Maintenir un prix du service accessible et garantir la disponibilité des ressources.

Le Mémento : M. Mercier, pourriez-vous nous rappeler le parcours qui vous a mené à l’île de La Réunion en tant que directeur général de RUNÉO?

Geoffroy Mercier : À l’époque, j’avais 46 ans, j’étais ingénieur des Arts et Métiers et je connaissais déjà l’île deLa Réunion pour avoir dirigé, pendant cinq ans, l’agence de Saint-Paul, entre 1999 et 2004. Alors, quand j’ai entendu parler de ce poste, je n’ai pas hésité, j’ai postulé ; et je suis très heureux et fier de diriger RUNÉO depuis sept ans, maintenant.

Le Mémento : De fait, la problématique de l’eau en territoire insulaire, c’est unsujet que vous maitrisez…

GM : Oui, on peut le dire. J’ai occupé plusieurs postes pour Véolia, dans l’Hexagone et en Outre-Mer, notamment l’île de La Réunion et la Guadeloupe, et dans le domaine de l’eau, il y a de vraies différences selon le territoire. Il n’y a qu’à comparer la Guadeloupe et La Réunion, aujourd’hui. L’une connait toujours de réelles difficultés et l’autre a connu un vrai programme d’accélération des schémas d’amélioration des réseaux de distribution.

Le Mémento : « L’autre », c’est La Réunion. Aujourd’hui, peut-on dire que le territoire possède une infrastructure performante en termes de réseaux de distribution et d’assainissement de l’eau ?

GM : On peut l’affirmer, même si bien évidemment, il reste encore des progrès à faire. L’infrastructure de l’eau à La Réunion n’a rien à avoir avec celle d’il y a vingt ans. Les collectivités ont su capter les fonds européens et investir massivement afin de moderniser et structurer les réseaux. Aujourd’hui, on peut dire que la qualité de l’eau brute à La Réunion est globalement bonne, voire très bonne – une chance en comparaison d’autres régions de France. Mais, en l’absence d’installations suffisantes permettant leur clarification, la principale problématique en 2021 reste la vulnérabilité de certainesressources superficielles (les rivières) en cas de fortes pluies, avec des problèmes de turbidité qui apparaissent ponctuellement.

Le Mémento : C’est donc sur ce point que se concentre aujourd’hui les efforts de RUNÉO ?

GM : Oui, cela fait partie des défis et de la stratégie de RUNÉO. Pour répondre à cette problématique, l’ARS et la Préfecture ont mis en place le plan d’actions « Eau Potable » visant à financer la rénovation et la construction d’unités de potabilisation sur toute l’île. De nombreux projets sont en cours ou prévus. Sur le périmètre géré par RUNÉO, trois nouvelles usines de potabilisation ont été récemment mises en service, une autre est en construction. Et d’autres projets sont déjà lancés. Les choses avancent bien. Mais il ne faut pas oublier que la topographie de l’île complique les choses : ramener de l’eau, du battant des lames aux sommets des montagnes, entraîne des contraintes techniques fortes et coûteuses.

Le Mémento : Vous parlez de défis à relever. Quels sont les autres challenges pour RUNÉO sur leterritoire ?

GM : Au-delà de la qualité de l’eau que je viens d’évoquer, il en existe deux autres : à savoir maintenir un prix du service accessible et garantir la disponibilité des ressources. Pour le prix, c’est maintenir un tarif quoi soit accessible à tous donc, mais aussi représentatif du coût réel de l’eau et qui soit aussi 30% moins cher que celui de la Métropole, soit 2,35€/m3 TTC en moyenne.

Il faut savoir que le prix du service de l’eau prend en compte le contexte local et ses spécificités (disponibilité et qualité de la ressource, captage, acheminement, état du réseau, densité de l’habitat, etc.). Et qu’un autre paramètre, corrélé à l’eau est également important : celui des impayés. Le taux d’impayés (4%) est un paramètre auquel nous sommes
attentifs puisqu’entre 40 et 50% des montants des factures sont réinvestis afin d’améliorer le rendement du réseau, la qualité et la performance du réseau. Enfin, la disponibilité de la ressource reste un enjeu essentiel pour La Réunion, surtout quand on voit la dernière sécheresse qu’a connu l’île. Pour la
préserver, il faut réduire le gaspillage, c’est-à-dire traquer les fuites et améliorer le rendement du réseau. Alors que ce chiffre tourne autour de 80% en moyenne, La Réunion est encore à 68% – c’est bien mais pas assez. En ce sens, les équipes de RUNÉO réalisent un travail important de recherche de fuites et d’entretien du réseau : 1.800 kilomètres inspectés pour 2.000 fuites réparées. L’entreprise dispose ainsi de 15 collaborateurs, experts dans ce domaine qui travaillent avec les meilleures technologies afin de détecter sur le réseau les portions à réparer : écoute, corrélation, gaz tracteur.

Le Mémento : Cela représente quel budget ?

GM : Pour le travail important d’entretien des réseaux, RUNÉO définit, en lien avec les collectivités partenaires, des plans d’actions pluriannuels et investit, tous les ans, 2,5 millions d’euros pour le renouvellement des équipements de l’eau potable, qui contribuent à la sécurisation de l’alimentation en eau et des réseaux.

D’ailleurs, je tiens à préciser qu’une partie du Plan de Relance en Outre- Mer, et donc à La Réunion (enveloppe de 11 milliards d’euros), sera fléchée pour l’amélioration de la qualité du réseau de l’eau, à la fois la potabilité mais également l’assainissement. On peut citer entre autres deux projets, celui de la réhabilitation du réseau d’eau de la
rue Jules Auber à Saint-Denis dont la vétusté génère des nuisances récurrentes et celui de la modernisation du réseau d’assainissement des eaux usées du Tampon, afin de répondre au fort développement de la population de la commune.

