Le Mémento : Bonjour Monsieur Garcia. Pourriez-vous vous présenter et nous rappeler votre parcours ?
Gilles Garcia : Ingénieur ESTP en bâtiment, diplômé en 1995, j’ai commencé ma carrière à Montpellier dans la maîtrise d’ouvrage, le montage immobilier privé et hospitalier. J’entre au sein du groupe ICADE en 2003 dans la maîtrise d’ouvrage délégué, dans le management de projets de construction, essentiellement hospitalière. C’est d’ailleurs via cette thématique que j’arrive à l’île de La Réunion, en 2005 – au sein d’une structure existante, mais petite encore à l’époque en termes de de nombre de collaborateurs.
Icade intervenait, à ce moment-là, en tant que maîtrise d’ouvrage délégué sur plusieurs projets : reconstruction et requalification du CHU de Bellepierre, construction du GHER, du CHOR, mais aussi sur la Cité des Arts, l’Hôtel de Région, l’Université et l’aéroport (entre autres).
En 2015, le niveau d’infrastructures de l’île atteignent une certaine maturité/modernité, ce qui invite Icade à repenser son métier en local. Le groupe se tourne alors vers la promotion immobilière, un métier nouveau pour nous à La Réunion.
Le Mémento : Expliquez-nous justement, comment ICADE Promotion intervient aujourd’hui sur le territoire et ses missions…
GG : Désormais il s’agit d’imaginer, de construire un projet avec l’ambition de le vendre à la découpe ou en bloc. ICADE Promotion développe des opérations de bureaux – comme ses locaux (immeuble de la rue Malartic, NDLR) et de logements ainsi que des équipements publics ou encore des commerces. Pour ce faire, on s’appuie localement sur les services de conduite d’opérations et de développement, et on bénéficie également du soutien de Paris pour le juridique et le financier.
Au titre de nos réalisations, on peut citer l’hôtel Le Battant des Lames à Saint-Pierre, les logements sociaux des Berges de Flacourt de Sainte-Marie – 220 lots, la résidence « Les Orchidées » 110 lots à La Possession ou encore le centre commercial tertiaire de Casabona, à Saint-Pierre. Icade Promotion sait se diversifier en terme de cibles d’activité, fort de son expertise, de son savoir-faire, ainsi que de sa technicité. L’équipe a aussi grandi depuis, et compte à présent dix salariés.
Le Mémento : Une expertise et un savoir-faire de plus de soixante ans, c’est bien ça ? Icade a vu le jour comme filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations, en 1954 avec l’appel de l’Abbé Pierre. C’est toujours son modèle aujourd’hui ?
GG : À l’époque, c’était la SCIC – Société Centrale Immobilière de la Caisse des Dépôts, qui réalisait de très nombreux chantiers partout en France, pour répondre notamment à la pénurie de logements et devient très vite le premier ensemble immobilier en 1979. C’est en 2003 que la SCIC devient Icade et diversifie ses activités, notamment avec la création de la foncière tertiaire. La CDC est aujourd’hui encore l’actionnaire de référence d’Icade (39%) qui est cotée en bourse depuis 2006, ainsi que Crédit Agricole Assurances, à 19%.
Le Mémento : Icade se distingue notamment par son business model : « opérateur immobilier intégré ». Peut-on expliquer ce que cela signifie et quels en sont les avantages ?
GG : La notion « d’opérateur immobilier intégré » tient du fait que le groupe Icade se positionne sur 3 métiers : la foncière santé, la foncière tertiaire et la promotion immobilière. Ces différentes « business line » sont des structures à part entière qui lui permettent de réaliser, quand c’est possible, des synergies sur les projets.
Le Mémento : En fin d’année dernière, Icade a annoncé la création d’une nouvelle « business line », Afterwork, dont l’objet est de transformer des bureaux en logements notamment, et ainsi favoriser la réduction de l’empreinte carbone des villes. Ce service pourrait-il aussi être déployé à La Réunion ?
GG : Non, parce que ce n’est pas pertinent à La Réunion, où le contexte n’est pas le même. En Ile-de-France, il existe une manne de bâtiments et de bureaux vacants que l’on peut réhabiliter, or ici, tout est à construire. Il y a un besoin très important de logements mais aussi de bureaux et de bâtiments d’activités.
Le Mémento : Quels sont les enjeux, les besoins du territoire en matière de construction et d’immobilier ?
