Ghislaine Lhuissier, Présidente de Vatel La Réunion

Depuis plus de trente ans, Ghislaine Lhuissier accompagne la montée en compétences du secteur CHR de La Réunion en formant la jeunesse locale. Si vous fréquentez les hôtels-restaurants de l’île, il est plus que probable que vous ayez été en contact avec les valeurs d’excellence véhiculées au sein des écoles CREE et Vatel.

Le Mémento : Toute votre carrière est marquée par l’hôtellerie et la restauration. Vous êtes tombée dans la marmite toute petite ?

Ghislaine Lhuissier : Complètement ! Mes parents étaient restaurateurs et hôteliers et partageaient leur temps entre un restaurant de la région parisienne et leur propre hôtel en Normandie. Je m’y revois encore, pas plus haute que trois pommes, en train de remettre du pain sur les tables.

Le Mémento : Naturellement, vous décidez de vous orienter vers cette activité ?

G. L. : Après mon bac, j’ai entamé des études à l’université mais me réoriente rapidement. J’intègre la réputée école hôtelière de Nice dont je sors diplômée d’un BTS hôtellerie-restauration. Je commence ma carrière en enchaînant les missions, d’abord dans un étoilé Michelin, feue la Maison Meissonier où j’officie au service, puis développe mes compétences au sein de très beaux établissements parisiens.

Le Mémento : Dans quelles circonstances arrivez-vous à La Réunion ?

G. L. : Mon père est appelé dans l’île pour l’ouverture du lycée hôtelier de Plateau-Caillou dont il devient le premier enseignant en cuisine. Je découvre La Réunion à l’âge de 17 ans à l’occasion de vacances et acquiers la profonde conviction qu’un jour je reviendrais y travailler. Je garde donc les yeux ouverts au cas où se présenterait une opportunité. Celle-ci survient en 1986 où le promoteur du Tropic Club de Saint-Gilles me propose la gestion du Club House de l’établissement, l’un des premiers du genre à La Réunion. Six mois après ma prise de fonctions, mon directeur quitte l’entreprise et je me retrouve à gérer la structure à savoir le Club House et le club de sport, et manager plus de 30 salariés. J’ai alors 24 ans, je travaille 15 heures par jour, sans jours de repos mais j’adore ça !

Le Mémento : Comment allez-vous évoluer vers la formation ?

G. L. : À l’arrivée de mon premier fi ls, j’aspire à un meilleur équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle. J’informe mon employeur de mon souhait de mettre fin à notre collaboration. Reste qu’au bout de trois mois à materner, je m’ennuie un peu.

Je prends alors contact avec Luc Toregrossat, un client du Tropic Club qui m’avait laissé ses coordonnées, au cas où je souhaiterais travailler de nouveau. Responsable du Greta, il me confie la coordination d’une douzaine d’actions de formation variées, dans l’ouest de l’île. Le Greta dispose d’un pôle dédié à l’hôtellerie-restauration, forcément, ça me parle. Je mets toute mon énergie dans le développement de l’off re (CAP et BEP). Cela fonctionne si bien que le souspréfet de Saint-Paul organise la visite du pôle de Louis le Pensec, alors ministre de l’Outremer, qui trouve formidable qu’avec si peu de moyens, on arrive à faire de telles choses. En dépit de cette reconnaissance, faute de ne pas me voir accorder les moyens que je réclamais, je quitte le GRETA. Le jour de mon départ, alors que j’eff ectue le suivi d’un élève au sein de son établissement d’accueil, je tombe nez à nez avec le sous-préfet qui prend de mes nouvelles. Ayant apprisque je quittais le monde de la formation, nous fixons un rendez-vous afi n que je lui expose mes idées pour la formation à La Réunion. La première d’entre-elle : développer une offre au plus proche de la réalité professionnelle, aboutira à la naissance de CREE.

Le Mémento : Quelle est la particularité de ce centre que vous avez créé avec Philippe L’huissier en 1991 ?

G. L. : Initié avec 15 stagiaires, l’aventure CREE repose sur une formation qui s’effectue au sein d’un établissement en activité. La première promotion a ainsi été formée au métier de la réception dans le cadre d’un hôtel du Groupe Accor. Le modèle perdure, puisque si les métiers se sont étoff és et s’étendent aujourd’hui de la cuisine au service en passant par l’entretien des chambres, les élèves se déploient aujourd’hui dans plusieurs établissements de l’île : Fondation Père Favron, Palm Hôtel & Spa, Relais de l’Hermitage, Récif, Créolia…

Aujourd’hui, CREE évolue sous l’impulsion de mon époux qui préside la structure mais aussi et surtout de notre fils Julien, qui en a pris la direction. C’était quelque chose d’important pour moi. J’ai reçu des propositions de  rachat mais CREE n’est pas qu’une affaire d’argent, c’est une philosophie et je suis heureuse qu’elle puisse perdurer.

