Proposé dans le cadre du 80ème anniversaire de la libération de la France par la BDR, l’Ordre national du mérite et la Légion d’honneur, l’hommage à Marguerite Jauzelon (1917-2023), héroïne réunionnaise de la libération de la France en 1944, a rassemblé un public nombreux autour d’un programme articulant présentation des travaux des élèves du lycée Marguerite Jauzelon de Bellepierre, conférence de Mario Serviable, échanges et témoignages avec le public et la famille.
Marguerite Jauzelon naît le 25 juillet 1917 à Saint-André où son père dirige une usine sucrière. Elle poursuit sa scolarité à Saint-Denis avant d’intégrer l’École normale pour devenir institutrice. En 1943, son père décède subitement. C’est l’une des raisons, en plus d’un irrésistible élan patriotique, qui va pousser la jeune femme à rejoindre les Forces Françaises Libres. Le 23 novembre 1943, Marguerite embarque sur le Galieni pour prendre part à la guerre. “Qu’est-ce qui peut pousser une Réunionnaise de 26 ans à partir faire la guerre ?” s’interroge Mario Serviable, conférencier du jour.
“La Réunion entre en guerre le 2 septembre 1939 et la perd 10 mois plus tard. Dès lors, elle va poursuivre une autre guerre. Une guerre contre elle-même. Cette guerre-là va être terrible” rappelle l’universitaire, orateur hors pair.
La France devient une colonie allemande et Hitler, dans un geste cynique, crée une entité qu’il confie à Pétain : L’État français. Ce stratagème permettra aux Français “d’avoir l’illusion d’un pays” analyse le spécialiste.
La Réunion sera donc pétainiste du 29/06/1940 au 29/11/1942, dirigée par le Gouverneur pétainiste Pierre Robert.
Dans ce contexte, l’engagement de Marguerite Jauzelon se fera sous la conjonction de plusieurs facteurs : un double crime (la mort de la France comme espace géographique et comme espace symbolique) et l’injustice faite à ce que l’on appelle les contre-nations.
Sur le continent, les juifs sont persécutés ; à La Réunion, il ne fait pas bon être cafre, Malbar ou zarab... En attestent les révocations de directeurs d’écoles, d’institutrices... “C’était ça le régime pétainiste” rappelle le conférencier, et de poursuivre : “On ne pouvait pas accepter que La Réunion puisse être cela. Et notre engagement, comme celui de Marguerite, sera total” explique Mario Serviable ajoutant un troisième facteur de motivation de l’engagement de Marguerite : un petit léopard venu lui parler à l’oreille.
“Le 11 novembre 1942, de Gaulle demande de se manifester en se rendant sur un monument aux morts pour y déposer une fleur. Mais est-ce que les fleurs suffisent ? Certainement pas. Là est arrivé le Léopard pour cueillir la Marguerite” avance Mario Serviable avec espièglerie car, au-delà du jeu de mots, “le Léopard cueille la marguerite” est le véritable nom de code attribué à l’opération des Forces Françaises Libres, venue pour rallier La Réunion.
La guerre de Marguerite
Le 23 novembre, Marguerite Jauzelon embarque sur le Galieni avec 51 autres Réunionnaises. Elles seront formées à Madagascar aux côtés d’autres engagées volontaires et quitteront La Grande Île à bord du Méonia pour débarquer à Alger en juillet 1944. Elles sont affectées au 431e bataillon médical colonial, 3e compagnie de ramassage, 1ère armée française. Le 29 juillet 1944, Marguerite quitte Oran pour Ajaccio, une traversée qui s’effectue sous les bombardements.
Elle participera au débarquement de Provence après avoir débarqué, le 23 août 1944 avec son ambulance, du LST de l’US Navy, à Saint-Tropez. À bord de son ambulance baptisée l’hirondelle, la Réunionnaise prendra part à plusieurs batailles en remontant vers le nord de la France : Toulon, Autun, les Vosges, Colmar...
C’est en Allemagne, le 8 mai 1945, qu’elle apprend la capitulation de cette dernière. Démobilisée au mois de novembre, elle rentre dans son île, à Saint-André, et reprend le cours de son existence en toute humilité. Ce n’est qu’à la fin de sa vie qu’elle ira dans les collèges pour partager son expérience. 59 ans plus tard, en 2002, la Nation reconnaît la gratitude qu’elle doit avoir envers Marguerite Jauzelon et lui agrafe le rouge de la Légion d’honneur.
En 2017, à l’occasion de ses 100 ans, elle reçoit les honneurs du préfet Amaury de Saint-Quentin. Marguerite Jauzelon décède le 9 février 2023.

0 COMMENTAIRE(S)