GG : Les enjeux pour La Réunion s‘orientent clairement vers le logement pour lequel les besoins sont affichés depuis longtemps mais que l’on peine à couvrir. C’est-à-dire qu’il faudrait construire plus de 7.000 logements annuellement, alors que la moyenne tourne plutôt autour de 2.500 actuellement. À La Réunion, ce besoin répond à plusieurs facteurs : une démographie croissante mais aussi un sous-équipement et un déficit de logements sociaux – un réel problème quand on sait que 40% de la population locale vit sous le seuil de pauvreté.
À côté de cela, on sait également que la cellule familiale tend à évoluer, et qu’en 2035, il y aura autant de personnes âgées de plus de 60 ans que de moins de 20 ans. Dès aujourd’hui, il faut penser l’accueil et l’habitat des seniors de demain. Comment résout-on également la difficile équation entre le coût de la construction et l’ambition de loger tout le monde à des prix décents ? Tout cela ne se fera pas sans contraintes dont la principale reste le foncier, entre la règlementation (zéro artificialisation nette) et le manque d’espace – puisque territoire insulaire, il faudra densifier pour limiter l’impact sur les espaces naturels, sans omettre la prise en compte des besoins et du bien-vivre de la population. Tout cela doit aussi être porté par une volonté des politiques, des collectivités, des promoteurs et des acteurs du foncier.
Le Mémento : Icade a obtenu en 2020 le prix de la Pyramide pour son opération « Les Orchidées », à La Possession. Qu’est-ce que qui vous a distingué et permis d’obtenir cette récompense ?
GG : Avant tout, je tiens à préciser qu’il s’agissait d’un concours entre pairs, organisé par la FPI Réunion (fédération des promoteurs immobiliers). Le but premier de cette fédération est de défendre les intérêts de la promotion immobilière, à travers le prisme des spécificités du territoire, et de promouvoir également la profession via le concours des Pyramides. En 2019, Icade a ainsi obtenu le 1er prix régional appelé la Pyramide d’Argent pour l’opération « Les Orchidées » à la Possession.
Ce qui nous a distingués sur ce projet, c’est d’avoir répondu pleinement aux ambitions du logement tropical dans un secteur exemplaire sur la question – l’éco quartier, où il a fallu intégrer l’ensemble des problématiques : confort thermique, intégration dans l’espace naturel, matériaux biosourcés, espaces collectifs et construction bas carbone (autant que faire se peut), etc. en suivant une ligne directrice : notre offre « Naturellement chez Soi ».
Le Mémento : Expliquez-nous ce qu’est le « Naturellement Chez Soi »…
GG : C’est ce qui nous différencie : aujourd’hui, tous les logements pensés par Icade Promotion répondent aux critères du « Naturellement chez Soi », une sorte d’outil pédagogique que nous avons mis en place avec l’architecte Nicolas Laisné. Nous avons travaillé ensemble sur une méthodologie correspondant aux attentes des Français vis-à-vis de leur logement et de leur environnement. Parmi ces critères, on retrouve l’espace naturel et le lien avec la nature, l’espace extérieur – terrasse et/ou balcon, le coin bureau aménagé devenu incontournable, ou encore le local vélos pensé comme un véritable espace de vie collectif, etc.
La crise sanitaire du COVID-19 a amplifié ces besoins, et accéléré notre façon d’y répondre. Via cette ligne directrice forte, Icade porte la conviction que chaque projet doit s’adapter plus que jamais à son territoire, à son écosystème et à sa population. Le défi est donc de bâtir local, qu’il s’agisse de la ligne architecturale, du mode constructif ou encore des matériaux – une problématique encore plus pertinente en territoire insulaire.
Le Mémento : On voit ainsi qu’Icade Promotion, même s’il s’agit d’un groupe, est très intégré au sein du tissu économique local
GG : Oui, c’est une priorité pour Icade que d’être intégré au sein des régions et de travailler avec les collectivités, les politiques, les acteurs publics et les TPME pour construire la ville, trouver les solutions, équiper les territoires et jouer un rôle actif dans le développement de ces derniers. C’est notre raison d’être et chacune des actions du groupe est en cohérence avec cette priorité.
Icade Promotion à La Réunion est aussi l’un des membres fondateurs de l’association Fond’Ker (première fondation des entreprises à La Réunion en soutien des jeunes et des ainés), mécène du Club 18 (association qui soutient les jeunes talents du golf péi et les aide à évoluer dans leur sport), et soutien des actions du Rotary.

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