Stevens Boisnel, Dirigeant d'Espace Deco

Arrivé à La Réunion il y a vingt-cinq ans pour donner un coup de main à l'entreprise familiale, Stevens Boisnel en est devenu le dirigeant discret et déterminé. Trois magasins, 42 collaborateurs, un chiffre d'affaires triplé depuis le Covid : la trajectoire est spectaculaire. Mais ce qui définit cet autodidacte de 44 ans, c'est moins la croissance que l'obsession qui la sous-tend: trouver le produit techniquement juste pour un marche que beaucoup de fournisseurs, même européens, ne comprennent pas vraiment.

Le Mémento: Espace Déco fêtera très bientôt ses trente-trois ans d'existence. Vous n'étiez pas destiné à en prendre les rênes. Comment s'est construite cette trajectoire ?

Stevens Boisnel: L'entreprise a été créée le ler avril 1993 par mon oncle et ma tante. Je suis arrivé de métropole, plus précisément de la région Nord, pour leur donner un coup de main. Il n'y avait alors qu'un seul magasin et six ou sept salariés. J'ai commencé au bas de T'échelle : l'entretien, le secrétariat, la compta-bilité, la manutention, le dépotage des conte-neurs. J'adorais ça d'ailleurs ! Ce parcours m'a offert quelque chose que les diplômes n'auraient peut-être pas donné : je sais exactement ce que représente chaque fonction, chaque contrainte.

Le Mémento: Il y a eu un moment charnière, celui où vous passez de l'exécutant au dirigeant. Comment cela s'est-il opéré ?

S. B.: Cela fait plus de quinze ans que je gère totalement l'activité. Mais le véritable changement d'échelle est récent. En 2018, onaagrandi le dépôt. En 2019, on a ouvert le point de vente de Saint-Pierre et en 2021, un magasin entièrement dédié au carrelage. Depuis le Covid, nous sommes donc passés d'un à trois magasins et le chiffre d'affaires a triplé. Ce n'était pas un plan, c'était une conviction: si le produit est bon, on peut aller loin.

Le Mémento: La question du produit semble centrale chez vous, c'est presque une obsession.

S. B. : C'en est une, oui. À La Réunion, le contexte est particulier. L'hydrométrie est un facteur déterminant que beaucoup sous-esti-ment, y compris des fournisseurs européens qui vendent pourtant des produits depuis des décennies. Quand nous avons lancé notre propre marque "Espace Déco", il y a un peu plus de trois ans, nous avons intégre cette rea-lité dès la conception. Nos revêtements de sol ont un cœur de 7 mm, quand la concurrence est à 6 ou 6,5 mm. Ce millimètre ne se voit pas en magasin. Il se voit après la pose. Sur cette gamme, nous n'avons aucun SAV.

Le Mémento: Où est fabriquée la gamme Espace déco?

S.B.: Les produits sont fabriqués en Chine selon notre cahier des charges. Toutes nos références sont normées. Sur un territoire très contrôlé comme La Réunion, un produit non conforme ne passe pas les douanes. Ce qui me préoccupe, c'est la qualité technique, pas l'étiquette. J'ai mis plusieurs décennies à comprendre ce marché. La marque Espace Déco, c'est la traduction de cette expérience en produit.

Le Mémento: Vous avez aussi été précurseur sur les panneaux muraux type SPC.

S. B. : Il y a environ deux ans et demi, nous avons introduit ces panneaux résistants totalement à l'eau, posables en salle de bain comme n'importe où ailleurs. Nous avons été copiés rapidement, c'est normal. Aujourd'hui, nos parts de marché se sont stabilisées. Mais la différence se joue sur des détails que le client ne voit pas immédiatement : nos panneaux ont une couche d'usure de 0,3 à 0,4 mm. Ceux qui nous ont copiés n'en mettent pas. Avecle temps, ça change tout. Mon rôle, c'est d'anticiper ça, de savoir ce qui va tenir, et ce qui ne tiendra pas.

Le Mémento: Comment décririez-vous l'offre d'Espace Déco aujourd'hui?

S.B.: Le cœur historique, c'est le revêtement de sol: parquet stratifié, SPC (les lames vinyles à base minérale). Depuis trois ans, on développe aussi fortement les revêtements muraux : murs de pierre, feuilles de pierre, panneaux miroir, solutions acoustiques. Nous avons aussi le carrelage, les revêtements souples, la moquette.

Nous sommes aujourd'hui les seuls à La Réunion à proposer la vente et la pose de moquette. Nous assurons d'ailleurs la pose de tous nos produits, sauf le carrelage qui nécessite une assurance décennale. Prochainement, nous allons arrêter le rayon tapis. Ce n'est pas une régression, c'est un choix de cohérence:
concentrer les efforts sur ce qui a du sens dans notre stratégie.

Le Mémento: La logistique est souvent citée comme le talon d'Achille du commerce réunionnais. Comment vous y adaptez-vous?

S.B.: Les coûts fluctuent beaucoup. On fait une moyenne sur l'année pour lisserles variations et maintenir des tarifs stables pour nos clients. Actuellement, l'euro est fort face au dollar, ce qui nous aide. Mais ce qui compte vraiment, c'est l'anticipation des approvision-nements. C'est elle qui conditionne les prix et la disponibilité.

Le Mémento: Vous évoquez une clientèle différente selon les zones. La même enseigne ne peut pas fonctionner de la même façon au Nord et au Sud de l'ile?

