Le Mémento : Depuis 2020, vous occupez la direction générale de Covino. Une entreprise que vous qualifi ez de “tentaculaire”. Pourquoi ce terme ?
David Cailleux : Depuis sa création, Covino s’est développée dans plu-sieurs directions. La production, qui bénéfi cie aujourd’hui à une vingtaine de marques locales embouteillées sur le site historique et à laquelle s’ajoute l’activité de distribution de vins, d’eff er-vescents, de bières et de spiritueux sur trois réseaux : la grande distribution, les CHR et les marchés spécialisés avec les Caves Nicolas. Le développement des Caves Nicolas a été confi é à COVINO en 2000 après le rachat de l’enseigne par le groupe Castel qui est actionnaire à 100% de Covino depuis 2004.
Le Mémento : C’est justement pour ce développement que vous avez été recruté ?
D. C. : Oui, en 2011, Jean-Philippe Van-dercamer m’a proposé de prendre la di-rection du développement des 4 caves Nicolas, dans le but de les remettre au niveau attendu par l’enseigne. Aujourd’hui, le réseau Nicolas dans l’océan Indien compte 15 caves (10 à La Réunion, 2 à l’île Maurice et 3 à Mada-gascar, gérées pour ces deux territoires en Masterfranchise).
Le Mémento : Comment passe-t-on de sommelier à dirigeant d’une telle entreprise ? Apprend-on “sur le tas” ou doit-on se former ?
D. C. : J’ai été formé en hôtellerie/restau-ration avec une mention complémen-taire en sommellerie et j’ai débuté ma carrière au sein des restaurants étoi-lés avant de m’installer à La Réunion à l’âge de 20 ans en qualité de chef de rang/sommelier. Si je suis rapidement tombé amoureux de l’île, côté vin, je restais sur ma soif. Je suis alors parti pour approfondir mes connaissances en Angleterre puis en Californie où j’ai occupé le poste de chef sommelier et obtenu le titre de “l’une des 6 plus grandes cartes de vins au monde Wine Spectator”. L’expérience a été très for-matrice et m’a énormément plu. Reste que La Réunion me manquait. J’y suis donc revenu mais peu de choses avaient évolué dans ce secteur
En 2000, les consommateurs n’étaient pas prêts, il n’y avait pas de sommelier dans les restaurants. J’ai alors nourri l’ambition d’ouvrir un restaurant sur le modèle de Subway. J’ai ensuite eu l’opportunité d’intégrer l’enseigne Sa-vour Club au poste de caviste, puis en responsabilité de deux caves que nous avions rachetées avec deux associés. Fort de ces nouvelles compétences (achat, vente, gestion de franchise...), j’ai choisi de quitter l’aventure pour créer ma propre société en 2008 : “Som-melier OI” a été la première plateforme de formation aux métiers du vin à La Réunion destinée aux particuliers et aux professionnels (Cavistes, Vatel Maurice, Groupe Accor sur toute la zone Afrique et OI). Cette expérience m’a appris à créer une entreprise mais aussi à la faire vivre.
Fin 2010, j’ai reçu un appel de Jean-Philippe Vandercamer alors DG de Covino, pour développer l’enseigne Nicolas, et j’ai fi nalement intégré Covi-no en 2011. Après avoir commencé par La Réunion, en 2016, nous avons ouvert les premières caves sur l’océan Indien. En parallèle, je représentais également “Castel Export Vin” sur la zone océan Indien puis en 2018 j’ai ajouté le dépar-tement CHR à mes missions. Un jour, Jean-Philippe Vandercamer, devenu en quelque sorte un mentor, me dit : “Si je te dis que je t’imagine prendre la direction générale à mon départ qu’en penses-tu?”Extrêmement fl atté, je lui ai répondu “pourquoi pas ?” mais il fallait que je me forme à la gestion d’entreprise. J’ai alors intégré le cursus MBA gestion des en-treprises de la Sorbonne et en suis sorti diplômé. Cette formation a clairement été la clef pour me préparer à prendre la direction générale de COVINO.
