À la tête de Runéo depuis septembre 2024, Stéphane Laurent pilote avec rigueur et engagement, l’un des acteurs majeurs de la gestion de l’eau et de l’assainissement à La Réunion. Fort d’une longue expérience dans le groupe Veolia et d’une connaissance fine du territoire, il incarne une vision opérationnelle, responsable et locale du service public de l’eau. Sécurité, transition écologique, ancrage local, digitalisation : sous sa direction, Runéo mise sur la performance durable.
Le Mémento : Quelle est la mission de Runéo sur le territoire ?
Stéphane Laurent : Runéo est un acteur clé de la gestion de l’eau et de l’assainissement à La Réunion. L’entreprise intervient dans le cadre de délégations de service public confiées par les collectivités locales pour la production et la distribution d’eau potable ainsi que pour la collecte et le traitement des eaux usées. Outre cette activité principale, elle propose également des prestations à destination d’opérateurs privés (industriels notamment) en matière de traitement des eaux.
Aujourd’hui, Runéo opère pour le compte des 5 intercommunalités de la Réunion, à Saint-Denis, Sainte-Suzanne, Bras-Panon, La Possession, Le Port, Saint-Louis, L’Étang-Salé et Saint-Pierre. Sur le plan de la production d’eau potable, Runéo est l’acteur n°1 en termes de population desservie. En matière d’assainissement, la société gère les plus grandes stations d’épuration de l’île parmi lesquelles celle du Grand Prado à Saint-Denis, celle de Saint-Pierre et celle du Port-Possession, sans oublier l’ensemble des équipements assainissement gérés pour le compte de la CASUD.
Le Mémento : Runéo est une filiale de Veolia mais dispose de sa propre identité. Pouvez-vous nous en dire plus ?
S. L. : L’aventure réunionnaise a commencé en 1976 sous le nom de la Compagnie Générale des Eaux. Elle est devenue Veolia Eau Réunion puis Runéo en 2017, marquant ainsi son ancrage local. Aujourd’hui, Runéo est une société réunionnaise à part entière regroupant plusieurs entités, comme Dionéo, Eaux de la Possession, Sud Assainissement Réunion ou encore Grand Prado 360, créées pour les besoins spécifiques exprimés par les collectivités.
En 2025, nous avons renforcé notre position avec l’acquisition de l’entreprise Vidange Service, ce qui nous permet de diversifier nos offres et de toucher davantage de clients privés. Forte de cette acquisition, Runéo, ce sont aujourd’hui près de 350 collaborateurs porteurs de valeurs fortes qui sont défendues au travers de certifications ISO : 9001 pour la qualité, 14001 pour l’environnement, 50001 pour la performance énergétique, 45001 pour la sécurité au travail, 37001 pour l’éthique et la conformité… Des démarches fortement attendues, sinon exigées par nos partenaires publics.
Le Mémento : Quel a été votre parcours avant de prendre la direction de Runéo ?
S. L. : L’eau a toujours été une vocation. Après une formation d’ingénieur spécialisée dans ce domaine, j’ai intégré Veolia Eau en 1992. J’ai gravi les échelons en occupant successivement des fonctions opérationnelles : responsable d’usine, directeur d’exploitation, mais aussi plus stratégiques, comme directeur commercial ou directeur de centre opérationnel.
J’ai déjà travaillé à La Réunion, entre 2008 et 2013 où je dirigeais les exploitations. J’y suis revenu en septembre 2024 pour prendre la direction générale de Runéo.
Le Mémento : En quoi cette expérience vous est-elle utile aujourd’hui ?
S. L. : Mon parcours m’a permis de développer une vision à 360° des métiers de l’eau et de l’assainissement. J’ai une bonne connaissance des réalités opérationnelles mais aussi des enjeux contractuels, commerciaux et humains.
Le fait d’avoir déjà exercé à La Réunion est un atout majeur. Le contexte insulaire implique une certaine autonomie, notamment en raison de l’éloignement géographique, mais aussi une grande capacité de réaction, surtout lors des crises climatiques. C’est aussi un territoire où la cohésion interne est primordiale.
