Le Mémento : Bonjour Madame Costa et Monsieur Pérée. Pourriez-vous nous raconter qui vous êtes?
Carine Costa : Je suis la gérante depuis plus de quinze ans maintenant de la boutique « Addict », qui prenait ses quartiers avant à Saint-Gilles, avant de déménager en centre-ville de Saint-Denis, il y a dix ans.
Aurélien Pérée : Pour ma part, je suis gérant de la boutique « LADRESS » à Saint-Denis, depuis quatre ans maintenant. Mais il serait plus pertinent aujourd’hui de dire que nous sommes associés sur la gestion de ces deux boutiques, qui en fait se complètent.
Le Mémento : Pouvez-vous justement, nous parler de ces deux boutiques emblématiques du centre-ville de Saint-Denis ?
CC : Addict était le premier magasin multi-marques de l’île de La Réunion. Étant une amatrice de mode et des belles choses, j’ai souhaité créer un concept qui n’existait pas jusqu’alors sur le territoire : disposer en un même lieu des pièces de créateurs, des exclusivités et des petites collections plus abordables mais toujours aussi confidentielles.
Quand j’ai débarqué à La Réunion, il y a quinze ans, j’avais tout de suite flairé le potentiel sur le secteur de la mode, qu’il y avait des choses à faire, à créer et j’ai lancé Addict. La clientèle a adoré et en a demandé davantage. Il y a quatre ans, j’ai donc décidé de créer cette seconde boutique – LADRESS, pour laquelle j’ai demandé à Aurélien de s’associer. C’était une évidence, pour tous les deux.
Le Mémento : Mais vous Aurélien, vous n’avez pas toujours travaillé dans ce milieu, si ?
AP : Non ! J’ai auparavant fait carrière dans le marketing et la communication. J’ai débarqué à La Réunion, il y a vingt ans, après mes études et j’ai commencé à travailler en tant que chef de pub. J’ai ensuite multiplié les expériences et les prises de responsabilités dans les agences, cela m’a permis de cerner les problématiques des divers secteurs d’activités économiques de l’île. Et puis je suis devenu directeur d’agence, ça m’a plu énormément, passionné beaucoup, mais à un moment, j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour, d’avoir fané. Je ne voulais pas vieillir à ce poste, devenir dépassé et aigri, j’aspirais à d’autres orientations professionnelles, à autre chose.
Et l’idée de m’associer avec Carine, de créer cette seconde boutique est comme elle le dit, apparue comme une évidence. En duo, à la vie comme à la scène, cela nous permettait de concilier vie professionnelle et vie personnelle, de vivre sur un même rythme. Pour autant, si l’association était une évidence, dans la pratique c’était plus compliqué, on a dû apprendre à se connaître en tant qu’associés et c’était un vrai challenge. D’autant que c’est moi qui m’invitais dans son monde à elle.
Le Mémento : Et vous Carine, vous travaillez dans la mode depuis toujours ?
CC : Originaire du Portugal, je suis photographe de formation. C’est par ce biais que s’est faite l’initiation à la mode, une vraie passion. J’ai ouvert ma première boutique d’objets de décoration à Lyon, avant de gérer également des bars et des restaurants. J’ai donc une certaine connaissance du management et de l’expérience client. J’ai beaucoup voyagé également et j’ai de la famille aux quatre coins du monde, et c’est tout cela – mes relations et mon vécu qui m’ont permis de créer cette boutique multi-marques et de pouvoir y mettre des exclusivités.
Le Mémento : Peut-on revenir justement, sur ce concept d’exclusivité propre à Addict et LADRESS ?
CC : Dès le départ, j’ai souhaité ne proposer que des pièces de créateurs, des pièces en exclusivité et des collections confidentielles, le tout à des prix plus ou moins accessibles. Je voulais mixer les univers, les goût et les choix, à l’image de la clientèle de La Réunion, et particulièrement du centre-ville de Saint-Denis. De fait, il arrive souvent que l’on doive gérer la frustration de certaines clientes sur la quantité limitée.
AP : On pourrait faire plus, faire du volume mais un souhait que chaque pièce soit quasi unique et que les clients qui s’habillent chez nous peuvent partir avec cette certitude d’être la seule, l’unique, « The One ».
