Les portraits de Mojo Om attirent les regards. On s’approche. On observe. Des visages dessinés à l’encre qu’on pensait banale. Mojo Om sourit, parle de lumière, de clowns, de spiritualité cachée dans les traits. Dans ses dessins, le plus discret des outils devient messager. Le Bic, ce stylo qu’on oublie, devient un troisième œil.
Un stylo, en général, personne n’y prête attention. Pourtant, il est là, partout, tout le temps. Il roule sous les meubles, s’égare au fond des sacs, se prête sans qu’on le réclame. On l’achète par dix, on le perd sans s’en apercevoir. Bleu, rouge, vert, noir. Un peu sec parfois. Suffisant. Transparent. L’artiste Mojo Om, de son vrai nom Joanne Perier, elle, ne s’en fiche pas.
Au contraire. C’est avec ce stylo que tout commence. Le Bic, chez elle, n’est pas un simple outil. C’est une attention. Une posture. Un médium direct, honnête, sans retour possible. Pas d’esquisse, pas de gomme. Ce qui est posé reste. Et ça change tout. Elle en parle comme d’un vieil ami : discret, fidèle, un peu sous-estimé. Dans ses mains, il devient scalpel ou caresse. Il trace des visages, creuse des regards, fait apparaître des âmes sans bruit.
Le monde au bout du trait
L’histoire commence dans une salle de classe, quelque part entre les divisions et les rêveries. Pendant que les autres s’appliquent sur leurs cahiers, elle décroche.
“À partir du CM2 et des divisions à deux chiffres, mon cerveau trop lunaire préférait vaguer à d’autres occupations”. Le Bic devient alors un compagnon de bord. Il gratte les marges, tue l’ennui, invente d’autres lignes. Il ne s’est plus arrêté depuis. D’un continent à l’autre. De Lyon à La Réunion, de Paris à Madagascar. Il s’est glissé dans les poches, les valises, les carnets. Un outil modeste, toujours là. “À 25 ans, j’ai commencé à beaucoup voyager grâce à mon premier travail de designer de mode. Ma première expatriation, c’était Madagascar, en 2010. L’île rouge m’appelait, et elle m’a profondément transformée. C’est l’endroit où je me sens la plus sereine, la plus nourrie, la plus inspirée”.
Lignes intérieures
Le bleu du Bic, Mojo Om ne le choisit pas au hasard. Il impose un rythme. Une lenteur. Il oblige à regarder, à écouter. Quand elle réalise un portrait, elle attend le moment. Celui où le regard s’ouvre. Elle capte, en silence. Puis elle trace. Un œil. Une courbe. Le Bic ne permet pas la tricherie. Il dit tout, même l’hésitation. Et c’est précisément ce qu’elle cherche : Ce qu’on est, sans filtre.
Un fil tendu entre deux mondes
Avant, elle dessinait pour la mode. De beaux vêtements, pour des marques, dans plusieurs pays. Des lignes aussi, mais sur du tissu.
À 30 ans, elle décide de changer de peau. Elle quitte la "fast life". Elle veut revenir à quelque chose de plus juste. De plus direct. "À travers toutes mes expériences professionnelles à travers le monde, je me suis rendu compte que ce qui m'avait vraiment enrichie, ce n'étaient pas les produits que j'avais dessinés, aussi artistiques ou vendeurs soient-ils... C'étaient les rencontres, sur le chemin".
Le Bic prend alors toute sa place. Il devient le prolongement d'une écoute. Le bleu, cette couleur qu'on oublie, devient pour elle une manière de voir autrement.

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