La spécificité du territoire insulaire nous pousse à l'innovation !

Le Mémento : Pouvez-vous nous en dire plus sur vous et votre parcours ?

Géraldine Neyret : Je suis Géraldine Neyret, j’ai 40 ans. À l’issue d’études en banque, en alternance, j’ai rejoint le groupe Unibail-Rodamco-Westfield. De 2007 à 2011, j’ai opéré au sein de la division bureau, à la gestion d’actifs, investissement et développement des bureaux parisiens. J’ai ensuite intégré l’équipe développement pour, en qualité de directrice de programme, livrer le centre commercial “So Ouest” de Levallois Perret.

À l’issue de cette expérience, j’ai pris la tête de l’équipe des investissements bureaux que je connaissais bien, puis en 2018, celle des opérations Retail France, en charge des centres commerciaux français de la foncière. Fin 2019, j’ai été contactée par un cabinet mandaté par CBo dans le cadre de la succession de son PDG.

Le Mémento : Comment s’est passée la rencontre avec le groupe immobilier ?

Wuillai. Une rencontre que je qualifi erais d’impactante ! J’ai trouvé le projet intéressant, l’entreprise riche autant qu’atypique. Travailler 60 ha, ça n’arrive jamais pour un opérateur privé ! En outre, si durant ma carrière j’ai eu l’occasion de travailler sur des tours de 60.000m2 (ce n’est même pas la taille de tous les bureaux de CBo), de telles réalisations même à la Défense, vont avoir éminemment moins d’impact qu’un “Beauséjour” à La Réunion. L’opportunité de développer une vision très globale articulant mix merch, ville, services… au bénéfi ce du mieux-vivre ensemble, m’est apparue comme une démarche résolument moderne.

J’ai également été impressionnée par Lizine by CBo, la fi liale de coworking du groupe créée en 2016. Cette même année, j’avais été envoyée en mission à New-York pour évaluer l’opportunité de développer le co-working à Paris à l’instar de ce que WE work faisait aux États-Unis. J’ai été stupéfaite de voir qu’une entreprise performante du Cac 40, était seulement en train d’envisager l’opportunité, quand dans un petit territoire de l’océan Indien, c’était déjà une réalité mise en place par CBo.

Le Mémento : Comment expliquez-vous la capacité d’innovation du territoire ?

G. N. : Il y a une réalité structurelle du territoire qui pousse à l’innovation. Quand on est isolé sur un caillou, on est obligé d’avoir de bonnes idées. Mais il y a aussi une autre réalité : sur des marchés profonds, on peut se permettre de se spécialiser dans un secteur…

À La Réunion on est obligé d’être diversifié. Si on veut avoir une taille critique suffisante, il faut élargir son champ d’activité. C’est un formidable moteur pour créer des concepts.

Le Mémento : Comment se traduit le glissement de directrice des opérations à directrice générale adjointe ?

G. N. : La direction des opérations consiste à animer les opérationnels qui imaginent, montent, réalisent, vendent, louent ou même qui gèrent les projets et actifs immobiliers. L’objectif étant de succéder au PDG, j’ai rapidement été nommée directrice générale adjointe et donc eu l’opportunité de toucher à l’ensemble des facettes de la gestion d’une société cotée.

La difficulté étant, qu’au-delà de piloter l’opérationnel, il faut maîtriser les contraintes règlementaires liées aux reportings fi nanciers, la communication financière et le lien avec le conseil d’administration. Pour moi c’était une véritable découverte.

Le Mémento : C’est sur cet aspect (financier) que vous avez tiré profi t de l’expertise de votre prédécesseur ?

G. N. : Ce n’est pas nécessairement sur cet aspect de gestion que la passation a été riche. En revanche, là où l’expertise d’Eric Wuillai a été fondamentale, c’est dans sa façon d’appréhender le territoire, son histoire.

La culture économique réunionnaise est très spécifi que : un monde non institutionnel, un territoire fi ni caractérisé par le mélange de cultures, des partenariats historiques… qui orientent à toujours être dans des partenariats gagnants-gagnants, à mieux partager et faire les choses de façon intelligente et durable.

