La traduction est un investissement, pas une dépense ?

Pour accompagner leurs ambitions à l’export, les entreprises réunionnaises doivent pouvoir compter sur une transcription efficace de leurs écrits dans la langue cible. Cette opération va servir l’image de marque et la prospérité de la société. “Et le retour sur investissement peut eÌ‚tre considérable : x 10, x 100 et meÌ‚me x 1000 !” confirme Catharine Cellier-Smart, traductrice professionnelle du français vers l’anglais.

Si elle traduit le français vers sa langue maternelle depuis plus de 30 ans, il n’y a que depuis une dizaine d’années que Catharine Cellier Smart s’y consacre à plein temps. Cette fille d’écossais qui a grandi à Londres, découvre La Réunion à l’occasion d’une 3è année d’études supérieures à l’étranger. Elle revient s’y installer en 1992, son diploÌ‚me d’études européennes en poche.

Après avoir donné des cours d’anglais et réalisé quelques traductions, estimant le marché immature pour générer une activité à temps plein, elle intègre le secteur privé à des fonctions commerciales dans l’import-export notamment, et ne réalise des traductions plus que par opportunité. Après avoir décroché un DESS Administration des Entreprises, tout en conservant son activité salariée, elle suit son conjoint à Séoul. À l’issue d’un séjour de 3 ans en Asie, de retour dans l’île, elle constate qu’à l’image de son projet de création d’entreprise de traduction, le marché a mûri.

En 2011, Smart Translate est (re)lancé. “Je m’étais donné trois ans pour que ça marche, il ne m’en aura finalement fallu que deux” explique la traductrice qui met aujourd’hui à profit sa maîtrise de la langue de Shakespeare et sa bonne connaissance du tissu socio-économique réunionnais, pour proposer de la traduction du français vers l’anglais, “un traducteur professionnel traduisant toujours vers sa langue maternelle” précise l’adhérente de la Société Française des Traducteurs (SFT), membre depuis 2014 de l’Union Nationale des Experts, Traducteurs, Interprètes près des Cours d’Appel (UNETICA).

De la traduction juridique à la traduction commerciale. Sollicitée sur de la traduction juridique, financière, commerciale ou encore marketing, la traductrice s’attache à restituer le texte dans la langue cible en tenant compte des codes corporate mais aussi culturels. “Le francophone utilise beaucoup l’interdiction : ne pas faire, quand l’anglophone insiste sur ce qu’il convient de faire”.
Tout ce qui est susceptible de choquer l’œil d’un anglophone, jusqu’à la ponctuation doit également eÌ‚tre pris en considération.

“Traduire, ce n’est pas remplacer un mot par un autre mais comprendre et restituer le sens du texte, l’enrichir d’éléments de contextualisation/localisation si besoin. Il faut toujours avoir en teÌ‚te le destinataire, d’autant qu’il s’agit souvent de traduire non pas pour un anglophone mais pour un non-francophone” explique celle qui voyage régulièrement en Grande Bretagne mais aussi aux USA, au Canada, en Afrique du Sud et en Australie pour se tenir au fait des évolutions du langage.

Traduction automatique, attention dangers ! S’il faut admettre que les logiciels de traduction ont fait de nombreux progrès ces dernières années, “leur recours ne doit s’envisager que pour un usage en interne et seulement s’il n’y a pas d’enjeu” met en garde Catharine Cellier-Smart. “Outre le manque de sens et de fluidité caractérisé par le “mot-à mot”, un manque de précision et de cohérence est souvent relevé dans les textes passés par le filtre d’un logiciel se basant sur des corpus de textes, lesquels peuvent refléter un langage sexiste, raciste, homophobe voire meÌ‚me des propos diffamatoires”.

Au-delà de leur médiocrité, les traductions robotisées s’avèrent désastreuses tant pour le SEO que pour la confidentialité. “Je trouve curieux que les entreprises dépensent de d’argent pour sécuriser leurs données et oublient que dès qu’elles utilisent la traduction automatique, cette confidentialité part par la feneÌ‚tre” s’amuse la traductrice.

Il en va de meÌ‚me pour leur image de marque. Or, pour rayonner dans le bassin OI comme à l’international, les entre- prises réunionnaises, qui plus est celles qui affichent une production haut de gamme, ont besoin de traduction à la hauteur de leur positionnement et de leurs ambitions. Ceci est valable tant pour celles qui souhaitent rayonner hors de l’île, que pour celles accueillant des non-francophones, dans le secteur du tourisme tout particulièrement.


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