Le Mémento : D’où venez-vous chacune ? Quel a été votre parcours professionnel avant l’aventure d’Odyssée ?
Gwenaëlle Bellec : Je suis issue du monde du voyage. Mon tout premier métier était celui de guide interprète à Paris. Puis j’ai décidé de changer pour être au contact et au service du client. Quand je suis arrivée à La Réunion en 1986, j’ai rejoint une agence de voyages dans laquelle je suis restée plus de 15 ans en tant que responsable portefeuille. Le voyage et l’aérien sont des univers à part entière dans lesquels on travaille tous dans la même direction. Des liens forts se créent surtout quand de nouvelles lignes s’ouvrent et que l’on découvre de nouvelles destinations. Par la suite, j’ai appris le métier d’agence de voyages en travaillant chez Transcontinents. Mes missions étaient plus orientées vers une clientèle d’affaires.
Katherine Chatel : Quant à moi, je viens du monde de la communication. En 1988, j’ai créé avec trois autres personnes l’agence de communication Bambou avec une offre en marketing, publicité et événementiel. On nous appelait “le poil à gratter de la pub”. Assez vite, je me suis retrouvée à diriger seule l’agence. Une expérience qui a duré 8 ans.
Le Mémento : Comment est née Odyssée ? Et que propose votre agence ?
K. C. : Au départ avec Gwenaëlle, on s’appréciait plus qu’on ne se connaissait vraiment. C’est une amie commune qui a nous fait nous rencontrer. Nous avons décidé de mettre nos réseaux, compétences et savoir-faire en commun. Nous devions ouvrir l’agence en 2001… Les attentats du 11 septembre et leurs bouleversements nous ont poussées à revoir notre business model. Nous restions une agence de voyages mais davantage orientée vers une clientèle d’affaires, à l’écoute des besoins des chefs d’entreprise et de leur famille.
G. B. : Odyssée décline son offre sur trois volets : la gestion de portefeuille et billetterie clients comprenant la négociation avec les compagnies aériennes, le tourisme et les voyages sur-mesure, individuels ou groupés, essentiellement en Afrique australe, Asie du Sud-Est et au Japon mais également l’organisation d’événements, de congrès ou séminaires d’entreprise.
Notre agence est installée en étage et pas en vitrine, un choix totalement assumé qui nous permet de prendre le temps lors des rendez vous planifiés.
Le Mémento : En quoi vos services sont-ils spécifiques ?
K. C. : Nous proposons un service clé en main. En effet, nous prenons en charge le client de A à Z, depuis son lieu de départ, sur le trajet et ses aléas, jusqu’à son retour chez lui. Lors de l’organisation des congrès, nous proposons en parallèle des activités pour les accompagnants. Autres exemples, nous avons pris en charge l’organisation, la communication et l’animation des 50 ans d’une entreprise, un team building dans le cadre d’une fusion, la réservation
de spectacles, d’une limousine…
Nos compétences, à la fois globales et spécifiques, portées par une équipe très performante sont notre force.
G. B. : Il faut aussi préciser que Katherine, moi-même ou une personne de l’équipe sommes sur le pont, au service des clients 24 h/24, week-end compris, notamment lors des congrès, quand les avions annoncent un retard ou en raison d’autres aléas. Nous traitons beaucoup d’urgences, devons absorber l’angoisse des clients et surtout, trouver rapidement des solutions.
Le Mémento : Comment avez-vous traversé la crise liée au Covid-19 qui a énormément impacté le secteur du tourisme ?
K. C. : Dans le discours des 10 ans d’Odyssée, j’évoquais le fait que nous passions une grande partie de notre temps et énergie à gérer un chaos perpétuel ! En effet, nous avons dû essuyer plusieurs crises dont la dernière et la plus violente, celle du Covid. Pendant toute cette période, Gwenaëlle et moi-même avons été présentes à l’agence. Nous avons dû mettre toute l’équipe au chômage partiel, gérer les annulations et rapatriements. Notre chance était d’avoir une clientèle d’affaires qui avait besoin de rependre rapidement le travail et des propositions de tourisme local. Nous exerçons un métier-passion
Le Mémento : Comment se passe la cogestion et gouvernance de l’agence ?
K. C. : Cela fait 21 ans que nous travaillons ensemble ! Au fil du temps, nous avons appris à nous connaître et nous apprécier. L’absence d’arriérés dans notre relation y est sûrement pour quelque chose. Il nous arrive bien sûr d’avoir des étincelles en raison de nos approches différentes sur certains sujets et projets mais nous arrivons toujours à dégonfler le ballon. Nos personnalités et compétences se complètent bien. De mon côté, je suis douée pour l’organisation logistique et la présence sur le terrain.
G. B. : Du mien, ce sont les domaines du relationnel client, du suivi et de la qualité où je rayonne. Notre association “polymorphe” nous permet de nous adapter à toutes les situations, clients et caractères, et de partager les problèmes.
Le Mémento : Katherine Chatel, en tant que fondatrice, ex-présidente et aujourd’hui trésorière du Club du Tourisme de La Réunion, quel sens donnez-vous à cet engagement ?
K. C. : Ce club est né suite à l’épidémie de chikungunya, impulsé par un noyau de chefs d’entreprises L’objectif était (est toujours) dans notre signature “le développement du tourisme par le développement de nos entreprises”. Nous avons besoin de nous faire accepter et entendre des institutions locales et régionales qui ont un rôle à jouer dans la structuration de la filière. À La Réunion, c’est un secteur impactant qui, en 2022, a généré 1,8 milliard d’euros, soit plus que la canne (chiffre de l’observatoire régional du tourisme, IRT).
Le nombre de touristes extérieurs a presque atteint le demi-million. La consommation touristique locale n’est pas en reste puisque les Réunionnais ont effectué 5,1 millions de séjours avec nuitée en dehors de leur commune de résidence en 2022. Les défis de la filière, composée de secteurs très variés, sont encore nombreux à relever : offre plus qualitative en particulier montée en gamme, recrutement et formation de qualité, essor de l’écotourisme et évitement du sur-tourisme, etc. D’où l’importance de la structuration de la filière pour mieux se faire entendre d’une seule voix.
Le Mémento : Comment voyez-vous Odyssée dans cinq ans ?
G. B. : Toujours présente en étage ! Avec le même objectif de départ, continuer à convaincre de la justesse de notre positionnement, vis-à-vis des clients mais aussi des partenaires, certains avec lesquels nous travaillons depuis 20 ans ! La fidélité fait partie de nos valeurs communes tout comme le respect, l’éthique, la responsabilité ainsi que l’écoute et la bienveillance. Nous pouvons dire sans rougir que nous aimons nos collaborateurs et nos clients. Par ailleurs, au regard de l’âge des capitaines, la transmission anime certaines de nos réflexions stratégiques. Notre motivation réside dans le fait d’arriver à transmettre une société saine et belle. En attendant, nous persévérons ensemble à faire briller la pépite Odyssée.

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