Suite à la victoire de la liste FDSEA-JA, qui a remporté 22 sièges sur 33, Olivier Fontaine, 46 ans, a officiellement été élu président de la Chambre d’Agriculture de La Réunion. Le successeur de Frédéric Vienne nous parle de son parcours et des actions qu’il souhaite mener lors de son mandat.
Le Mémento : Quel a été votre parcours en tant qu’agriculteur ?
Olivier Fontaine : Après un Brevet de technicien Agricole (BPA) en agriculture région chaude au lycée agricole de Saint-Paul, j’ai fait un BTS agricole à Avignon. Une expérience enrichissante qui m’a permis de découvrir d’autres pratiques que celles de mon père et de mon grand-père, agriculteurs en canne et letchis. Installé sur une partie de l’exploitation familiale en 2001, j’ai dès le départ diversifié ma production avec des cannes, bananes et ananas, avant de me recentrer sur la canne, le letchi et le maraîchage hors sol, notamment en raison de mon engagement comme président des Jeunes Agriculteurs de 2012 à 2016.
Le Mémento : Comment a commencé votre parcours syndical ?
O. F. : Dès mon installation, j’ai rejoint un groupe d’agriculteurs qui s’entraidaient et se réunissaient régulièrement, ce qui m’a amené à intégrer le syndicat Jeunes Agriculteurs, où je me suis investi pleinement jusqu’à en devenir président. Mon objectif était avant tout d’être au service du monde agricole. Après avoir atteint l’âge limite, j’ai poursuivi mon engagement aux côtés de Frédéric Vienne et intégré le bureau de la FDSEA. En 2019, j’ai été élu secrétaire général de la chambre d’agriculture. Le syndicalisme m’a appris que le travail en équipe, le respect, la valeur et les expériences des autres permettent de grandir plus vite.
Le Mémento : Qu’est-ce qui a fait la différence lors des élections ?
O. F. : Notre victoire repose sur la reconnaissance du travail accompli malgré un mandat difficile, ainsi que sur la forte implantation locale du syndicat et la cohésion de l’équipe. Notre proximité avec les agriculteurs et notre approche pragmatique ont également été des atouts majeurs.
Le Mémento : Quels seront vos premiers axes de travail ?
O. F. : Nous allons renforcer notre proximité avec les 9.500 agriculteurs de l’île en améliorant les services de la Chambre d’Agriculture. Les 6.500 exploitations sont une chance pour La Réunion. Beaucoup de départements nous envient la diversité, la quantité et la qualité de nos productions.
Le Mémento : La production locale en légumes et fruits frais couvre près de 70% des besoins des Réunionnais. Quelles actions allez-vous mener pour atteindre la souveraineté alimentaire ?
O. F. : L’accès à l’eau est un enjeu prioritaire. Il faut trouver des solutions à moyen terme pour développer des réseaux d’irrigation et promouvoir la mise en place de retenues d’eau collectives et individuelles. Il faut que l’on apprenne à stocker l’eau, car c’est une ressource qui va devenir de plus en plus rare. Il n’est pas nécessaire d’aller sur des grands projets tels que le basculement des eaux, mais sur des petits projets comme les retenues collinaires qui captent l’eau, la stockent et la mettent à disposition des agriculteurs. Nous planchons aussi sur la mise en place d’un observatoire des coûts des intrants et sur une stratégie pour stabiliser leur prix. Il est également important de travailler sur la trésorerie. Les petites exploitations agricoles sont désireuses d’augmenter ou de diversifier leur production mais n’ont pas les fonds nécessaires pour le faire, et n’ont pas accès aux banques. Il existe des dispositifs d’accompagnement, mais qui arrivent un an après. Il serait donc judicieux de mettre en place un système d’avance de trésorerie. Enfin, nous continuerons à faire la promotion de la production locale et à poursuivre nos opérations auprès des écoles, collèges et lycées, afin d’éduquer et sensibiliser les jeunes.
Le Mémento : La numérisation qui touche l’ensemble des métiers a sa place dans le monde agricole ?
O. F. : Les agriculteurs utilisent de plus en plus les outils numériques, que ce soit pour la gestion de la conduite de certaines cultures, l’élevage ou le suivi des exploitations. Chaque agriculteur doit avoir un cahier parcellaire qui recense toutes les opérations culturales qu’il réalise sur son exploitation, notamment en termes d’apport en engrais, pesticides et eau. Nous envisageons le lancement d’une application numérique qui permettra l’enregistrement de ces données sur smartphone, et étudions en outre la possibilité de prodiguer des conseils en ligne aux ressortissants de la chambre d’agriculture.
Le Mémento : Comment attirer les jeunes vers l’agriculture ?
O. F. : Le problème des retraites, les difficultés liées à l’accès au foncier et aux revenus instables freinent l’installation des jeunes qui souvent s’orientent vers un autre métier. Il est nécessaire de repenser les formations et l’apprentissage, notamment pour favoriser les reconversions professionnelles. Quelqu’un qui veut se reconvertir vers 25/30 ans, n’a plus accès à l’apprentissage et doit payer sa formation. Il faut revoir la carte des formations et leurs financements.
Il est par ailleurs indispensable de travailler à l’amélioration du revenu des agriculteurs. Un jeune qui a vu son père travailler toute sa vie et être confronté en permanence à des difficultés financières a peu de chances de vouloir se tourner vers cette filière.
Le Mémento : Quels sont les dispositifs mis en place pour soutenir les jeunes agriculteurs ?
O. F. : Il en existe de nombreux. Je regrette toutefois qu’on les fasse évoluer d’année en année. Les règles du jeu changent trop, et on finit par se perdre. Raison pour laquelle nous avons sollicité la mise en place d’un guichet unique à l’installation, où serait présent l’ensemble des partenaires, afin de simplifier les démarches et réduire les délais d’accès aux aides.
Nous réfléchissons aussi à un dispositif de soutien temporaire pour garantir un revenu durant la période d’installation. Il existe bien une dotation jeunes agriculteurs très intéressante, mais qui nécessite deux à trois ans de démarches. L’agriculteur doit pendant ce temps payer son crédit auto, son loyer et faire vivre sa famille. S’installer sans avoir de revenus est décourageant.
Le Mémento : Quid de la transmission des exploitations ?
O. F. : Nous avons le projet d’organiser des journées de transmission en collaboration avec la CGSS afin d’informer les agriculteurs proches de la retraite sur leurs droits, le montant de leur retraite et les démarches à entreprendre. Il serait également opportun de réinstaurer le dispositif de départ en pré-retraite pour accélérer les départs à la retraite et l’installation des jeunes agriculteurs.

0 COMMENTAIRE(S)