Nicolas Blanc, Directeur régional Réunion-Océan Indien de la Banque des Territoires

Il parle de logement social, d’énergie propre et de transformation des territoires avec la précision d’un technicien et la passion d’un idéaliste. Nicolas Blanc, Directeur régional Réunion Océan Indien de la Banque des Territoires, déploie une feuille de route ambitieuse pour un avenir plus juste, plus vert, plus solidaire. Le Mémento a rencontré cet homme de dossiers et d’action, qui fait du service public un outil de relèvement. Derrière les chiffres, une conviction : la transition commence ici.

Le Mémento : Nicolas?Blanc, vous êtes à la tête de la direction régionale Océan Indien de la Banque des Territoires depuis?2022. Pouvez-vous nous parler de votre parcours avant votre arrivée ici ?

Nicolas Blanc : Je suis titulaire d’un doctorat en économie, obtenu à l’université Pierre Mendès France de Grenoble en 2002. Après quelques années consacrées à la recherche universitaire et à l’enseignement, mon parcours professionnel s’est toujours articulé autour des enjeux de développement durable et d’aménagement du territoire.

J’ai débuté au Comité 21 (Comité français pour l’environnement et le développement durable), puis j’ai rejoint la Caisse des Dépôts en 2008, où j’ai occupé différents postes au sein de la direction financière, notamment en lien avec le pilotage stratégique du groupe, l’innovation et les engagements extra financiers. J’ai également été directeur de la stratégie et des relations institutionnelles de l’Agence Française de Développement, une expérience qui m’a permis d’acquérir une vision internationale des enjeux de développement.

Depuis août 2022, j’ai rejoint La Réunion, un territoire d’exception, avec la volonté d’agir concrètement en faveur de la cohésion sociale et de la transition écologique à La Réunion, à Mayotte et dans les TAAF.

Le Mémento : Quels ont été les faits marquants de l’année?2024 pour la Banque des Territoires dans la zone Océan Indien ?

N. B. : En 2024, nous avons poursuivi notre dynamique de financement en appui aux politiques publiques dans les domaines de l’aménagement, du logement, de l’eau, des déchets et de la mobilité. La fin d’année 2024 et le début de 2025 ont été marqués par notre forte mobilisation face aux aléas climatiques extrêmes. Le cyclone Chido à Mayotte en décembre, puis Garance à La Réunion en février, ont mis en lumière la vulnérabilité de nos territoires. En réponse, la Banque des Territoires a réaffirmé son rôle de partenaire des collectivités locales et des acteurs sociaux, notamment en mobilisant un prêt “catastrophe naturelle”. Nous avons engagé 350 millions d’euros de financements à La Réunion et à Mayotte, dont 265 millions pour le logement social, et 70 millions pour les collectivités et établissements publics.

Mayotte a enregistré une année record, avec 100 millions d’euros de financements, et nos actions post cyclone ont été accélérées pour soutenir la reconstruction et renforcer la résilience.

Le Mémento : Justement, en matière de logement social, quels ont été les principaux projets soutenus à La Réunion ?

N.?B. : À La Réunion, nous continuons à jouer notre rôle de premier financeur du logement social. En?2023, nous avons mobilisé 250 millions d’euros auprès de neuf bailleurs sociaux, dont quatre filiales de CDC Habitat, comme la SIDR ou la SEMADER. En?2024, ce sont 265 millions d’euros qui ont été prêtés, permettant la construction et la réhabilitation de près de 2 500 logements. Je citerai notamment la réhabilitation du foyer de Terre Rouge à Saint-Pierre, destiné à accueillir 96 enfants placés par l’Aide sociale à l’enfance, pour un montant de 4,2 millions d’euros. Autre exemple significatif : le plan de sauvegarde de la copropriété dégradée La Chaumière à Saint-Denis, un projet pionnier en Outre mer, bénéficiant de 355 000 euros d’ingénierie.

Le Mémento : Et au-delà du logement, quels sont les autres leviers d’action de la Banque dans la région ?

N.?B. : Nos interventions vont bien au-delà du logement. Nous sommes fortement engagés dans la transformation écologique, notamment sur les thématiques de l’eau, des déchets, de l’énergie et de la mobilité. Par exemple, nous avons financé à hauteur de 40 millions d’euros des projets d’assainissement et de traitement de l’eau potable sur toute l’île, dans le cadre du plan Eau DOM. Concernant les déchets, nous avons mobilisé 70 millions d’euros pour le projet RUN?Eva, une unité de traitement des déchets ménagers portée par ILEVA. C’est une avancée majeure pour sortir de la logique d’enfouissement. En matière de mobilité, notre soutien au téléphérique urbain Papang à Saint Denis illustre notre volonté d’accompagner des alternatives durables. Ce projet a bénéficié d’un financement de 10 millions d’euros.

Le Mémento : Vous évoquez la performance énergétique. Que fait concrètement la Banque à ce sujet ?

