pas lancer les travaux d’un parking sans anticiper les conséquences de l’imperméabilisation des sols.

L’enjeu serait donc d’être force de proposition, en apportant des projets et des solutions concrètes à l’amélioration de la vie des copropriétaires. Être un assistant, un service support, comme il en existe dans le monde du BTP et de l’immobilier ; être le gestionnaire de patrimoine immobilier pour les particuliers.

Le Mémento : Que pouvez-vous dire sur la création d’entreprises (difficultés, avantages, etc.) ?

FMC : C’est une expérience forte et enrichissante que je conseille à tou.te.s celles et ceux qui souhaitent franchir le pas. S’ils ont une idée, une envie, un projet il ne faut pas hésiter à le concrétiser, tant que c’est porteur. Mais il y a des difficultés, assurément, notamment celle du financement. J’ai eu beaucoup de mal à en trouver et j’ai dû emprunter sur mes deniers personnels, parce que j’avais la chance d’avoir des économies. J’étais inscrite au Pôle Emploi, et c’est vrai que dans ce secteur, l’accompagnement sur ce type de projet, est quasi nul. Mais à force de recherches sur les sites spécialisés, j’ai pu en dessiner les contours.

Aujourd’hui je suis très heureuse et fière parce que j’ai réussi à construire une boîte qui me ressemble. J’ai fait selon ma méthode, ma stratégie en m’impliquant jusque dans la partie marketing et communication – j’ai tout fait moi-même car je tenais absolument à créer quelque chose qui me ressemble vraiment.

Aujourd’hui je m’épanouis dans ce nouveau rôle et j’aime jongler avec ces différentes casquettes : le marketing, la communication et le savoir-faire technique.

J’ai mis également en place des ateliers où « j’éduque » les propriétaires sur la fonction d’un syndic, la rédaction d’un cahier des charges et la consultation, etc. Sans compter mon blog sur lequel on retrouve l’essentiel des informations.

Aujourd’hui, je pense qu’il faut savoir se réinventer et s’approprier les différents outils qui existent pour repenser les métiers et les services, et le syndic en fait partie. Il doit être digital et présent à la fois, accompagner les projets annexes et connexes, être plus technique et transparent, agile et réactif, comme chez GPC Syndic.


0 COMMENTAIRE(S)

Aucun commentaire pour le moment


ACHETER
un exemplaire
version papier ou PDF
Dernières infos en ligne

18.02.2026 | Réunion

Surendettement à La Réunion : plus de 2 000 dossiers déposés en 2025



Lire
commentaires Réagir
17.02.2026 | Maurice

ER Group intègre le SEM Sustainability Index avec un score de 78,91 %



Lire
commentaires Réagir
16.02.2026 | Réunion

La Chambre régionale des comptes pointe des dysfonctionnements au sein du CNARM



Lire
commentaires Réagir
16.02.2026 | Réunion

L'ANDRH La Réunion renouvelle sa gouvernance lors de son assemblée générale 2026



Lire
commentaires Réagir
15.02.2026 | Madagascar

Chamsouddine Ahmed, Président de Cap Business océan Indien



Lire
commentaires Réagir
15.02.2026 | Réunion

Géothermie dans les hauts de La Réunion : la CASUD définitivement écartée au profit d'Engie



Lire
commentaires Réagir
15.02.2026 | Guadeloupe

Crédit à la consommation : la cour rétablit les intérêts de Cofidis mais réduit la pénalité



Lire
commentaires Réagir
15.02.2026 | Martinique

Le Village de la Pointe débouté face au fisc martiniquais



Lire
commentaires Réagir
15.02.2026 | France

Une startup éducative atteint la rentabilité tout en franchissant le cap des 1 000 collaborateurs



Lire
commentaires Réagir
14.02.2026 | Réunion

Temps de travail des internes : le CHU sommé d'instaurer un comptage horaire sous astreinte



Lire
commentaires Réagir
14.02.2026 | Madagascar

Lilia Randriamifi dimanana, Présidente du Jeune Patronat de Madagascar



Lire
commentaires Réagir
14.02.2026 | Martinique

Projet " TRL9 Bambou Protec " : l'État refuse de signer, le juge des référés balaie la procédure d'urgence



Lire
commentaires Réagir
14.02.2026 | Réunion

Rondavelle de l'Hermitage : la contestation s'éteint, les exploitants déboutés et condamnés aux frais



Lire
commentaires Réagir
14.02.2026 | Martinique

Marché public à Case-Pilote le solde du chantier tranché en faveur de Caraib Moter



Lire
commentaires Réagir
14.02.2026 | Guyane

Préavis non respecté à Cayenne l'hôpital condamné



Lire
commentaires Réagir