Nicolas Dijoux n’était pas parti pour devenir un artiste spécialisé dans les arts traditionnels japonais de l’Ukiyo-e et du Sumi-e. Diplômé d’un Master 2 en géographie et protection
environnementale, il dessine depuis tout petit et s’est plongé avec passion dans l’histoire de l’art du Japon. Ce jeune artiste peintre fascinant signant ses oeuvres Dark Cherry nous a ouvert les portes de son atelier à Bras de Pontho au Tampon.
La découverte de l’art traditionnel japonais fut une véritable révélation, un coup de foudre pour Nicolas Dijoux alors étudiant en géographie. L’objet de son admiration se cachait à la bibliothèque universitaire du Moufia, dans des ouvrages sur l’histoire de l’art du Japon. Ses premiers pas dans l’art Ukiyo-e n’étaient pas très concluants. “J’étais subjuguépar l’allégresse et la légèreté qui se dégageaient des oeuvres, pensant naïvement qu’il serait facile de les reproduire. Mais pas du tout ! Il y a tout un tas de codes et de technicités à connaître, à comprendre et à appréhender pour bien pratiquer ce genre artistique”, dévoile celui qui depuis l’enfance pratique le dessin et la peinture avec aisance, a testé un temps le réalisme au crayon graphite, l’aquarelle et l’encre.
L’Ukiyo-e, signifiant “image du monde flottant”, fait référence à un mouvement artistique japonais de l’époque Edo (1603-1868) caractérisé par la production d’une peinture populaire et narrative originale mais surtout par les estampes gravées sur bois, représentant des scènes de vie quotidienne ou de la mythologie japonaise. “C’est un mélange de techniques et de représentations visuelles en provenance de Chine, de Corée et de Perse, un art très codifié dans lequel on n’est pas libre d’inventer ce que l’on veut”, explique le passionné.
En effet, chaque élément du tableau a un sens : la couleur du fond, les motifs et styles des kimonos, la coiffure des personnages, la végétation, la symbolique des fleurs, les animaux… Absolument tout répond à des codes bien précis de composition et d’interprétation. Et l’artiste y ajoute des éléments de la culture créole et sa propre sensibilité.
Mécènes et ouverture à l’international.
L’Ukiyo-e puise aussi dans les valeurs spirituelles du bouddhisme et du shintoïsme, avec l’idée de ne pas représenter le temps, figer les oeuvres dans l’éternité, et consacrer son regard à la nature comme remède et source d’inspiration. Une philosophie de vie qui va impacter jusqu’au savoir-vivre et la posture du peintre. “Pour arriver à cette beauté et finesse des traits, il faut pouvoir contrôler son esprit et son corps. Lors du tracé, je bloque ma respiration. Lorsque j’ai terminé, j’expire alors tout le résidu de cette énergie créative. Cela demande un état de concentration extrême, une grande précision et patience. Et peut générer beaucoup de frustrations car il n’est pas possible de recommencer le travail qui s’effectue sur une feuille de riz”, dévoile l’artiste.
Afin de nourrir sa pratique, il lit énormément, étudie, mène des recherches, va voir de vraies oeuvres. Pour se faire connaître et rencontrer le public, il organise des expositions, anime des ateliers en lien avec les collectivités, réalise des commandes. Il doit aussi gérer toute la partie entreprise de son activité et trouver des mécènes. D’ailleurs, certains de ses posts sur les réseaux sociaux sont commentés par des galeristes japonais spécialisés dans les estampes de collection. Une forme de reconnaissance bienvenue. Il travaille actuellement à un projet collectif d’exposition virtuelle en Turquie et souhaite investir les partenariats avec le Japon et la Chine. Pour cela, il a besoin de se recentrer sur des créations d’envergure. Prenons le temps d’admirer la beauté de ses oeuvres aux richesses infinies.

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