Le Mémento : Bonjour Arnaud Baldy. Qui êtes-vous et quel a été votre parcours jusqu’à la création d’AB Sud Plomberie ?
Arnaud Baldy : Je suis né en métropole il y a 40 ans. A l’issue d’un parcours de formation professionnelle plombier chauffagiste et l’obtention des CAP et BEP, désireux de me perfectionner, je me suis orienté vers ce qu’il y avait de meilleur : les Compagnons du Devoir que j’ai intégré à l’âge de 18 ans. Je suis arrivé à La Réunion en 2002 et plus précisément au Tampon où mes parents étaient installés.
Le Mémento : Avec l’idée d’être embauché ou de créer votre activité ?
A. B. : Au tout début, d’être embauché mais j’ai rapidement identifié les lacunes et le retard du territoire vis-àvis du métier. Par exemple, y a 20 ans à La Réunion, c’étaient les maçons qui faisaient la plomberie sur les maisons neuves et c’était une catastrophe ! Je me suis alors dit que jamais je ne pourrais travailler pour un patron et l’idée de me mettre à mon compte a germé.
Le Mémento : Vous vous lancez donc seul, combien de salariés avez-vous aujourd’hui ?
A. B. : L’entreprise individuelle a évolué, grandi au fil des années et a compté dans ses rangs jusqu’à 35 salariés. Cet effectif a diminué après la Crise COVID. Aujourd’hui l’entreprise, au travers deux entités AB Sud Plomberie et AB Plus Plomberie, emploie une vingtaine de personnes.
Le Mémento : Quelles conséquences la crise COVID a-t-elle eu sur vos activités ?
A. B. : Avant la crise du COVID, il y a eu celle des gilets jaunes qui nous a réellement impactés dans le sens où circuler était devenu impossible pour nos équipes. Le COVID, est ensuite venu entraver notre activité (comme celle de toutes les entreprises du BTP) puisque dans nos métiers, le télétravail est impossible. Aujourd’hui, nous devons à nouveau faire face à des blocages du fait de l’opposition qui s’exprime contre la réforme des retraites. Une situation qui ravive de nombreuses inquiétudes chez les chefs d’entreprise. On sort à peine la tête de l’eau qu’il nous faut replonger. Regardez le nombre de liquidations judiciaires, de ventes aux enchères de sociétés.
Autour de moi, je n’ai jamais vu autant d’entreprises de BTP fermer et personne ne semble s’en inquiéter… Pour autant, à mon sens, localement, le sujet n’est pas tant la réforme des retraites mais la préservation de l’emploi et le soutien aux entreprises en diffi cultés. Le jour où il n’y aura plus de petites entreprises et que les gens n’auront plus de travail, se soucieront-ils de leur retraite ? La retraite c’est déjà compliqué quand on a travaillé…
Le Mémento : Quels leviers avez-vous dû actionner pour traverser ces temps difficiles ?
A. B. : Chez AB Sud Plomberie, nous nous sommes toujours attachés à faire évoluer le métier. Il y a quelques années, nous avons été pionniers sur la technologie multicouche aujourd’hui mobilisée sur 1 chantier réunionnais sur 2. Nous avons également été précurseurs (et ce malgré les oppositions fortes des solaristes comme du fournisseur d’énergie), du chauffe-eau thermodynamique. Cet équipement à basse consommation énergétique off re une alternative à ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas de chauffe-eau solaire sur leur toit.
Inlassablement, nous nous attachons à dynamiser la profession en mobilisant l’innovation qu’elle soit technologique ou encore appliquée à la gestion des ressources humaines qui, elle aussi, a bien changé. Aujourd’hui, le travail n’est plus une priorité. Les gens sont devenus susceptibles et l’on ne peut plus se permettre de faire des réflexions (même justifiées), au risque de ne pas revoir le salarié à son poste le lendemain. Le chef d’entreprise est devenu une sorte de “négociateur”. À cela, il convient de rajouter une off re de formation réduite à peau de chagrin, et en tout état de cause peu efficiente.
