Ouvert en 2024, Le Vieux Comptoir s’est imposé en un temps record grâce à la cuisine d’auteur du chef Vincent Furia une lecture contemporaine, sensible et profondément locale des saveurs réunionnaises. Entre mémoire des lieux et instinct culinaire, l’adresse compose une expérience intensément péi.
Au 65 rue Alexis-de-Villeneuve, une bâtisse, contemporaine de la prison Juliette-Dodu, a retrouvé vie après dix-huit mois de rénovation sous le regard de l’Architecte des Bâtiments de France. Ancien comptoir à maïs longtemps laissé à l’abandon, l’édifice dévoile aujourd’hui ses pierres et peintures d’origine, libérées de multiples couches de plâtre. Le résultat conjugue authenticité patrimoniale et lignes contemporaines. C’est dans cet écrin chargé de mémoire qu’a ouvert en juin 2024 Le Vieux Comptoir. En deux ans à peine, l’adresse s’est imposée dans le paysage gastronomique local une vanille au Guide Kaspro en 2025, une seconde en 2026, année où son chef est également sacré “espoir de l’année”. Détenteur du titre de Maître restaurateur, l’établissement revendique une cuisine intégralement faite maison, des sirops de fruits aux fonds de sauce, avec une approche quasi zéro import et une philosophie anti-gaspillage assumée.
Une mémoire créole réinventée.
Aux commandes, le chef Vincent Furia, 27 ans, formé au lycée hôtelier de Plateau-Caillou et passé par plusieurs maisons réputées de l’île. Discret, il développe ici une signature profondément personnelle une cuisine d’auteur nourrie de souvenirs, d’instinct et d’un attachement viscéral aux produits péi. “À travers ma cuisine, je cherche à partager des émotions, se rappeler la cuisine d’antan, mais en la ramenant au goût du jour”, confie-t-il. “On se dit j’ai déjà mangé ça… mais sous cette forme aussi, c’est bon”. Le résultat dépasse la simple revisite pour tendre vers une véritable réinterprétation. Le croustillant de patte de cochon devient cromesquis, le rougail morue-pommes de terre se métamorphose en spume aérienne. Cambar, fruit à pain ou patates douces travaillés en textures multiples, dialoguent avec des sauces aux accents familiers dakartine, kaloupilé, café ou anisette. Des marqueurs populaires, sublimés sans jamais être reniés.
Une cuisine d’instinct, ancrée dans le territoire.
Si l’inspiration peut venir d’images glanées sur les réseaux sociaux, le filtre reste toujours local. “Je vois un plat et je me demande comment le travailler avec des produits pays, comment y amener une touche créole”, explique le chef. Une démarche qui s’appuie sur un réseau de producteurs partageant les mêmes valeurs et sur une cuisine de marché renouvelée chaque mois.
À la carte
Menus du Vieux Comptoir, dégustation en quatre temps ou formule du jour. Une cuisine généreuse et audacieuse, capable de convaincre les épicuriens de s’aventurer du côté d’un cerf péi en carpaccio ou en effiloché au jus chocolat-quatre-épices, voire même, de céder à l’appel de la surprenante tarte charbon-citron coton-mili.
Une expérience complète. La salle, d’une quarantaine de couverts, se prête autant aux repas intimistes qu’aux soirées événementielles dégustations mets-vins, accords mets-rhums ou menus à quatre mains. En salle et au bar, Océane orchestre une mixologie inventive mocktails aux sirops maison, cocktails signatures dont le mystérieux “Pouaké” à base de rhum, de piment et d’ananas.
Ouvert du mardi au samedi midi et soir, Le Vieux Comptoir offre ainsi bien plus qu’un repas une traversée sensible entre passé et présent, où la cuisine réunionnaise se raconte autrement fidèle à ses racines, mais libre dans sa forme. Un lieu rare, où l’histoire des murs semble dialoguer avec celle des saveurs, pour composer une partition profondément réunionnaise et résolument contemporaine.



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