Le musée de Villèle : Du domaine au musée

Ancienne demeure d’architecture coloniale construite par Henri Paulin Panon Desbassayns, le musée de Villèle, surplombe la côte ouest. Le découvrir permet aujourd’hui au visiteur de faire un bond dans le temps et d’avoir un aperçu de l’intérieur d’une maison de maître. Jean Barbier, conservateur du musée de Villèle aujourd’hui à la retraite, et Xavier Leterrier, adjoint scientifique au Directeur/Conservateur du Musée de Villèle, nous présente les lieux.

Construite à Saint-Gilles-les-Hauts par Henri Paulin Panon Desbassayns, achevée en 1788, la Maison Desbassayns est  directement inspirée par un modèle d’architecture  savante importée de Pondichéry. Elle affirme très nettement une architecture coloniale française caractéristique des Comptoirs  des Indes.

Ce « château d’architecture malabare » puise son style architectural du palais des gouverneurs de Pondichéry, mais en plus modeste.

La demeure accueillait la famille Desbassayns ainsi que de nombreux visiteurs, logés dans la maison ou les pavillons annexes.Les domestiques, cuisiniers, femmes de chambre, y travaillaient mais n'y vivaient pas.

Une habitation qui n’a cessé de s’étendre

L’habitation était estimée à environ 306 ha en 1780, 420 ha en 1791 pour atteindre 492 ha en 1845, dont 277 ha des superficies cultivables concentrées à Saint-Gilles.
À l’époque, il s’agissait d’une des plantations à exploiter le plus grand nombre d’esclaves (près de 300 en 1845), originairesprincipalement de la côte d’Afrique orientale, en particulier le Mozambique, de Madagascar, de l’Inde (très peu nombreux) ou néssur l’île (les Créoles). Le recours à une population servile permettait aux planteurs de mettre en valeur les terres et de produire des cultures spéculatives telles que le coton, le café et surtout la canne à sucre.

La vie était rythmée par l'activité économique et les besoins de l'habitation. La main d'œuvre s'occupait principalement de culture (commandeurs, noirs de pioche ou cultivateurs), d'industrie (fabrication du sucre, manœuvres, chauffeurs, préposés au moulin, sucriers etc.). L'habitation comptait également des menuisiers, des maçons et toute une foule de spécialités indispensables à son fonctionnement. Les esclaves vivaient dans un camp, situé en contrebas du domaine, composé de paillotes.

Une famille qui a marqué l’histoire de La Réunion

Puissante économiquement et politiquement, la famille Desbassayns a marqué de son empreinte l’histoire de l’île. La position sociale et politique de l’ancienne propriétaire (Ombline Desbassayns) a fait d’elle un personnage historique incontournable, ancré dans la mémoire collective des Réunionnais jusqu’à faire naître des traditions orales à son sujet, plusieurs années après sa mort.

Les deux fils de Madame Desbassayns sont considérés comme les pères de l'agriculture cannière et de l'industrie sucrière à La Réunion. Joseph ayant mis au point une méthode de culture dite "méthode Desbassayns" qui permettait, lorsqu'elle était suivie, d'assurer de bons rendements aux champs. Cette méthode préconisait une rotation culturale associant les légumineuses comme cultures intercalaires avec la canne. Son frère, Charles, a lui, fait entrer La Réunion de plain-pied dans la Révolution industrielle, en étant le premier à faire installer, dans sa sucrerie du Chaudron, un moulin à cannes actionné par une machine à vapeur. Quant à l'ancienne sucrerie Desbassayns, elle a été, entre 1832 et 1840, un foyer d'invention et d'innovation technique. C'est dans cette sucrerie que furent définis, par Joseph Martial Wetzell, ingénieur polytechnicien, les fondements de la sucrerie de canne réunionnaise.

Un domaine devenu musée

Le décès de la veuve Desbassayns en 1846 marque la fin de la prospérité du domaine qui passeentre les mains de ses héritiers,fruits de l’alliance avec une famille noble 
originaire de Toulouse, les Villèle. 

La crise qui affecte l’économie sucrière à LaRéunion dès la seconde moitié du XIXe siècle jusque dans les années 1970 ne met pas en péril l’unité foncière du domaine mais induit des changements dans son mode de gestion, notamment la constitution de la Société anonyme de Saint-Gilles en 1927 cédée au Crédit foncier colonial en 1960 et rebaptisée Sucreries de Bourbon dix ans plus tard.

En 1973, la maison Desbassayns est acquise par le Département qui souhaite alors « conserver à des fins touristiques, le souvenir des anciens aspects de la vie à La Réunion et de la place de Bourbon dans l’histoire de France et de la Mer des Indes ».

À cette époque, il s’agit d’entreprendre la sauvegarde d’une remarquable demeure d’architecture coloniale afin d’y créer un musée : le musée historique de Saint-Gilles les Hauts. Son propos : évoquer l’histoire de La Réunion à travers celle des anciens propriétaires, riches planteurs créoles, dominée par la personnalité d’une figure marquante de l’époque, la célèbre Ombline Panon- Desbassayns.

Le musée est inauguré en 1976, et sa gestion est rattachée à la direction du musée Léon Dierx. Il devient autonome en 1990.

Une nouvelle identité et un nouveau rôle pour le musée

Le musée est actuellement constitué de la maison, au rez-de chaussée duquel figurent les collections exposées au public, et d’un mémorial des esclaves installé dans l'hôpital et la chapelle Pointue, accessible au public mais qui ne dispose pas de muséographie. Dans le futur projet, l’ensemble du site deviendra musée : la maison, ses dépendances domestiques, cultuelles, agricoles et industrielles, son parc.

Le Département souhaite changer l’identité du musée et lui conférer un nouveau rôle. Anciennement musée historique de Villèle, l'établissement deviendra le musée de l'habitation et de l'esclavage de La Réunion, et se posera comme un lieu de référence scientifique et culturelle en ce qui concerne ces deux notions.


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