Le Mémento : Aujourd’hui, votre activité se concentre autour de Vatel. Comment l’aventure a-telle commencé ?

G. L. : En 2017, alors que je m’épanouis au sein de CREE, Vatel qui ambitionne de développer la marque à La Réunion, me fait une nouvelle fois des appels du pied, mais je ne suis pas pressée. Lors d’un déplacement à Paris pour affaires personnelles, Renaud Azema, développeur Vatel pour l’Afrique me convainc de rencontrer Monsieur Sebban, fondateur du Groupe Vatel, rencontre qui aura lieu à Lyon. Pour l’anecdote, j’ai dû acheter une robe pour l’occasion. Je sortirai de l’entretien avec un contrat signé. Je ne sais même pas ce qu’il y a dedans… Reste que je partage les valeurs de Vatel et qu’on ne peut pas dire non à Monsieur Sebban !

Le Mémento : Vous rentrez donc à La Réunion avec dans vos bagages, la franchise Vatel. Quel est le programme ?

G. L. : Le contrat signé au mois d’avril prévoit l’intégration de la première promotion en septembre de la même année. Je commence avec 18 étudiants. La formation repose à 50% sur une mise en situation en entreprise. On forme des managers mais aussi des professionnels de terrain. Les étudiants de Vatel passent par toutes les étapes du métier.

Le Mémento : Après plusieurs années de cohabitation avec CREE en ville de Saint-Paul, Vatel “prend son particulier” en 2021. Comment êtes-vous arrivés sur le site à Saint-Gilles ?

G. L. : Suite à l’appel à reprise lancé dans le cadre de la liquidation d’un hôtel Apavou, nous acquérons une partie de l’établissement (2 bâtiments). 2 ans de travaux et 750.000€ d’investissements plus tard, nous disposons d’une école flambant neuve. Le Campus Vatel accueille 180 étudiants dont 36 résidant dans l’un des 18 logements dédiés aux mineurs et aux étudiants extérieurs, en provenance d’Europe en majorité.

Le Mémento : Des élèves attirés par la spécialité tourisme expérientiel ? Une spécialité que vous avez-vous-mêmes développée ?

G. L. : Nous sommes la seule école Vatel à offrir cette spécialité dans le monde aux étudiants du Master. Voyager moins mais voyager mieux, c’est le tourisme que l’on aime, respectueux de l’environnement, des populations… Des considérations qui ont pris de l’ampleur avec la crise du Covid.

Le Mémento : Quelle latitude avez-vous pour, au sein d’un groupe international,développer de nouveaux projets ? À quoi pouvons-nous nous attendre dans les années à venir ?

G. L. : Nous opérons toujours en accord avec le corporatif. Si l’idée séduit, elle est acceptée. Aujourd’hui, Karine Sebban- Benzazon, fille du fondateur du groupe qui vient d’accéder à la présidence, semble être dans le même état d’esprit. Pour la suite, venant de l’insertion professionnelle (CREE), une chose me gênait : laisser des étudiants à la porte, pas par rapport à leur niveau parce que pour intégrer Vatel il faut réussir un concours, faire preuve d’un grand savoir-être et avoir des bonnes bases en langues étrangères, mais pour des raisons financières. Cette année, nous avons ouvert le Master à l’apprentissage et dès la rentrée prochaine au Bachelor.

Le Mémento : Comment convainquez-vous les élèves et leurs parents de s’engager dans des métiers si exigeants ?

G. L. : Si Vatel s’appuie sur le secteur touristique hôtelier, c’est aussi une business school. Le niveau y est tel qu’à l’issue d’un parcours chez Vatel, il est tout à fait possible de s’orienter vers les RH, la finance… Si notre diplôme valide les compétences nécessaires au management hôtelier, quand on sait gérer un hôtel, on sait gérer une entreprise. Vatel peut se féliciter d’un taux d’insertion de 100% à l’issue du Master. Plusieurs de nos élèves font de très belles carrières au sein d’établissement prestigieux : Château de Versailles, Hôtel Meurice, Hilton, Fauchon, Molitor…

L’école a également intégré d’anciens étudiants de Vatel, c’est le cas de notre chargé d’entreprise, mais aussi de CREE dont sont issues une collaboratrice ainsi que notre community manager.


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