Le Mémento : Bonjour Stéphanie, merci de nous recevoir. Quel est votre parcours et comment vous a-t-il mené vers la création d’une startup, qui plus est, dédiée à la valorisation des matériaux ?
Stéphanie Bouloc : Je suis issue d’une famille d’agriculteurs dans le sudouest de la France, aussi, mon engagementenvers l’environnement
remonte à très longtemps.
Dès 23 ans je montais ma première entreprise, puis une deuxième. En arrivant à Maurice il y a 3 ans, j’ai étudié le chemin parcouru par les matières recyclables (plastique, carton, verre) pour comprendre le tissu économique, les réglementations, les dispositifs, et les acteurs impliqués.
Devant l’invisibilité, voire l’inexistence d’exutoires et issues pour les déchets non valorisés, j’ai eu envie de monter une plateforme de mise en relation entre détenteurs de matériaux usagés et acheteurs à larecherche de matériaux de seconde main à moindre coût. Le projet a remporté le concours du Climate Launch Pad à Maurice en 2020.
Le Mémento : L’île Maurice est ambitieuse en matière de durabilité. De quels outils dispose-t-elle actuellement pour atteindre ses objectifs en la matière ?
S. B. : En tant que membre des Nations Unies, Maurice intègre la notion de développement durable depuis les années 90. Elle participe
au Partnership on Action for Green Economy depuis 2014. Citons également les assises de l’environnement organisées par le ministère de l’Environnement et du Développement durable en 2019, les groupes de travail, les structures comme Business Mauritius à travers SigneNatir, BCorp, l’UOM qui met à disposition un MOOC sur le développement durable, la campagne de SUS Island de la Tourism Authority.
Le Mémento : Comment percevezvous les efforts en faveur de l’environnement actuellement entrepris dans le pays ?
S. B. : Les entreprises, les citoyens, le gouvernement qui s’appliquent à développer des politiques en ce sens, et cherchent à mettre en place des outils pour y répondre favorablement,des choses se mettent en place, c’est évident, mais les outils proposés à Maurice ne sont pas encore assez développés, même si beaucoup d’efforts sont faits en ce sens. L’éducation dans les écoles n’existe que par les actions citoyennes comme Zero Waste Mauritius, des ONG, ou entreprises privées. Les recycleurs et collecteurs sont soutenus par les entreprises privées, notamment pour le plastique. Quant au tri sélectif, il est encore balbutiant et manque cruellement de poubelles de tri adaptées, et visibles sur tout le territoire (ou sur toute l’ile).
Le Mémento : En tant que créatrice de startup, quels ont été les moyens mis à votre disposition afin que La Déchetèque puisse voir le jour ?
S. B. : Par le biais de MRIC (Mauritius Research and Innovation Council), j’ai pu bénéficier du dispositif NSIS (National SME Incubator Scheme) pour intégrer un incubateur. Je suis donc accompagnée et coachée au sein de la Plage-Co-Working Space pour développer ma jeune startup.
Le Mémento : L’île Maurice, destination de choix pour les investisseurs portés sur la préservation de l’environnement ?
S. B. : Il y a beaucoup à faire à Maurice pour l’environnement, les initiatives fusent et l’élan de circularité est ancré dans les esprits. Il peut parfois manquer de volumes pour créer des outils de production rentables, ou de solutions adaptées pour gérer certains déchets.
Les opportunités existent dans différents secteurs pour positionner Maurice dans cette dynamique et être un terrain d’expérimentations extraordinaire pour développer de nouveaux outils, de nouveaux process. Un investisseur qui a la volonté de participer à cet écosystème sera d’abord séduit par la beauté de l’île, puis convaincu qu’il faut la préserver, et si alors il a les finances et l’engagement personnel et qu’il veut agir, oui c’est une destination de choix.

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