C’est ce qui motive le plus Luis Vieira, LUVI de son nom d’artiste, dans son travail de création artistique auquel il peut s’adonner pleinement depuis qu’il a pris sa retraite en 2022. Le dessinateur, graphiste, ancien publicitaire et entrepreneur s’est lancé le défi de créer et exposer une collection dans quatre villes symboliques pour lui : Saint-Denis, Lisbonne, Paris et Montréal. Nous le retrouvons en pleine création de sa première série de peintures.
“Lorsque j’ai pris ma retraite, je ne voulais pas rester sans rien faire... J’ai repris mon crayon puis je me suis lancé dans la peinture”, partage Luis Vieira, passionné de dessin. Son parcours géographique et professionnel témoigne d’une richesse incroyable. Né au Mozambique de parents portugais, collégien à Johannesburg (Afrique du Sud), étudiant en cartographie à Lisbonne peu de temps après la révolution des Œillets au Portugal puis dessinateur de presse et illustrateur, Luis Vieira remporte un concours de dessins humoristiques organisé par Le Nouvel Observateur et TF1 à Paris en 1985.
Ce prix lui fait décrocher son premier contrat de travail en France en tant que graphiste dans le secteur de la Vente Par Correspondance et la publicité. Il atterrit à La Réunion en 1989 et évolue dans des agences de renom avant de fonder sa propre société, le Studio de création LUVI. Au fil du temps, il s’associe à des agences internationales réputées comme Ogilvy et Havas.
Fan de BD, Luis Vieira évoque sa filiation artistique avec deux mentors et géants du dessin humoristique, Jean-Marc Reiser et Jean-Jacques Sempé. “Je m’inscris dans un style de dessin plutôt spontané, chargé d’humour avec un message simple à faire comprendre, une idée qui dérange, un concept”, dévoile l’artiste autodidacte et non de métier.
S’amuser et interpeller
Il y a quatre mois, Luis Vieira a commencé à ébaucher dans son cahier les idées pour exécuter les 20 toiles en lin (1 m x 1 m) de sa Collection Yoopi. Il est passé à la phase concrète de création (acrylique technique mixte) il y a deux mois avec l’objectif de finir avant mai et son départ pour le Portugal. “Yoopi” est ce personnage créé par LUVI, le nez en l’air, les bras grands ouverts, énergique, “figeant des instants de vie dans des attitudes électriques. Dans ses cris ou ses éclats de rire, Yoopi devient le miroir de notre société contemporaine, reflétant nos modes de vie, nos habitudes, nos vertus et nos vices”.
Ainsi, les premières œuvres qui émergent parlent du temps qui passe et laisse des traces (“Ouch”, ça peut faire mal un an de plus et pas uniquement pour de la joie), de la “Circoncision”, du “20 Desemb” (avec au centre du tableau une peau de tam-tam intégrée), du réchauffement climatique “Larmes”, de la surpopulation et de la pollution générant un sentiment de manque de place, d’enfermement, d’isolement “La Chaise” ou comment trouver sa place dans un monde de plus en plus encombré. Il est aussi question de franc-maçonnerie “Pur et sans taches” avec des éclaboussures rose fluo sur un tablier blanc, un damier labyrinthique, un jeu d’ombre et de lumière selon l’angle de vue, et d’autres symboles comme celui de la mixité.
On trouve la “Kafrine dorée” éclatante de liberté, joyeuse, belle, rayonnante et décomplexée. Deux tableaux en cours d’élaboration évoquent la malbouffe et les drogues qui déconnectent du réel. Enfin, LUVI entreprendra la création de tableaux hyperréalistes en lien avec des paysages de La Réunion, un travail chronophage. “Je prévois d’utiliser des matériaux différents, j’aime jouer avec la matière pour faire ressortir des nuances de volume et d’aspérité”, précise-t-il. Le plus important dans sa démarche de création artistique, soutient-il, consiste avant tout à “s’amuser”. Pour sûr, la sensibilité et l’expérience de cet artiste hors-norme ont des choses à dire au monde, singulières et troublantes.

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