Romain Sihou Fondateur et dirigeant du Tsilaosa Hotel & Spa, du Sarana Hotel & Spa

Les conditions d’exercice dans l’hôtellerie-restauration étant réputées comme diffi ciles, le secteur peine à recruter. Mais les hôteliers ne baissent pas les bras. Romain Sihou, propriétaire du Tsilaosa hôtel et du Sarana hôtel & Spa lui, a choisi de miser sur le recrutement local pour attirer et fi déliser de nouveaux talents.

Le Mémento : Vous êtes à l’origine de la création de la branche hôtelière du Groupe familial Sihou, historiquement positionné dans le secteur de la fourniture de matériel médical. Quel parcours vous a conduit jusqu’à l’hôtellerie ?

Romain Sihou : Né à La Réunion il y a 35 ans, j’ai quitté mon île à l’âge de 16 ans pour m’installer avec mes parents dans le Sud-Ouest de la France. Après le lycée, j’ai intégré une école de commerce Bordelaise dont le cursus m’off rait l’opportunité de séjourner en Australie, aux Etats-Unis, en Espagne et en Malaisie. C’est à l’occasion d’un mémoire d’études consacré au développement de l’écologie dans le secteur du luxe, que naît mon intérêt pour l’hôtellerie.

Diplômé d’un Master en Finances, je décide d’intégrer l’EHL, l’Ecole Hotellière de Lausanne. Après un stage de fin d’études au sein du Palace parisien Le Meurice en qualité de simple réceptionniste, j’obtiens mon Master en gestion hotellière et je me vois off rir la direction du Relais de Chambord ce qui, à 24 ans, constitue un véritable challenge. L’expérience s’avèrera en effet très intense, difficile tant physiquement que psychologiquement, mais particulièrement formatrice.

Le Mémento : Comment vous retrouvez vous à la tête de votre premier hôtel à Cilaos ?

R. S. : Lorsque je décide de revenir à La Réunion, mes parents, dirigeants d’entreprise qui ont toujours cultivé cette fibre entrepreneuriale et qui nous l’ont transmise au sein même de la famille, m’interrogent sur mes ambitions et plus précisément sur mon désir de développer une offre hôtelière à Cilaos et à Salazie. J’estime en effet que ce qu’il y a de plus beau à La Réunion, ce sont ses hauts. Comme il n’existait pas d’établissement à la hauteur du spectacle, j’ai souhaité développer de l’hôtellerie de luxe, à taille humaine, parfaitement intégrée dans son environnement. En 2016, le Groupe familial acquiert le Tsilaosa, un hôtel 4 étoiles d’une capacité de 15 chambres. À l’issue de travaux de rénovation et d’agrandissement, l’établissement offre 22 chambres, un salon de thé et une cave à vin qui propose dans un cadre chaleureux, intimiste et raffiné ouvert à tous, des raclettes et des fondues particulièrement appréciées durant la saison fraîche.

Le Mémento : quel est le retour de votre première expérience en tant que propriétaire-exploitant ?

R. S. : Premièrement, j’apprends à gérer un hôtel à La Réunion, qui plus est dans les hauts. J’ai ainsi eu à relever des défi s liés à l’accessibilité du site, en particulier lors des travaux, prévus pour durer six mois qui s’achèveront un an et demi plus tard. À Chambord, commune également excentrée, j’avais déjà été confronté à des contraintes de recrutement et de formation du personnel, qui s’avèreront similaires à celles de Cilaos notamment.

Le Mémento : Vous avez toujours envisagé recruter le local ?

R. S. : C’est ma philosophie : un hôtel doit avoir ce rôle de vecteur du développement économique mais aussi social. À Cilaos, nous avons repris l’équipe existante, certains sont partis, d’autres sont arrivés… mais ça c’est l’hôtellerie et c’est pareil partout dans le monde ! Aujourd’hui, l’équipe du Tsilaosa compte 12 collaborateurs qui sont dirigés par Victor GOKALSING un réunionnais, issu des rangs de Vatel, âgé de 23 ans.

Ayant moi-même occupé ces fonctions à l’âge de 24 ans, cela ne me fait pas peur de laisser leur chance aux jeunes (NB le directeur du Sarana Hôtel & Spa, Xavier Guillet, a pour sa part 34 ans). Ce que je valorise, c’est la motivation plus que la compétence où l’expérience. Si les gens ont besoin d’acquérir des compétences, nous les accompagnons dans ce sens. Nous avons procédé de même pour les équipes du Sarana Hotel & Spa de Salazie. Sur 41 embauches, 36 sont résidents de Salazie, les autres de la microrégion de l’Est.