Le Mémento : On voit qu’il y a de nombreux enjeux pour le service de l’eau, mais il y en a-t-il aussi pour RUNÉO, en tant que société ?

GM : Bien évidement, et ils sont tout aussi nombreux. Il y a le service que l’on offre d’un côté, mais aussi la relation client et le travail en interne, avec les collaborateurs. Sur ces deux derniers points, la petite révolution à venir sera numérique, avec la digitalisation des services – c’est un levier obligatoire pour une gestion plus performante et durable. Cette digitalisation passe par le développement de systèmes de télégestion, le recours à des terminauxmobiles pour l’optimisation des interventions, la diminution du papier,
mais aussi le télé-relevé des compteurs d’eau (intelligents) et la numérisation des services aux consommateurs (qui peuvent réaliser l’ensemble de leurs
démarches à distance).

Pour autant, et je tiens à le préciser, ce virage vers le numérique ne se fera pas au détriment des consommateurs et RUNÉO se tient à l’écoute de ses clients et reste vigilant quant à la fracture numérique.

Le Mémento : Difficile de parler de l’eau sans évoquer les enjeux également de développement durable ?

GM : Par son manque ou son excès, l’eau est le marqueur majeur du changement climatique. Et aujourd’hui, on sait qu’aucune partie du globe, aucun pays ne sera épargné par ces changements déjà engagés.

Dans son domaine d’expertise, l’eau et l’assainissement, RUNÉO souhaite accompagner les acteurs du territoire en co-construisant des solutions pour faire face à l’urgence et s’y adapter. Les collectivités et les industriels peuvent non seulement compter sur notre expertise, et celle du groupe VÉOLIA, en matière d’usage des ressourceset d’optimisation énergétique, mais aussi dans d’autres domaines, comme le rendement des réseaux d’eau potable ou la “REUT”, la réutilisation des eaux
usées traitées.

Pour se prémunir des risques de pénurie d’eau, la réutilisation des eaux usées traitées (REUT), ou « reuse », constitue l’une des meilleures solutions afin de
sécuriser l’accès à l’eau. Une fois traitées, les eaux usées de catégorie A, au sens de la réglementation française, peuvent être destinées à l’irrigation des espaces verts ou des cultures, à la lutte contre les incendies, aux besoins industriels ou encore aux aménagements et rafraîchissements urbains. En Métropole, de plus en plus de projetsde REUT voient le jour pour l’irrigation de vignobles, par exemple. On espère que des projets pourront aussi bientôt voir le jour à La Réunion.

En 2021, RUNÉO exploite une unité de méthanisation sur la station d’épuration du Grand Prado. Demain, nous espérons que les stations d’épuration des eaux usées urbaines seront bien plus que des usines de dépollution, et qu’elles produiront de multiples ressources : de l’eau réutilisable pour les besoins humains, de l’engrais, de l’énergie
verte, etc.


0 COMMENTAIRE(S)

Aucun commentaire pour le moment


ACHETER
un exemplaire
version papier ou PDF
Dernières infos en ligne

18.02.2026 | Réunion

Surendettement à La Réunion : plus de 2 000 dossiers déposés en 2025



Lire
commentaires Réagir
17.02.2026 | Maurice

ER Group intègre le SEM Sustainability Index avec un score de 78,91 %



Lire
commentaires Réagir
16.02.2026 | Réunion

La Chambre régionale des comptes pointe des dysfonctionnements au sein du CNARM



Lire
commentaires Réagir
16.02.2026 | Réunion

L'ANDRH La Réunion renouvelle sa gouvernance lors de son assemblée générale 2026



Lire
commentaires Réagir
15.02.2026 | Madagascar

Chamsouddine Ahmed, Président de Cap Business océan Indien



Lire
commentaires Réagir
15.02.2026 | Réunion

Géothermie dans les hauts de La Réunion : la CASUD définitivement écartée au profit d'Engie



Lire
commentaires Réagir
15.02.2026 | Guadeloupe

Crédit à la consommation : la cour rétablit les intérêts de Cofidis mais réduit la pénalité



Lire
commentaires Réagir
15.02.2026 | Martinique

Le Village de la Pointe débouté face au fisc martiniquais



Lire
commentaires Réagir
15.02.2026 | France

Une startup éducative atteint la rentabilité tout en franchissant le cap des 1 000 collaborateurs



Lire
commentaires Réagir
14.02.2026 | Réunion

Temps de travail des internes : le CHU sommé d'instaurer un comptage horaire sous astreinte



Lire
commentaires Réagir
14.02.2026 | Madagascar

Lilia Randriamifi dimanana, Présidente du Jeune Patronat de Madagascar



Lire
commentaires Réagir
14.02.2026 | Martinique

Projet " TRL9 Bambou Protec " : l'État refuse de signer, le juge des référés balaie la procédure d'urgence



Lire
commentaires Réagir
14.02.2026 | Réunion

Rondavelle de l'Hermitage : la contestation s'éteint, les exploitants déboutés et condamnés aux frais



Lire
commentaires Réagir
14.02.2026 | Martinique

Marché public à Case-Pilote le solde du chantier tranché en faveur de Caraib Moter



Lire
commentaires Réagir
14.02.2026 | Guyane

Préavis non respecté à Cayenne l'hôpital condamné



Lire
commentaires Réagir