S.B.: Non, et c'est quelque chose qu'on a appris sur le terrain. Les attentes ne sont pas les mêmes, les habitudes d'achat non plus.

Chaque magasin adapte sa relation client. Le digital nous aide à gérer cette diversité : notre site WooCommerce est totalement marchand, on peut modifier prix et photos en temps réel, gérer les stocks et les commandes. Mais ce métier reste fondamentalement un métier de contact.

Les gens ont besoin de toucher le revête-ment, de le sentir sous leurs pieds. Aucun écran ne remplace ça. En carrelage, nous déploierons bientôt une solution numérique pouraider à la projection. Une innovation que nos clients seront invités à découvrir lors du prochain Salon de la Maison.

Le Mémento : Quel dirigeant êtes-vous? Vos collaborateurs vous décriraient comment?

S.B.: Je suis franc. Quand j'ai quelque chose à dire, je le dis. Mais je m'efforce toujours d'être juste. Chez Espace Déco, il est à noter qu'il y a peu de turnover. Certains partent après dix ans pour voir autre chose, c'est normal, c'est même sain. Une chose me tient particulièrement à cœur, c'est la promotion interne. Laplupart de nos salariés ont commencé comme apprentis. L'un d'entre eux a gravi les échelons jusqu'à devenir responsable de magasin. Au total, dans nos trois points de vente, nous avons en général quatre à cinq apprentis.

Le Mémento : L'environnement est-il une contrainte ou une conviction dans votre modèle?

S. B.: Une conviction qui a un coût réel. Nous consacrons plus de 90 000 euros par an à la gestion de nos déchets. On recycle ou fait recycler autant que possible. Au-delà des déchets, les produits que nous distribuons sont écologiques par nature: le SPC est composé de poudre de calcaire, le stratifié affiche un taux de formaldéhyde proche de zéro. Ce n'est pas du marketing, c'est une exigence technique que nous nous sommes fixé.

Le Mémento: Où en serait Espace Déco dans cinq ans, selon vous?

S.B.: Je ne sais pas exactement où mais je sais dans quel état d'esprit. J'ai 44 ans. Je n'ai ni Tâge ni l'envie de ralentir. Ce qui me mobilise, c'est de continuer à chercher ce que les autres ne cherchent pas. A La Réunion, beaucoup de fournisseurs achètent au même endroit et proposent les mêmes produits. Pour ma part, je me rends deux à trois fois par an dans des salons et des usines avec l'ambition de trouver autre chose. Pas de la nouveauté pour la nouveauté, mais le produit qui va réellement mieux convenir à ce territoire, son climat, ses clients.


0 COMMENTAIRE(S)

Aucun commentaire pour le moment






ACHETER
un exemplaire
version papier ou PDF
Dernières infos en ligne

15.08.2026 | Maurice

Entrepreneuriat : Maurice, la NIC accompagne une première promotion de 30 entrepreneures



Lire
commentaires Réagir
14.08.2026 | Maurice

Maurice approuve les modifications du traité de non-double imposition avec l'Inde



Lire
commentaires Réagir
14.08.2026 | Mayotte

Conjoncture économique : À Mayotte, les prix de la construction repartent fortement à la hausse au deuxième trimestre



Lire
commentaires Réagir
10.08.2026 | Océan Indien

Sécurité maritime Trafic de drogue, armes, contrefaçons… La COI muscle la coopération des douanes dans l'océan Indien



Lire
commentaires Réagir
09.08.2026 | France

Transition écologique : Les Outre-mer sont-ils prêts à unir leurs forces face au défi climatique ?



Lire
commentaires Réagir
05.08.2026 | France

Finances publiques : Le Mémento dévoile les secrets du déficit de l'État, ce qui coûte vraiment le plus cher à la France



Lire
commentaires Réagir
05.08.2026 | Réunion

Contrôle de la Chambre régionale des comptes : EHPAD Le Moutardier, une qualité d'accueil reconnue mais de sérieuses failles de gestion pointées



Lire
commentaires Réagir
05.08.2026 | Maurice

Intelligence artificielle et enseignement supérieur : À Maurice, 75 étudiants réunis durant 24 heures pour imaginer des solutions avec l'IA de Google



Lire
commentaires Réagir
04.08.2026 | France

RÉGLEMENTATION - AI Act : les TPE et PME face au défi de la conformité



Lire
commentaires Réagir
03.08.2026 | France

Transport aérien - Aéroports de Paris : La baisse des redevances profitera-t-elle aussi à Air Austral, Corsair et French Bee ?



Lire
commentaires Réagir
02.08.2026 | Réunion

Grande distribution à La Réunion : Feu vert sous conditions pour le rapprochement entre les groupes Caillé et IBL



Lire
commentaires Réagir
26.07.2026 | France

Médias numériques : Coupe du Monde 2026, 3,6 milliards de visites sur les médias numériques pendant le Mondial de football



Lire
commentaires Réagir
25.07.2026 | France

Banque de France - Accès aux espèces : Argent liquide, distributeurs automatiques, banques... L'accès aux espèces reste assuré partout en France



Lire
commentaires Réagir
23.07.2026 | Réunion

André Béton lance "Karypédia", une série YouTube consacrée aux traditions des Hauts



Lire
commentaires Réagir
23.07.2026 | Maurice

Axess obtient la certification ISO 9001:2015



Lire
commentaires Réagir