Le Mémento : Qui êtes-vous Morgane Osta Amigo et comment vous êtes-vous retrouvée à la tête d’une entreprise créée avant même votre naissance ?
Morgane Osta Amigo : je suis originaire de Charente Maritime. Après des études de droit de l’immobilier et de la construction, j’ai évolué dans l’immobilier. Forte de certifications en valeur vénale et pathologie du bois, un mois après mon arrivée à La Réunion, j’ai créé le cabinet Ostaet réalisé des expertises civiles et judiciaires. En parallèle, j’ai développé des activités de marchandde biens, d’achat/revente, de montage dans le bâtiment avec coordination d’artisans…
Lorsque j’ai appris que Bourbon Bois était dans une situation critique et n’avait pas de repreneur, j’ai souhaité faire une proposition de reprise des actifs de la société: brevets et marques. En 2019, j’ai obtenu l’agrément DEAL et suis repartie de zéro: j’ai remonté un fonds de commerce, repris tous les permis de construire, refait toutes les publicités, repensé tous les modèles de construction…
Le Mémento : Sur quoi vous êtes-vous appuyée pour impulser cette nouvelle dynamique ?
M. O. A. : Sur la vision du fondateur de la marque qui, dans les années 60, employait jusqu’à 3600 personnes dans ses ateliers du Port. Contrairement à lui, les repreneurs précédents avaient fait le choix d’externaliser la production en Malaisie.
Mon ambition était donc de relocaliser mais aussi de moderniser les constructions. La société ne proposait que des maisons standard, j’ai choisi de développer le sur-mesure, appuyée sur un système constructif industrialisé et innovant.
Le Mémento : En quoi une construction Bourbon Bois d’aujourd’hui diff ère-t-elle d’une Bourbon Bois d’hier ?
M. O. A. : Nous proposons toujours de la construction traditionnelle bois et acier mais nous avons fait évoluer nos systèmes pour rendre nos maisons plus esthétiques et performantes. Les cloisons en contreplaqué qui parfois même n’allaient pas jusqu’en haut, ont été remplacées par du placo offrant une meilleure isolation mais aussi un côté beaucoup plus chaleureux. Lorsque vous êtes à l’intérieur, vous ne voyez pas que vous êtes dans une Bourbon Bois.
Nous avons conservé le modèle constructif mais nous l’habillons davantage,pour répondre aux normes RTA DOM notamment. Nous répondons également aux préconisations
du ministère du Logementen mobilisant le bois pour nos constructions. Nous travaillons à 90% avec du bois exotique, en provenance d’Afrique majoritairement.
Le Memento : En janvier 2022, vous avez investi une nouvelle usine, située en zone industrielle de Pierrefonds. Outre les 3,3 M€ mobilisés pour la construction du bâtiment, la société a procédé, avec le soutien du plan France Relance, à de lourds investissements matériels.
M. O. A. : Oui, nous avons notamment acquis un robot multifonction ultra performant qui pour fonctionner, nécessiteun système d’aspiration dont la livraison a pris un peu de retard. Lorsque ce centre d’usinage entrera en fonction,il multiplierapar cinq notre capacité de productionet allégera les opérations de manutentions de nos employés.
Le Mémento : Qu’est ce qui a motivé ce virage industriel ?
M. O. A. : L’industrialisation de nos process est surtout née d’une volonté de favoriser les circuits courts et de créer de l’emploi local. Je suis par ailleurs maman d’une petite lle de huit ans et mon ambition est qu’elle, comme tous les enfantsde l’île, puissent choisir d’y travailler (ou pas), mais ne soient pas contraint à l’exil par ce qu’il n’y a pas suffsamment de travail.
L’emploi àLa Réunion est confronté à deux problématiques majeures: un manque de personnel qualifié (un sujet qui reste tabou), et un autre tout aussi tabou lié aux modèles basés sur l’importation. Ce n’est pas ma vision de l’économie. Ce que je souhaite moi, c’est développer les savoir-faire en local, pas développer la Chine.
Le Mémento : une ambition qui vous a conduit à ouvrir votre propre centre de formation…
M. O. A. : En mai 2022, Themys Lekol 2.0 a lancé ses premières formations “structures bois” et “structures acier” spécifiquement basées sur les process de la société. Nous proposonsdes formations courtes (5 semaines) mais intensives à l’issue desquelles nous offrons soit un CDD de 6 mois, soit un CDI. emys Lekol 2.0a déjà accueilli deux promotions de sept personnes en moyenne. Dans le sens où nous nous adressons à des publics très éloignés de l’emploi, le taux d’abandon est d’environ 25% et concerne des gens qui n’arrivent plus à se lever le matin, ont du mal à accepter les instructions et plus largement les réalités économiques. Les autres se sont quasiment tous vus proposer un contrat de travail. Par la suite, certains ont préféré opter pour le statut d’autoentrepreneur et opèrent désormais en sous-traitance pour Bourbon Bois Expérience.
Le Mémento : Les sessions de formations sont-elles toujours organisées pour répondre aux besoins en main d’oeuvre de la société ?
M. O. A. : Tout à Fait! À partir dejuin2023, nous comptons ouvrir les formations à d’autres besoins identi és dans l’entreprise. L’Ekol opèrera toujours au regard de ces besoins c’est-à-dire que nous ne proposerons jamais deformations généralistes. Outre aborder des aspects très techniques, nous insistons sur des points essentiels pour l’entreprise : mobilisation des EPI, gestion des approvisionnements, économie des matériaux, nettoyage des chantiers… Ce sont de petites choses mais elles permettent véritablement à l’entreprise de conserver sa rentabilité.
Le Mémento : Comment s’organisent les recrutements ? Concernent-ils les jeunes tout particulièrement ?
M. O. A. : L’entreprise mobilise une personne dédiée à la mise en relation avec le Pôle Emploi, le CCAS pour une entrée en formation rapide. La labellisation Qualiopi permet une prise en charge des formations et les droits des demandeurs d’emplois sont maintenus. Une excellente chose dans le sens où nous accueillons souvent des personnes qui malheureusement, sont en fin de droits.
Nos stagiaires sont généralement sans qualifications, âgés de plus de 45 ans ou au contraire sont très jeunes. Beaucoup présentent des di cultés de lecture/écriture et un défaut de permis de conduirequi s’avère extrêmement bloquant pour les embauches. Au sein des dernières sessions organisées, aucun stagiaire n’avait le permis…
Le Mémento : Pour finir, pouvez-vous nous parler de Sacra Terra, un grand projet auquel Bourbon Bois Expérience participera prochainement ?
M. O. A. : Situé à Takamaka, aux portes de l’UNESCO, Sacra Terra est un projet de complexe hôtelier innovant et écologique articulant hôtel, deux restaurants, ainsi qu’un vaste spa, le tout réalisé en béton et bois. Le complexe proposera des activités sportives et ludiques véritablement inédites dans le département. Lauréate de l’appel à projets de la CIREST, Bourbon Bois Expérience interviendra dans le projet au travers de la réalisation de bungalows qui deviendront autant de vitrines del’étendue de son savoir-faire constructif et au-delà: isolation, habillage, escaliers… Tout ce que nous savons faire,nous le ferons !

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