Créé il y a plus de 30 ans, le groupe SCTE intervient à La Réunion comme le spécialiste des métiers du nettoyage, de l’espace vert à la dépollution, des immeubles du tertiaire aux galeries commerciales. Rencontre avec ses deux dirigeants qui livrent au Mémento, la recette d’une croissance exceptionnelle.
Le Mémento : Bonjour messieurs, pourriez-vous vous présenter, nous rappeler votre parcours et vos fonctions ?
Pascal Leandri : J’ai 61 ans, je suis un industriel par nature, puisque depuis 35 ans, environ, je créé des entreprises dans le domaine des matériaux de construction à La Réunion. J’exerce également des fonctions patronales au sein de l’UNICEM. Et depuis deux décennies, je me suis lancé dans la diversification des services aux entreprises, avec notamment SCTE. Je suis le président du groupe aux côtés de Vincent Bernard qui lui, est directeur général opérationnel.
Vincent Bernard : J’ai 52 ans, lyonnais d’origine et arrivé sur le territoire il y a 22 ans pour diriger SCTE. Il s’agissait d’une petite entreprise de nettoyage à l’époque, je venais y apporter mon expertise en dépollution et des déchets dangereux.
À côté de cela, je suis également vice-président de la FEP – Fédération des Entreprises de Propreté de La Réunion, dont SCTE et ABC Entretien sont les membres fondateurs historiques.
Le Mémento : Après 17 ans d’activité, SCTE fait le choix de s’agrandir et de racheter ABC Entretien. Pourquoi ? Quel.le.s sont les changements / les évolutions que cela implique pour le groupe ?
PL : Il faut préciser que le souhait premier n’est pas de notre fait. C’est l’ancien dirigeant d’ABC Entretien, Pascal Epaud qui, partant à la retraite, souhaitait vendre sa société, et nous a contactés. Il ne voulait pas d’investisseurs venus de Métropole, et désirait que cela aille à l’économie locale. Comme on se connaissait et que l’on travaillait à partir des mêmes valeurs, il nous a proposé de regarder le dossier. C’était en octobre 2021. Et l’accord de reprise a abouti en mars 2022.
Pourquoi avoir accepté ? La grande idée c’est qu’en termes de stratégie, SCTE était un acteur diversifié comme on l’a dit mais on avait essentiellement une large clientèle tertiaire, industrielle et de résidences, alors qu’ABC est lui très spécialisé dans l’entretien et nettoyage du secteur de la grande distribution, des galeries commerciales, et des magasins spécialisés. Ce rachat permettrait une complémentarité de la clientèle et des secteurs d’activités. Aujourd’hui, on peut dire que SCTE et ABC interviennent sur une large palette de services.
Le groupe passe également de 250 à 400 salariés, et devient l’une des ETI les plus importantes de l’île.
Le Mémento : Quelles sont vos ambitions en devenant un groupe qui touche à tous les secteurs des métiers du nettoyage ?
PL : L’ambition est simple : que les clients soient satisfaits des prestations et que les collaborateurs soient épanouis dans leur métiers. Si on arrive à concilier ces deux choses, on aura tout gagné. Ce qu’il est intéressant de dire, c’est qu’en dehors de l’aspect RSE, ce rachat est aussi l’occasion pour nous d’adopter les meilleures pratiques de chaque société et ainsi s’améliorer.
VB : S’améliorer dans la qualité des prestations, dans le commercial, l’organisation administrative, dans les procédures adaptées et simplifiées, dans un but de satisfaction de la clientèle et du bien-être des collaborateurs. Il ne faut pas oublier que les métiers de la propreté, ce sont des travailleurs de l’ombre – il faut des équipes motivées pour réaliser ces tâches quotidiennes difficiles.
Le Mémento : Alors qu’il s’agit de métiers indispensables, d’autant plus depuis la crise sanitaire du COVID-19, on a souvent l’impression que les salariés du marché de la propreté ne sont pas valorisés à leur juste valeur. Comment faite-vous pour travailler cet aspect RSE dans vos entreprises ?
PL : À ce sujet, je tiens à préciser que la FEP, Fédération des Entreprises de Propreté a réalisé une enquête pour savoir si les gens étaient heureux de faire ce métier. Et paradoxalement à ce que l’on peut voir dans les médias, oui ils sont à 85%,« heureux d’exercer ce métier ».
Chez SCTE, on a voulu faire la même chose, interroger les collaborateurs. Via le magazine de communication interne. On a lancé une enquête de satisfaction anonyme et on a recueilli un pourcentage de satisfaction de 94%.
VB : Les questions portaient sur plusieurs aspects : « Est-ce que j’aime mon métier ? », « Est-ce que je me sens bien dans l’entreprise ? », et d’autres encore sur l’environnement de travail. Il faut savoir que chez SCTE, nous sommes très regardants sur ce point, en apportant du matériel ergonomique, du confort sur les postes de travail, et des produits techniques de haute qualité. Agir pour que les salariés se sentent bien, c’est aussi faire en sorte de réduire les accidents du travail et les maladies professionnelles qu’on sait nombreux dans ce secteur, mais dont le taux est plus faible qu’ailleurs chez SCTE.
Une autre façon de faire pour que les collaborateurs se sentent bien, c’est la façon dont ils sont managés. Dans ces métiers, la dimension sociale est extrêmement forte : temps partiel, horaires décalés, etc. Le management doit contribuer à leur épanouissement, à générer le moins de mal-être possible à défaut de chercher « le bien-être au travail ».
Le Mémento : Justement, M6 en a même fait une série tv, « les héros du nettoyage : mission propreté » qui va à la rencontre d’égoutiers, assainisseurs nettoyeurs, etc. Pensez-vous qu’il soit temps de changer l’image de ces métiers ? Comment les rendre attractifs notamment auprès des jeunes ?
VB : La question d’attirer les jeunes dans ces métiers est un vrai sujet, sur lequel d’ailleurs la FEP, de La Réunion et au national, travaille. Peu de gens ambitionnent d’être agents d’entretien mais peu aussi connaissent l’existence des formations internes et les possibilités d’évolution.
Ce sont des métiers où il existe une vraie technique et un savoir-faire qui s’acquièrent bien loin de la femme de ménage classique. À savoir également que lorsque l’on rentre chez SCTE, il faut suivre une formation sur les protocoles et les techniques de nettoyage propres à l’entreprise, sur les bons gestes et les bonnes postures. Cela sert avant tout à préserver l’outil de travail, c’est-à-dire la santé des salariés.
Il faut aussi souligner qu’il existe peu, voire aucun organisme de formation à La Réunion, qui permettent d’évoluer sur la palette des métiers existants dans ce secteur, contrairement à La Métropole. Ce n’est pas très positif de le dire, mais c’est une difficulté en local que nous rencontrons, on manque de potentiel et on souffre de l’éloignement. Pour y pallier, on organise plusieurs formations en interne pour permettre à nos collaborateurs d’évoluer.

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