Le Mémento : Pouvez-vous revenir rapidement sur la création du Sarana ?

R. S. : J’ai travaillé sur le concept dès 2015, suite à l’appel à projet de la mairie visant à faire revivre un hôtel à l’abandon depuis dix ans. Sept années auront été nécessaires à la transformation du site, laquelle a duré deux ans et nécessité un investissement de 6,5 millions d’euros, soutenu par la Holding Sihou, La Région et l’Europe, ce qui nous a permis d’aller plus loin dans la vision et la qualité du projet.

L’hôtel affiche 4 étoiles, une capacité de 31 chambres et compte un restaurant bistronomique: “le Lacaussade” qui tire bénéfice d’une collaboration avec le chef étoilé Paolo Boscaro. L’établissement est exploité depuis un an et demi. Durant l’année à venir, nous nous attacherons encore à le façonner en améliorant certains de ses aménagements.

Le Mémento : Avez-vous de nouveaux projets à court ou moyen terme ?

R. S. : Pour l’heure, nous nous attachons au projet de rénovation du Tsilaosa (prévue en 2025). En parallèle, nous avons procédé au rachat d’un domaine bénédictin. Un coup de coeur qui n’était pas intégré à mes objectifs. Cette Maison de maître créole ayant appartenu à la famille de Villeneuve, est implantée sur un magnifique domaine de 6 hectares à Saint Benoît comptant des vergers de letchis et des plantations. Notre projet est d’y développer une offre de restauration gastronomique.

Le Mémento : Ce projet repose une nouvelle fois sur la collaboration avec le chef Boscaro ?

R. S. : En effet. Cette collaboration est véritablement une grande chance. Le chef officie également au Royal Champagne de Reims, un établissement 5 étoiles susceptible d’accueillir nos personnels en formation. Notre chef de cuisine a ainsi rejoint le palace durant deux mois pour se former à l’excellence, une formation intensive mais surtout passionnante !

Le Mémento : estimez-vous les jeunes Réunionnais suffisamment formés à vos métiers ?

R. S. : À La Réunion, on entend souvent dire : nous ne trouvons pas de personnel. Mais il faut savoir qu’en Métropole non plus ! le chef Paolo avec qui j’évoquais cette problématique, m’a répondu : au moins ici vous avez des cv ! Certains hôteliers cherchent des collaborateurs prêts à l’emploi. Ça effectivement ça n’existe plus. Il faut aller chercher ceux qui ont le potentiel et les accompagner à aller dans la direction souhaitée.

Par exemple, pour le Sarana, nous avons opéré une grosse campagne de recrutement sur toute la ville de Salazie. Nous avons conduit plus de 200 entretiens. Les 25 candidats retenus ont bénéficié d’une formation de 8 mois, élaborée sur-mesure par notre partenaire CREE, pour coller au plus près de nos besoins. Je pense que c’est dans ce sens qu’il faut aller. Certes, cela requiert du temps, de l’implication, aussi d’accepter que l’on puisse se tromper. Sur tous les gens que nous avons formés, certains vont quitter le métier, partir, se faire débaucher… Même si c’est frustrant, je préfère recruter en local, offrir à mes collaborateurs de se former, de vivre des expériences… plutôt que de faire venir des gens de l’extérieur.

À La Réunion, si nous avons peu de personnel “prêt à l’emploi”, nous avons des gens qui sont prêts à le devenir, mais surtout qui ne vont pas partir, conscients du confort procuré par un emploi qui se trouve juste à côté de chez eux et proche de leur famille, valeur ancrée dans notre île.

Le Mémento : Pourriez-vous résumer les avantages à embaucher localement ?

R. S. : L’embauche locale est cohérente, à la fois pour le territoire et pour la stabilité des équipes, mais ça l’est aussi vis-à-vis des clients dans le sens où ces collaborateurs racontent leur histoire, leur territoire. C’est aussi ce qui correspond à ma vision du Premium. Le luxe ce n’est plus de la superficialité mais de l’authenticité basée sur de la réflexion et traduite au travers du beau, de la nature et du confort.

Au-delà du client, il est important de remettre les équipes au centre de l’activité hotellière. Si le travail est bien fait, le client est content. Quant au bonheur des équipes, il passe bien évidement par la rémunération mais pas que : le bien-être au travail, la considération, la formation, l’égalité, l’équité… sont également des objectifs que nous nous efforçons de relever.


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