Une fois n’est pas coutume, ce petit billet sera consacré à la chose universitaire ! Depuis le 1er janvier dernier, tous les nouveaux docteurs, quelle que soit leur discipline, doivent prêter un serment dit “d’intégrité scientifique” : “Parvenu à l’issue de mon doctorat, et ayant ainsi pratiqué, dans ma quête du savoir, l’exercice d’une recherche scientifique exigeante, en cultivant la rigueur intellectuelle, la réflexivité éthique et dans le respect des principes de l’intégrité scienti que, je m’engage, pour ce qui dépendra de moi, dans la suite de ma carrière professionnelle quel qu’en soit le secteur ou le domaine d’activité, à maintenir une conduite intègre dans mon rapport au savoir, mes méthodes et mes résultats”.On peut certes se féliciter de ce serment, qui donnera un peu de solennité aux soutenances de thèse qui se déroulent parfois dans d’obscures salles défraichies, sans public, avec des membres de jury habillés comme s’ils allaient faire leurs courses au supermarché...
Mais à la réflexion, ce serment a bien peu de sens : les serments que prêtent les jeunes médecins, avocats ou magistrats sont directement liés à la profession qu’ils vont embrasser. Or, le grade de docteur ne marque l’entrée dans aucune profession : de nombreux docteurs ne seront jamais des universitaires ni ne publieront jamais aucune ligne dans des revues scienti ques. Le serment prêté n’a, en réalité, aucun sens. C’est un coup d’épée dans l’eau ! Quant à son contenu, il raisonne comme une addition de poncifs et de termes à la mode : qu’est-ce que la “réflexivité éthique” ? comment apprécier une “conduite intègre dans (son) rapport au savoir” ? Bien mieux, les obligations que ce serment fait mine d’imposer sous son vocabulaire de scribouillard communicant sont déjà sanctionnées : le plagiat, la contrefaçon d’œuvres protégées par le droit d’auteur, l’insulte, la diffamation, la diffusion intentionnelle de fausses nouvelles...encadrent déjà, de manière très précise, l’activité du chercheur.
Ce qui fait le sel de l’activité du chercheur ne gure pas dans ce serment au rabais : la liberté. Comment ne pas deviner que lorsque certaines conclusions scienti ques ne seront pas dans l’air du temps, de nombreux sycophantes bienpensants reprocheront, sans même discuter le fond, au chercheur d’avoir violé son serment et de n’avoir pas maintenu “une conduite intègre dans son rapport au savoir, ses méthodes et ses résultats” ? C’est indigne du débat scienti que : la discussion doit se faire sur le terrain des idées, en démontrant l’inexactitude, en apportant des nuances, en corrigeant... Ainsi avancent les idées...
Par où l’on voit que la recherche ne doit pas être soumise à des injonctions morales ou corsetée dans une orthodoxie bienpensante. Elle doit être libre. Ce serment qui ne sert à rien donne raison à Stephan Sweig : “qu’est-ce qu’un serment ? des mots emportés par le vent”.

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