En juin 2003, la Société Générale devient actionnaire de la Banque Française Commerciale de l’Océan Indien (BFC), à parité avec la Mauritius Commercial Bank (MCB). Les actionnaires, dirigeants, collaborateurs célèbrent un chemin riche de transformations, de projets, d’enjeux à prendre à bras-le-corps. Laurent Goutard, directeur SG des réseaux bancaires internationaux, région Afrique, Bassin Méditerranéen et Outre-mer ainsi que Jean Michel Ng Tseung, Chief Executive du Groupe MCB, sont venus début avril pour interagir avec les membres du Conseil d’Administration, les équipes locales et les clients de la BFC OI. Ils nous ont accordé un entretien exclusif.
Le Mémento : Quelles sont les raisons de votre séjour à La Réunion et vos impressions à chaud ?
Jean Michel Ng Tseung : Plusieurs changements au sein de la BFC ont eu lieu depuis mon dernier séjour il y a déjà 4 ans. La pandémie nous a obligés à tenir nos réunions du conseil d’administration en visioconférence. Ce séjour nous a permis d’avoir de précieuses discussions et interactions avec divers interlocuteurs, tels que les managers de la
banque et les clients. La BFC nous a également concocté un beau programme pour célébrer les 20 ans de partenariat entre la SG et la MCB. Cet anniversaire est l’occasion de mettre en avant notre vision et stratégie communes en tant qu’actionnaires à part égale.
Laurent Goutard : À la fin de mes 10 jours de visites de nos filiales en Afrique et dans l’océan Indien, je suis heureux des actions et des échanges menés. Nous avons pu faire un point avec les équipes de la BFC sur les différents chantiers de transformation et de business en cours, rencontrer des clients et célébrer notre partenariat avec MCB. C’est une grande satisfaction de reprendre contact avec les équipes et d’échanger sur les réalités d’un territoire qui a plutôt bien résisté à la crise Covid.
Le Mémento : Pouvez-vous nous parler des caractéristiques et lignes de force de votre partenariat ?
J. M. Ng T. : De par son identité et son rayonnement, la MCB possède des atouts pour accompagner les clients de la BFC dans leur développement commercial.
Présente sur les 5 îles de l’océan Indien, la banque est leader dans la zone. Forts de ce positionnement, nous pouvons alimenter la dynamique commerciale de la BFC et apporter des solutions synergiques pour ses clients ainsi que ceux de la MCB qui investissent à La Réunion. Ainsi, lors du cocktail, un des clients Corporate de la BFC m’a informé qu’un récent échange entre lui et la MCB avait permis de trouver une solution à sa problématique de financement d’exportation de ses produits vers l’Asie et l’Europe. En tant que membre du CA, nous apportons aussi notre savoir-faire sur la gouvernance, en participant par exemple aux comités de risque et d’audit.
L. G. : Je ne suis pas membre du CA mais j’ai assisté à sa dernière réunion en tant qu’invité. Il était difficile de savoir qui était de la BFC et qui de la MCB car tous travaillent en symbiose. Au-delà du témoignage harmonieux, ce partenariat reflète un équilibre des forces intéressant et une complémentarité nécessaire des deux groupes.
Par ailleurs, les exigences de régulation du secteur bancaire nécessitent des échanges réguliers avec la Banque de France et l’ACPR. Le groupe Société Générale en tant que maison mère française, permet à la BFC de bénéficier de son dispositif de régulation au niveau de la gestion des risques, conformité, gestion des systèmes d’information, protection des données, et de l’ensemble des process et reporting mis en oeuvre vis-à-vis notamment de l’ACPR.
Ensemble, nous pouvons porter la dimension client commune en Afrique, par exemple, où les besoins de banques d’investissement se font sentir. L’axe de développement en Afrique est stratégique malgré sa complexité. D’ici à 2040, l’objectif serait d’atteindre un financement décarboné sachant que 500 millions de jeunes africains seront sur le marché de l’emploi, qu’il faudra construire des infrastructures et augmente l’accès à l’énergie.
Le Mémento : Quelle est votre vision du succès ?
J. M. Ng T. : “Success Beyond Numbers” (le succès au-delà des chiffres) est la phrase qui résume la philosophie de notre groupe. Elle signifie que la réussite de notre groupe ne dépend pas uniquement de nos résultats et de nos profits mais qu’elle doit aussi profiter à l’économie des pays dans lesquels nous opérons, à nos clients, à la société, aux collaborateurs et à l’environnement.
Par ailleurs, les problématiques RSE occupent une place centrale dans nos stratégies de développement. Nous avons mis en place une “transition taskforce” afin de réfléchir à l’impact des risques climatiques sur nos encours clients. Nous accompagnons l’ensemble de nos partenaires dans leur transition digitale ou écologique. Aujourd’hui, un grand nombre de nos clients étudient des projets à caractère durable tels que l’énergie renouvelable, l’agriculture, l’économie circulaire, la gestion des déchets, parmi d’autres.
Le Mémento : Comment se traduit votre politique pour une finance durable et responsable ?
L. G. : Trois grands axes sont investis par le groupe. Le premier touche à la formation RSE de toutes les équipes en local afin d’être plus conscient des enjeux de décarbonisation liés à la transition énergétique et à la biodiversité. Un exemple fort est celui des 30% des 120.000 collaborateurs du groupe SG formés à la fresque du climat. Le deuxième axe concerne nos clients que nous accompagnons dans leur transition écologique. Leurs demandes sont désormais évaluées au prisme des critères ESG (environnementaux, sociaux et gouvernance). Concrètement,cela veut dire que nous ne finançons plus des projets jugés trop polluants, et pourtant très rentables. À l’inverse, nous débloquons des fonds pour des chantiers éco-responsables comme ceux de centrales solaires à Madagascar et d’une cimenterie à bas rejet carbone au Ghana.
Enfin, le volet social n’est pas en reste. Nos engagements auprès d’associations et de fondations sont multiples, à l’exemple de la Maison d’enfants à caractère social à Saint-Gillesles-Bains. La RSE est un élément essentiel qui va structurer de plus en plus nos entreprises bancaires et garantir des investissements responsables. Notre collaboration et alignement avec la MCB dans ces domaines sont très forts et nos engagements quotidiens.
J. M. Ng T. : La collaboration est également solide entre la banque et ses clients qui sont eux-mêmes engagés sur ces sujets. Je trouve fantastique de pouvoir identifier à travers nos échanges la manière de développer ensemble un écosystème vertueux et résilient.

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