Artiste peintre d’origine néerlandaise installée à La Réunion depuis 2016, Sil Scholtens a fait de la douelle de fût son support de prédilection. Sur ces fragments de chêne marqués par le vin, elle fait surgir en noir et blanc des regards puissants, inspirés par les visages métissés de l’océan Indien.
Formée au graphic design aux Beaux-Arts de Groningen, aux Pays-Bas, Sil Scholtens emprunte d’abord un chemin artistique peu conventionnel. Elle quitte son pays pour rejoindre une troupe anglaise de théâtre de rue à Berlin, avant de poursuivre l’aventure avec un cirque français rencontré à Barcelone. Après un détour par l’Angleterre, elle s’installe en France, dans l’Essonne, au CAES le Centre autonome des expérimentations sociales installé dans une ancienne base militaire reconvertie en lieu de vie et d’ateliers d’artistes.
C’est là qu’elle intègre un atelier de décor et découvre le travail de la résine, participant à la création de décors pour le théâtre. Une expérience fondatrice qui la conduit ensuite en Bourgogne, où elle réalise notamment l’intérieur d’une ruche et une termitière pour le musée Micropolis, à Millau, consacré au monde des insectes.
Des fûts de Bourgogne aux visages de l’océan Indien.
Son aventure avec les douelles commence presque par hasard. Un voisin vigneron casse un tonneau que Sil s’empresse de récupérer, y décelant un réel potentiel. Sur ces planches courbes de chêne, elle peint des regards à l’horizontale. Ils deviendront peu à peu sa signature. L’effet est immédiat. “Les gens ont beaucoup aimé. Les douelles ayant une forme arrondie, où que l’on se déplace dans la pièce, le regard semble suivre le visiteur”, explique-t-elle.
Lorsqu’elle arrive à La Réunion en 2016, elle emporte dans son container ces supports singuliers provenant de prestigieuses caves de Bourgogne. Sur l’île, la découverte des visages métissés nourrit son inspiration. Un jour, l’envie d’une nouvelle approche s’impose. Elle entame une série verticale intitulée Visages de l’océan Indien, où se déploie, sur la courbe du bois, la moitié d’un visage.
Travaillant exclusivement en noir et blanc, à l’acrylique, Sil Scholtens, qui réalise des portraits sur commande, développe une technique patiente et presque tactile. Les douelles brutes de chêne issues notamment de fûts du Domaine Fabrice Vigot, à Vosne-Romanée absorbent la matière. “Comme le bois a bu du vin d’un côté, il faut beaucoup de couches pour qu’il boive la peinture”, explique l’artiste. Elle commence par une base noire, puis superpose progressivement des couches de blanc appliquées à la main, sculptant les ombres avant de finaliser les détails au pinceau. Inspirée par des photographies, souvent personnelles, elle cherche avant tout à saisir une histoire. “Les photos de famille sont les plus touchantes, parce que j’entre vraiment dans une histoire”, confie-t-elle.
Une reconnaissance progressive sur l’île.
Au fil des années, l’artiste a réalisé de nombreux portraits, dont ceux de figures locales telles que Gramoun Lélé, Maxime Laope ou Christine Salem. Certaines commandes prennent des formes originales, comme la réalisation d’un arbre généalogique complet.
Ses expositions à La Réunion au musée Stella Matutina, à l’Hôtel de la Poste de Saint-Leu, dans la salle d’exposition de la mairie de Saint-Leu ou encore dans plusieurs restaurants ont progressivement installé sa signature singulière dans le paysage artistique local. Plus récemment, sa présence à Vinocité et une exposition organisée en collaboration avec un caviste sont venues rappeler le lien étroit entre son travail et l’univers du vin.
Aujourd’hui, Sil Scholtens souhaite poursuivre son développement en exposant notamment dans des hôtels et en imaginant de nouvelles collaborations, comme une série de portraits d’artistes et de musiciens portant des lunettes pour un opticien. Sans galerie permanente, elle continue de travailler essentiellement sur commande, en lien direct avec son public, notamment via Instagram silscholtens ou par mail scholtenssil@gmail.com.



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