À La Réunion, on travaille avec des équipes plus réduites qu’en métropole mais il existe un véritable esprit de solidarité. Chacun connaît son rôle, ma mission consiste à coordonner l’ensemble de nos métiers (RH, finances, relation consommateurs, exploitation, qualité sécurité, commercial, communication) pour assurer la continuité et la qualité de service à nos clients.
Le Mémento : Comment impliquez-vous vos équipes sur les enjeux environnementaux et sociétaux ?
S. L. : Nous bénéficions de la dynamique impulsée par le Groupe Veolia, très engagé sur ces sujets. Cette culture se diffuse localement à travers de nombreuses actions menées par Runéo. Nous comptons dans nos effectifs des ambassadeurs de la fresque du climat et menons des campagnes de sensibilisation à l’occasion d’événements comme la Journée mondiale de l’eau.
Au-delà de la communication, nous menons des actions concrètes. Par exemple, dans le cadre d’un contrat avec la ville de Saint-Denis, nous avons commencé à déployer des citernes individuelles pour renforcer la résilience face aux effets du changement climatique et à la rareté de la ressource en eau aux coupures d’eau.
Dionéo a récemment obtenu le label Employeur Pro-Vélo pour ses initiatives en faveur des mobilités douces. Nous sommes également engagés sur le plan de la santé publique. À ce titre, Runéo est la première entreprise privée de l’île à avoir signé la charte du PNNS (Programme National Nutrition Santé), avec le projet “Équilib’ Nout Barquette” en partenariat avec l’IREN et l’ARS.
Nous croyons beaucoup à l’ancrage local, notamment en matière d’insertion professionnelle. Chaque année, Runéo accueille 20 à 30 alternants dont une grande partie est ensuite embauchée. Elle valorise également les retours au péi.
Le Mémento : Quelles sont vos priorités stratégiques pour les mois et années à venir ?
S. L. : La sécurité de nos collaborateurs est une priorité absolue. Depuis mon précédent passage sur l’île, j’ai noté des progrès significatifs en matière de prévention et de sensibilisation à la sécurité. Mais nous devons aller plus loin.
Notre objectif est clair : tendre vers le zéro accident. Cela demande des efforts constants, mais c’est une responsabilité que nous devons pleinement assumer.
Autre priorité : la reconduction de nos contrats, car notre activité repose sur la confiance que nous accordent les collectivités.
Enfin, la croissance rentable et maîtrisée est un troisième axe de travail. L’acquisition de Vidange Service, début 2025 est une étape importante qui marque notre volonté de diversification avec une offre élargie pour les clients privés. C’est aussi la première opération de croissance externe menée par Runéo. Un signal fort de notre volonté de consolider notre ancrage et notre expertise locale.
Le Mémento : Des évolutions sont-elles prévues pour les usagers en matière de gestion de l’eau ?
S. L. : La digitalisation est déjà bien engagée. La quasi-totalité des démarches administratives peut désormais être réalisée en ligne. Depuis la signature du contrat Dionéo en janvier 2023, nous avons entamé le déploiement de compteurs intelligents à Saint-Denis. À la fin de l’année, pas moins de 60 000 compteurs seront équipés d’un module radio permettant un suivi plus précis des consommations, une détection rapide des fuites et une simplification des démarches pour les usagers. Ces outils nous aident à renforcer la relation de confiance avec les usagers, tout en optimisant la gestion de la ressource, un enjeu crucial dans un contexte de dérèglement climatique.
Le Mémento : Pour finir, peut-on s’attendre à de nouveaux progrès en matière de qualité de l’eau à La Réunion ?
S. L. : Des avancées significatives ont déjà été réalisées dans le cadre du Plan Eau DOM de 10 ans lancé en 2016. Ce programme a permis la création de plusieurs usines de traitement pour pallier aux problématiques d’eau trouble en lien avec les intempéries. Il reste quelques installations à finaliser, mais les résultats sont déjà visibles.
Concernant la distribution de l’eau, le territoire accuse un retard en matière de renouvellement des réseaux vétustes, un enjeu à traiter rapidement et à poursuivre sur le long terme. Sur le volet des pollutions de l’eau en revanche, nous sommes peu exposés aux PFAS comme l’a confirmé une campagne pro-active menée en 2024.
En revanche, la présence de certains pesticides justifie une vigilance, d’où l’importance des nouvelles infrastructures de traitement récemment entrées en service.

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