Le Mémento : Comment choisissez-vous vos marques ?
CC : Souvent lors de voyages. J’ai un coup de cœur, je flashe sur une pièce, je veux en découvrir d’autres, rencontrer le créateur ou la créatrice. Et c’est un point d’honneur d’ailleurs dans la façon de faire chez nous. On rencontre les gens qui sont derrière, ceux qui dessinent, fabriquent, distribuent. On veut voir, toucher et échanger. Avant je travaillais avec une griffe anglaise, mais il n’y avait pas d’échanges, j’ai donc cessé la collaboration.
On tend également à aller de plus en plus, et autant que possible, vers des marques éthiques. D’ailleurs à ce sujet, on est très fier d’apporter à La Réunion Reiko ou encore Lez à lez.
Ce que l’on propose en boutique est à l’image de ce que l’on est en tant que personne. Des gens dans le « slow-life », qui travaillent avec passion, à la recherche du contact humain et dans des rapports de bienveillance. Tout est fait avec le cœur.
Enfin, on pourrait dire pour résumer que chez Addict on va retrouver des tenues de tous les jours, pour la femme active qui aime s’habiller, un côté casual, tandis que LADRESS sera le pendant un peu plus « chic », plus festif, des tenues pour les évènements
Le Mémento : Addict existe depuis quinze ans et connaît un certain succès. Une seconde boutique depuis. C’est quoi l’après ?
AP : On pourrait croire que l’après c’est se développer, mais ce n’est pas le cas. On ne vas pas ouvrir d’autres boutiques dans l’Ouest ou dans le Sud, du moins pas pour l’instant. L’objectif, l’essentiel est à la consolidation. On souhaite rester « petit », mais le faire bien et continuer de chercher ce que l’on peut faire de mieux. Le plus difficile quand on est « au top », c’est d’y rester, on va donc y travailler, ardemment et toujours avec le cœur. Addict et LADRESS sont des boutiques à taille humaine, des boutiques de quartier dans lesquelles les clients viennent chercher un contact humain, une relation, en plus d’une pièce de mode, et cette identité forte, on veut la conserver. Voir plus grand et plus pourrait faire que l’on se dilue et qu’on perde ce contact
CC : J’ajouterais que l’après c’est de continuer à être heureux en faisant ce métier, en gérant ces boutiques, et rester bienveillant et à l’écoute des demandes et des évolutions. C’est d’ailleurs pour cela que l’on tient également à faire participer les collaborateurs dans les prises de décisions sur les collections, sur les changements etc.
Le Mémento : On devine dans vos propos que vous êtes attachés au centre-ville de Saint-Denis. Comment souhaitez-vous le voir évoluer ?
CC : J’étais trésorière de l’AGCV – Association de la Gestion du Centre-ville pendant quelque temps avant de laisser ce rôle de politique à Aurélien.
AP : J’ai pris mes fonctions et rejoint les nouveaux bureaux des commerçants de Saint-Denis, récemment, avec l’envie d’entreprendre et d’innover. La crise sanitaire du COVID a rendu apathique le commerce, et face à ça, j’ai envie d’insuffler un nouveau souffle à ceux qui auraient perdu le fil. J’ai envie – pour le centre-ville, d’inspirer, d’entreprendre et de plus être dans l’attentisme
Donc l’idée c’est de rencontrer les commerçants, de lister avec eux leurs attentes, leurs moyens, et d’agir à l’échelle de la ville, et si ce n’est pas possible à l’échelle du quartier, ou encore à l’échelle d’une rue ou d’une boutique. Mais l’idée reste de rendre encore plus vivant et dynamique Saint-Denis, de voir s’installer une pluralité de commerces et d’activités.
CC : Faire du beau également, avoir de belles vitrines, de belles enseignes. Et on souhaite aussi transmettre, échanger et laisser une trace. Et tout cela, c’est notre façon de le faire.
Le saviez-vous ?
Les deux boutiques ADDICT et LADRESS possèdent des e-shop, proposent le click & collect et livrent partout dans le monde.

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