Une qualité sonore optimale et authentique, des craquements doux, le bonheur de prendre le temps de sortir son disque de la pochette, de le poser sur la platine et de s’asseoir pour l’écouter avec un verre à la main. Tout un rituel qui nous amène à appréhender le temps autrement. Pour offrir aux mélomanes ce son inimitable, RunRun Records, l’unique atelier de pressage de disques de La Réunion et de tout l’océan Indien, produit chaque année 30.000 33 tours.
Supplanté par les CD et autres musiques numériques, le disque vinyle n’a pas dit son dernier mot. Tel un phœnix renaissant de ses cendres, le 33 tours connaît depuis une dizaine d’années un véritable renouveau, au point de dépasser les ventes de CD aux États-Unis. Passionnés de bons vieux disques crépitants, Antoine Gradel et Florence Poey se sont lancés en 2018 dans la fabrication de disques vinyles sur l’île, créant pour ce faire RunRun Records à Saint-Pierre.
Malheureusement, la crise COVID deux ans plus tard a mis la société en difficulté. Pour éviter la disparition de ce savoir-faire, Jérôme Galabert et Comptoir G, la holding dont fait partie Sakifo, décident de la racheter. Répondant à la demande d’artistes, principalement locaux, mais aussi de l’océan Indien (Maurice, Afrique du Sud, Inde), RunRun Records travaille également avec des artistes et des labels métropolitains tels Soul Beat qui produit des artistes de reggae connus, à l’image de Naaman ou du groupe Groundation. Localement, l’entreprise a réédité un disque de Carrousel et collaboré avec Danyèl Waro et Zanmari Baré. Pour découvrir les secrets de fabrication d’un vinyle, RunRun Records nous a ouvert les portes de son atelier.
Tout commence par un enregistrement audio du groupe appelé mastering et réalisé en studio par un ingénieur du son spécialisé. L’enregistrement passe ensuite entre les mains de différents spécialistes pour être d’abord gravé sur une laque (le support sur lequel est gravé le sillon), puis galvanisé (un procédé qui consiste à fixer et à reproduire en négatif la gravure réalisée précédemment). Le produit obtenu, appelé stamper, est la matrice à partir de laquelle tous les disques seront moulés. Si toutes ces étapes sont effectuées en métropole, la suite se déroule dans l’île.
Une fois le stamper en main, Anthony Charreau, opérateur presse et chef d’atelier à RunRun Records, peut lancer la confection des disques en commençant par fondre des billes de plastique dans un extrudeur afin d’obtenir des palets au grammage voulu. Puis ce dernier est placé dans la presse où est fixé le stamper, qui en se fermant vient écraser le plastique fondu dans lequel sera imprimé le sillon. Passée cette étape qui dure une trentaine de secondes, il ne reste plus qu’à couper les bavures autour du disque à l’aide d’un trimmer, processus qui sera répété en fonction du nombre de disques voulus.
Ces derniers sont ensuite empilés pour être refroidis pendant une nuit, puis rangés manuellement dans des sous-pochettes et pochettes entourées de cellophane et enfin remis directement à l’artiste indépendant ou au label.
RunRun Records presse chaque année 30.000 vinyles et vise l’objectif des 60.000 dans les prochaines années.

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