Mardi 4 février 2025, Navin Ramgoolam a déclaré devant le Parlement mauricien qu'un "nouvel accord" avait été trouvé avec Londres, mais qu'il attendait désormais l'avis de l'administration de Donald Trump avant de le signer. Cet accord, renégocié après son arrivée au pouvoir en novembre 2024, garantirait à Maurice la souveraineté sur l'ensemble des Chagos, y compris Diego Garcia, la principale île de l'archipel où est installée une base militaire américano?britannique.
De son côté, le Royaume?Uni reste plus prudent. "Une fois un accord trouvé, les détails du traité seront soumis à l’examen des deux chambres du Parlement britannique pour une ratification selon la procédure habituelle", a déclaré un porte?parole du Premier ministre Keir Starmer, tout en soulignant que Londres consulterait l'administration Trump pour obtenir des garanties sur la sécurité de la base militaire.
Cette base, utilisée depuis la guerre froide comme point d’ancrage pour les opérations américaines dans l’océan Indien et au Moyen?Orient, est un atout stratégique majeur pour les États?Unis.
Le nouveau secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a d’ailleurs qualifié l’accord de "menace sérieuse" pour la sécurité américaine, alimentant les incertitudes sur son adoption finale.
Pour les Chagossiens, ce nouvel épisode diplomatique est une énième entrave à leur espoir de retour. Expulsés entre 1968 et 1973 pour faire place à la base militaire, ces 2000 habitants et leurs descendants – aujourd’hui près de 10?000, répartis entre Maurice, les Seychelles et le Royaume?Uni – attendent toujours de retrouver leur terre natale.
L’accord d’octobre 2024 prévoyait la possibilité pour eux de revenir sur certaines îles de l’archipel, mais pas sur Diego Garcia. Une restriction qui suscite l’indignation au sein de la communauté chagossienne. "Pourquoi ne pouvons?nous pas revenir alors que des travailleurs philippins, singapouriens et sri?lankais sont autorisés à y travailler sur la base??", s’interroge Olivier Bancoult, leader du Groupe Réfugiés Chagos.
Aux Seychelles, Pierre Prosper, représentant des Chagossiens, envisage déjà un futur pour les îles hors de Diego Garcia?: "Elles sont intactes, préservées, et pourraient être développées de manière durable, avec un tourisme responsable et une pêche régulée."
À Donald Trump et au Premier ministre britannique Keir Starmer. Un crime colonial toujours impuni. Au?delà des enjeux stratégiques, l’histoire des Chagos reste un symbole du colonialisme britannique. En 2023, l’ONG Human Rights Watch a qualifié l’expulsion des Chagossiens de "crime contre l’humanité", rappelant que ces derniers avaient été décrits par un câble britannique des années 1960 comme "quelques Tarzans et Vendredis."
Depuis 2019, plusieurs instances internationales, dont la Cour internationale de justice et l’ONU, ont condamné l’occupation britannique et appelé à la restitution des îles à Maurice. Mais malgré ces pressions, Londres a longtemps ignoré ces injonctions, insistant sur l’importance de Diego Garcia pour la lutte contre "les menaces terroristes, le crime organisé et la piraterie."
L’océan Indien, théâtre de tensions internationales.
Si la restitution des Chagos à Maurice semble aujourd’hui acquise, la réticence américaine à valider l’accord démontre que l’archipel reste un enjeu de pouvoir entre grandes puissances. Washington craint qu’une souveraineté mauricienne pleine et entière ne compromette ses opérations militaires et cherche à sécuriser son emprise sur Diego Garcia.
Pour La Réunion, cette instabilité diplomatique n’est pas anodine.
La France, qui possède ses propres territoires dans l’océan Indien, doit surveiller de près l’évolution de la situation. Une possible montée des tensions entre les États?Unis, la Chine et l’Inde dans cette zone pourrait redéfinir les équilibres géopolitiques régionaux, affectant directement les intérêts français.
Alors que l’archipel des Chagos demeure un symbole du colonialisme et des injustices historiques, il reste aussi un point clé de la stratégie militaire occidentale. Son avenir dépendra désormais des négociations entre Maurice, Londres et Washington, et de la volonté politique de Donald Trump. Pour les Chagossiens, l’attente continue.

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