Le Mémento : Une durabilité inscrite au coeur de la feuille de route élaborée avec Eric Wuillai ?

G. N. : Impact pei 2030 c’est son nom, cristallise eff ectivement nos engagements mais en réalité elle n’est que le prolongement d’une démarche initiée dès la création de CBo et matérialisée par une charte élaborée en 2012. Mon action s’inscrit dans la poursuite de ce qui est fait depuis l’origine, parce que l’activité de CBo est foncièrement durable. Quand vous êtes la principale foncière d’un territoire, vous ne pouvez pas avoir une vision à court terme, vous devez inclure à votre réflexion les notions de mixité sociale, de vivre ensemble et de durabilité.

L’objectif est d’apporter un bénéfice à la densification urbaine, en construisant de beaux immeubles, agréables à vivre, en laissant de la place aux espaces verts et jardins partagés, en apportant des services de qualité, des commerces qui vont animer le quartier.

À Beauséjour, par exemple, nous avons favorisé l’implantation de commerces de grande qualité en leur proposant des loyers modérés, et ainsi accompagné le développement de la ville. C’est ça une vision à long terme. De par son parcours très riche, mon prédécesseur était visionnaire sur tous ces sujets.

Le Mémento : Lorsque vous arrivez, Beauséjour était déjà bien avancé. Avez-vous pu néanmoins apporter votre pierre à l’édifice ?

G. N. : Beauséjour a vu sa première pierre posée en 2009. Lorsque je suis arrivée, je n’ai eu qu’à dérouler le plan. Je suis néanmoins parvenue à développerquelques concepts innovants. Une fois tous nos commerçants installés, nous avons cherché à initier un concours “incubateur du commerce”.

La rencontre avec Initiative Réunion a donné naissance à la première “boutique à l’essai” de l’île. Sur le quartier d’affaires de La Mare sur lequel nous travaillons en continu, nous disposions d’une friche industrielle sur laquelle nous avons pu permettre l’installation du premier club de Padel indoor de l’île. L’idée générale étant d’apporter toujours plus de vie dans les quartiers que nous avons bâtis avec une vision à 360 degrés.

Le Mémento : Améliorer l’existant est l’une de vos missions ?

G. N. : C’est vrai, en particulier sur le volet bureau et notamment la réflexion que nous devons mener autour du télétravail. Je pense que le lien social est fondamental et c’est ce que les collaborateurs recherchent au sein de l’entreprise. Ce besoin est d’autant plus fort à La Réunion culturellement très axée sur l’échange. Pour cette raison, le télétravail ne prend pas véritablement à La Réunion en dépit des problématiques de mobilité et de transports.

Mon ambition est de développer des cadres de travail qui donnent envie d’aller au bureau, et continuer à développer l’habitat dans des formes de plus en plus innovantes, tout en maintenant l’équation économique.

Le Mémento : Vous sentez-vous les épaules pour faire sortir de terre un nouveau Beauséjour ?

G. N. : Il y a des projets dans les cartons, pas forcément un Beauséjour bis. En outre, je ne travaille pas seule. J’ai la chance d’être entourée d’une équipe pluridisciplinaire (urbanistes, architectes, spécialistes de la biodiversité) très attachée à faire vivre l’héritage d’Eric Wuillai : une approche environnementale de l’aménagement. C’est le travail de cette petite équipe (moins de 50 salariés) qui m’a surprise par son énergie, en résonnance avec le dynamisme économique du territoire…

Le Mémento : CBo est également présent à Mayotte, un territoire qui exprime de réels besoins en termes d’aménagement.

G. N. : Quand on construit un centre commercial (en l’occurrence à Combani), alors qu’il n’y en a que deux sur l’île, c’est éminemment satisfaisant de se dire qu’on va rendre service à des gens qui doivent rester plusieurs heures dans les embouteillages pour aller acheter un tee-shirt. Encore une fois, c’est très réjouissant de constater l’impact de notre action sur un territoire.

Nous sommes très animés par ce que nous réalisons à Mayotte, quand bien même cela reste très compliqué. Toutes les contraintes que nous connaissons à La Réunion (problématiques sociales, nombre réduit d’acteurs, de concurrence, prix très élevés…) y sont exacerbées.


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