Le Mémento : Quelles ont étéles mesures phares prises par le Grand Port Maritime de La Réunion à l’annonce de la fermeture des frontières des pays de la zone ?
Fabrice Brunetti : Dans un premier temps, la crise COVID a impacté l’organisation d’accueil des navires dans les ports. À cela, s’est ajoutée la difficulté de conduire les relèves d’équipages en raison de la fermeture successive des aéroports et des frontières. La première urgence pour le Grand Port Maritime de La Réunion (GPMDLR) a été de définir des règles permettant de maintenir l’approvisionnement de l’île. Dès le 30 mars 2020, le GPMDLR établit une procédure relative à l’accueil et la manutention des navires avec trois objectifs : respect des mesures sanitaires pour limiter la circulation du virus conformément aux différents arrêtés préfectoraux, garantir la protection des manutentionnaires et maintenir l’approvisionnement de La Réunion. À ce jour, ce protocole est toujours en vigueur, preuve que l’application de ces dispositions sont efficaces.
La deuxième action significative de Port Réunion concerne les relèves d’équipages. La fermeture des aéroports de l’océan Indien a pris de court de nombreux armateurs. Heureusement, la position différente de la France a permis de répondre positivement aux attentes de l’Organisation Internationale Maritime. Grâce au maintien de vols commerciaux entre La Réunion et le hub de Roissy, la continuité territoriale avec la métropole et au-delà de nombreuses destinations européennes a permis au Grand Portde définir des dispositions permettant aux armateurs d’organiser des relèves d’équipages à La Réunion : 15 140 relèves de marins et 2 210 depuis le début de cette année 2021.
Le Mémento : Qu’avez-vous changé dans l’organisation du Grand Port Maritime de La Réunion pour accueillir le flot de bateaux qui ne pouvaient se rendre dans aucun des ports de la zone ?
F. B. : La Réunion est desservie par plusieurs lignes "fixes". Le "spot" n’est pas la méthode retenue, ou en tout cas reste exceptionnelle. Le nombre de navires souhaitant escaler à Port Réunion a diminué d’abord du fait de l’arrêt des croisières en mars 2020. Par ailleurs, plusieurs lignes régulières ont été perturbées en particulier certaines desservant le sud de l’océan Indien. De ce fait, les flux de transbordements du hub CMA-CGM ont diminué en 2020. De plus, le dérèglement des lignes a provoqué des perturbations dans les heures d’arrivée. Malgréces incertitudes, Port Réunion a pu accueillir tous les bateaux se présentant et dans la quasi-totalité des cas, sans attente significative.
Le Mémento : Quelle incidence a eu la fermeture du Port de Maurice sur le Port Réunion ?
F. B. : Le Port de Maurice n’a pas été fermé, contrairement à son aéroport. Par contre, la quarantaine imposée à certaines périodes, quasiment sans préavis, pour des bateaux en provenance de La Réunion ou y ayant effectué une relève d’équipage a conduit les armements à inverser l’ordre des escales en commençant par Maurice. Parfois, l’escale de Maurice a cependant été déroutée compte tenu des délais d’attente et cela a provoqué des volumes supplémentaires de transbordements pour rapatrier les conteneurs qui y étaient destinés.
Le Mémento : À quelles contraintes avez-vous dû faire face ?
F. B. : L’incertitude et la fréquence d’évolution des consignes gouvernementales en termes de mesures sanitaires à appliquer. Il a fallu être collectivement adaptable et réactif pour malgré tout tenir le cap c’est-àdire assurer notre mission essentielle de préserver l’approvisionnement de La Réunion.
Le Mémento : Port Réunion a accueilli combien de bateaux supplémentaires en 2020 ?
F. B. : Par rapport à 2019, Port Réunion a accueilli 13 % d’escales de moins en 2020, non comptés les centaines de navires ayant réalisé des relèves d’équipages sur rade. Ce chiffre est principalement lié à l’arrêt de la saison des navires de croisière et à l’annulation de plusieurs escales de lignes régulières au second trimestre.
Le Mémento : Quel chiffre d'affaire cela a-t-il généré ?
F. B. : Le COVID a fait perdre du chiffre d’affaires à Port Réunion (4% de son trafic par rapport à 2019, ce qui représente 4,1 millions de tonnes traitées en 2020 ndlr) avec 10 % de trafic en moins malgré une fin d’année très intense. La multiplication des relèves d’équipages n’a pas généré au port de recettes significatives car la plupart ne s’accompagnaient d’aucune opération commerciale.

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