N.B. : Nous avons développé des dispositifs innovants, comme l’intracting, qui permet de financer des travaux d’efficacité énergétique avec un retour sur investissement rapide. C’est le cas du contrat signé avec le SIDELEC, portant sur le remplacement de 20 000 points lumineux dans 14 communes d’ici 2026.

Nous accompagnons également la Région Réunion avec un prêt de 64 millions d’euros destiné à la réhabilitation de bâtiments éducatifs. Enfin, notre programme pilote EduRénov vise à rénover thermiquement les écoles tout en végétalisant leurs abords. À Trois?Bassins, ce programme est déjà en cours, avec l’ambition d’allier confort thermique et lutte contre les îlots de chaleur.

Le Mémento : Et du côté du secteur médico-social ?

N.?B. : Nous sommes également très actifs dans ce secteur. Nous avons financé la construction de nouveaux EHPAD à Bras Panon et à Petite Île, en partenariat avec ENEAL, Action Logement et la SEMADER. Nous avons aussi restructuré la dette de l’Association Père Favron et accompagné la création d’une maison Alzheimer, portée par France Alzheimer. Ces projets répondent à des besoins concrets d’accueil et de prise en charge des publics fragiles sur nos territoires.

Le Mémento : L’ingénierie territoriale est une autre facette de votre action. Pouvez-vous nous en dire plus ?

N.B. : L’ingénierie est un levier essentiel pour transformer les territoires. En?2024, nous avons mobilisé 3,6?millions d’euros pour accompagner 12 villes dans le cadre du programme Action Cœur de Ville, à La Réunion et à Mayotte.

Nous intervenons aussi sur des projets très concrets, comme à Salazie, où nous avons engagé 10?000?euros pour soutenir la commune. Cette capacité à intervenir dès les phases amont permet de structurer des projets solides, en lien étroit avec les collectivités.

Le Mémento : Pour conclure, quelles sont les grandes orientations de la Banque des Territoires pour les années à venir ?

N.B. : Nous avons adopté un plan stratégique 2024?2028 très ambitieux, mobilisant 90 milliards d’euros autour de 16 mesures phares. L’objectif est clair : maximiser notre impact, avec plus de logements sociaux, davantage de projets écologiques, et un engagement renforcé pour la justice sociale. À La Réunion et à Mayotte, cela se traduira par un soutien accru à la résilience climatique, à l’égalité d’accès aux services publics et au développement économique durable.

Le Mémento : Votre parcours mêle expertise économique et engagement pour le développement durable. En quoi cette double approche influence-t-elle votre manière de piloter la Banque des Territoires dans la région Océan Indien ?

N.?B. : J’ai toujours été convaincu que la transformation durable des territoires repose sur une rigueur économique alliée à une conscience des enjeux sociaux et environnementaux. Cette double culture m’amène à chercher un équilibre entre performance financière et impact concret.

À La Réunion et à Mayotte, les défis sont complexes : crise du logement, vulnérabilité climatique, inégalités sociales. Pour y répondre, il faut mobiliser une ingénierie adaptée, bâtir des partenariats solides et proposer des financements de long terme. Notre modèle de prêt transforme l’épargne populaire liquide, notamment celle du livret A centralisé à 60 % à la Caisse des Dépôts, en financements pour des projets durables : logement social, aménagement, eau, mobilité, gestion des déchets. Nous soutenons ainsi les politiques publiques locales.

Ces prêts, dont les maturités vont de 25 à 60 ans, doivent intégrer les effets anticipés du réchauffement climatique, déjà visibles dans les territoires littoraux, très vulnérables. Canicules, sécheresses, vagues de submersion, cyclones… les événements extrêmes deviennent plus fréquents. Mon passage à l’Agence Française de Développement m’a permis de mieux comprendre les logiques de développement insulaires et ultramarines. Aujourd’hui, j’ancre cette vision dans nos actions pour qu’elles soient utiles, justes et durables.

Le Mémento : Les outils numériques ou innovants prennent-ils une place croissante dans vos dispositifs d’accompagnement ?

N.?B. : Oui, clairement. L’innovation, notamment numérique, est un levier essentiel pour accélérer la transition écologique et sociale. Un exemple parlant est l’adaptation de l’outil Tec Tec, développé avec l’université de La Réunion, pour évaluer le bilan carbone des logements sociaux. Cela permet d’objectiver l’impact environnemental dès la conception et favorise le dialogue entre maîtres d’ouvrage, collectivités et citoyens.

Nous explorons aussi les apports du numérique pour améliorer l’efficacité énergétique, optimiser la gestion des équipements publics ou renforcer l’accès aux services. La Banque des Territoires a lancé plusieurs plateformes digitales en appui à des programmes nationaux comme Territoires d’industrie, Action Cœur de ville, Petites villes de demain ou EduRénov, dédié à la rénovation des écoles.

Ces outils permettent aux acteurs locaux d’intégrer des communautés de projets, de mutualiser les pratiques et d’accéder plus facilement aux financements. L’innovation n’est pas un luxe pour les territoires, c’est une nécessité pour concrétiser les projets.


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