Le Mémento : Dans un secteur plutôt traditionnel, vous innovez également dans le secteur de la communication pour vous démarquer.
A. B. : En effet, nous avons été les premiers plombiers de l’île de La Réunion à avoir un site Internet, et les premiers de France à développer une application de service (actuellement en maintenance). AB Sud Plomberie affiche également une belle présence sur les réseaux. Nous avons même lancé notre propre chaîne Youtube pour partager notre expertise appliquée à la technologie thermodynamique notamment, les retours d’expériences et la pertinence de l’équipement sur le territoire. Cette chaîne devrait intégrer prochainement de nouvelles vidéos et notamment des astuces dédiées aux petites réparations.
Au-delà du digital, nous avons également envisagé de proposer aux particuliers des séances de formation, à coût réduit, dans le but de les rendre autonomes sur des réparations courantes : remplacer un joint, un robinet, un mécanisme de chasse d’eau... Beaucoup de Réunionnais, les femmes seules tout particulièrement, semblent intéressés par cette prestation qui pourrait être déployée très rapidement sur notre site historique du Tampon, puisque le site du secteur Nord a été fermé.
Le Mémento : Quand et pour quelle raison avez-vous fermé cette antenne ?
A. B. : AB Nord Plomberie avait ouvert il y a 8 ans, j’ai décidé de le fermer il y a 2 ans du fait de difficultés liées à la gestion du personnel. Faire des allersretours réguliers ne suffit pas. Un chef d’entreprise, doit être sur place, dans le bateau. Même si vous mettez en place des chefs d’équipes, les salariés ont besoin de voir le patron à leurs côtés, de recevoir ses félicitations. Dans le BTP tout particulièrement, le patron est une figure paternelle. À de nombreuses reprises, je me suis retrouvé avec des salariés beaucoup plus âgés ou qualifiés que moi. Mais quand je n’étais pas là, ils étaient déboussolés. C’est la raison pour laquelle je m’oblige à arriver très tôt le matin, pour avoir cet échange avec mes équipes.
Le Mémento : Si vous aviez un conseil à donner à ceux qui envisagent de se lancer dans l’entrepreneuriat, quel serait-il ?
A. B. : Plus qu’un conseil, je pourrais partager trois règles d’or que j’ai pu établir (parfois à mes dépends) lors de ces plus de 20 années passées à la tête d’une société. La première : toujours payer ses dettes (fournisseurs, État). La deuxième : arrêter de penser que l’on embauche des salariés pour gagner du temps. Le temps que vous gagnerez sur la prestation, vous l’emploierez à surveiller ce qui est fait. Résultat, vous n’aurez pas plus de temps ni pour vous même, ni à consacrer à votre famille.
Troisième règle d’or : ne jamais embaucher quelqu’un pour des choses que tu ne sais pas faire toi-même. Pourquoi ? Tout simplement par que quand cette personne n’est pas là, quelles qu’en soient les raisons, tu ne pourras pas faire le boulot !
Le Mémento : Une position qui oblige à toujours se former ?
A. B. : On n’a pas le choix. Quand je me suis mis à mon compte, je ne savais pas faire un tableau Excel. Un jour, pour pouvoir être payé pour un gros chantier, on m’a dit : il nous faut un tableau financier. Résultat, j’ai passé plusieurs jours sur Youtube pour être en capacité de livrer ce fameux tableau. Si je n’avais pas fait ça je ne me serais pas fait payer. En fait tout est comme ça. Le chef d’entreprise doit être en permanence capable de se réinventer. Et pour ça, il faut non seulement être bon sur le terrain et en informatique mais aussi et surtout être très fort mentalement.
Beaucoup ont fermé non pas par ce qu’ils allaient mal financièrement mais parce que psychologiquement, ce n’était plus possible (trop de pression, difficultés avec les salariés, obligations qui vous obligent à terminer vousmême le chantier le soir et le week-end). Malgré tout cela, je vous confirme être très content d’être à mon compte. Nous avons une belle structure, des chefs d’équipe très efficaces, des salariés au top, et une clientèle fidèle depuis 20 ans.

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