Le Mémento : C’est à ce moment-là que vous établissez une feuille de route ?
D. C. : Deux mois à peine après ma prise de fonction, le confi nement a débuté avec la crise COVID, j’ai dû faire face à la fermeture du département CHR ainsi que des caves Nicolas le temps de nous procurer des EPI, alors introuvables à l’époque.
Heureusement, les caves Nicolas ont pu s’appuyer sur le site de vente en ligne pour pouvoir opérer via la livraison à domicile. Si la période s’est avérée complexe, j’avais bien compris mon rôle et j’étais déterminé à l’assu-mer. C’est durant cette période que j’ai souhaité proposer un vin embou-teillé localement plus respectueux de l’environnement, c’est ainsi que j’ai initié la réflexion du développement autour d’un vin certifié “Terra Vitis”. Au-delà de l’off re historique en entrée de gamme, une ambition s’est traduite au travers du projet de la création de la marque “Paille-en-Queue”. En paral-lèle, nous nous sommes lancés dans la rénovation du site historique Covino en cohérence avec nos ambitions RSE/Réglementation.
Le Mémento : Quel avenir pour ce site créé dans les années 60 ?
D. C. : Une nouvelle fois, la réflexion autour de cette rénovation a été riche d’enseignements. Nous nous sommes posé beaucoup de questions : est-ce que l’on déménage, doit-on déloca-liser notre partie industrielle... avant d’arrêter le scenario de rester sur le site historique. Durant plus d’un an, en col-laboration avec le groupe Castel, nous avons travaillé avec un bureau d’études et notre architecte pour bâtir un plan cohérent d’investissements, et pou-voir, au-delà du respect des normes, être en phase avec notre époque et nos collaborateurs.
Les premiers “coups de pioche” débu-teront en juillet. Nous voilà donc partis pour un an et demi de travaux. Nos sys-tèmes de stockages seront optimisés, nos lignes d’embouteillage reconfigurées, nos cuves déplacées... Pour pou-voir disposer d’un outil dimensionné pour servir nos fortes ambitions sur le long terme. Aujourd’hui, j’ai surtout hâte de voir le résultat, nous sommes en train de prendre une nouvelle direction pour l’avenir !
Le Mémento : Dans quelle direction ?
D. C. : Aujourd’hui le sujet est : comment développer et innover, tout en conser-vant notre ancrage historique ? Dès l’origine, Covino a alimenté les foyers réunionnais avec une ambition de proposer le meilleur rapport qualité/prix, qui demeure intact, sans pour autant s’interdire de se diversifier en développant de nouvelles marques, appuyé sur son socle historique : offrir un vin de qualité à des consommateurs sensibles au prix et donc à l’inflation, tout en promouvant une consomma-tion responsable. Quant au développe-ment des Caves Nicolas à La Réunion, je pense que l’on pourrait en ouvrir encore quelques-unes ici et sur la zone OI. Sur la partie produit, nous sommes proches des brasseries STAR qui ap-partiennent au même Groupe depuis 2011 et produisent la bière THB dont nous avons récemment approfondi la gamme avec le lancement de la THB Blanche et de la THB 8.
Pour finir, nous avons opéré le réfé-rencement récent d’un Soft avec la marque Caprice Bonbon Anglais, la boisson gazeuse la plus vendue à Ma-dagascar commercialisée à La Réunion depuis le début de l’année avec des indicateurs encourageants.
Pour résumer notre cap en tant qu’entreprise locale, avoir la meilleure offre possible, avec le meilleur service commercial et dans les meilleures conditions tarifaires pour conserver la confiance de nos distributeurs et clients. Cette volonté repose sur l’in-vestissement sans faille des salariés du groupe, lesquels sont très attachés à leur entreprise. Des collaborateurs que je tiens tout particulièrement à remercier pour l’investissement et la confiance qu’ils m’ont accordée pen-dant ces premières années. Tout le monde sait que je suis un développeur invétéré, nous avons encore de grands projets à mener pour COVINO même si parfois je leur dis : promis, j’arrête !

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