Le hollandais Arien Block est le premier à avoir décrit l’île qu’il découvre en 1612. Elle porte alors le nom de Mascarenhas. Dans ce qu’il décrit, sont mentionnés des cabris et des boeufs “ce qui veut dire que d’autres sont venus avant lui pour les déposer. Ce qui veut dire aussi, que toute notre histoire n’est pas élucidée”, rappelle le conférencier qui poursuit :
“L’île a ainsi successivement eu une identité arabe (Dina Morgabine), une double identité portugaise (Santa Apolonia et Mascarenhas), une identité anglaise fugitive et passagère (England Forest). À compter de 1649, le Capitaine Lebourg venu pour enterrer les 12 hommes qui y avaient été exilés, relève également la mission de la renommer. L’île prend alors le nom de Bourbon.
La Réunion est le fruit d’une tête coupée.
L’île entre dans l’histoire moderne en 1793. En France, la bascule dans une époque di érente s’est opérée à partir de 1789 avec une cristallisation le 25 septembre 1792, date à laquelle la République est proclamée.
Le 21 janvier 1793, Charles-Henri Sanson présente à la foule la tête de Louis XVI, fraîchement décapité. De cet évènement politique majeur, découlera la volonté d’e acer dans tout l’espace public français, toute trace de la royauté. Louis XVI appartenant à la maison des Bourbon, sera déboulonné ce qui doit être déboulonné, exhumé ce qu’il faut exhumer… et de façon plus urgente, une île lointaine qui s’appelle Bourbon, sera débaptisée.
Deux ministres vont faire des propositions. Le premier, Pierre Riel de Beurnonville propose Jemappes (au regard de la bataille remportée en novembre 1792 par la France républicaine face aux Prussiens). Suite à son remplacement au ministère de la Marine et des Colonies, le mathématicien Gaspard Monge lui préère le terme La Réunion correspondant davantage à l’idéal républicain.
Un nom rejeté par les habitants
La décision fera l’objet d’un vote à la Convention. Dans l’ile, le décret est examiné par l’assemblée coloniale et le gouverneur Vigoureux du Plessis qui le valide le 8 avril 1794. Reste que ce royaliste, a toujours marqué son aversion pour le terme. Une aversion partagée par la population qui ne veut pas de ce nom et ce, pour différentes raisons.
La première : il lui est imposé sans consultation et sans explication. La deuxième: cela fait 144 ans que l’on naît bourbonnais de père en ls ! “Depuis 144 ans dans ce pays, les gens s’échinent à faire de la qualité et de l’excellence.
La qualité Bourbon est connue dans le monde entier. Le meilleur coton au monde, côté au marché de Londres, est produit à Saint-Leu. Les Bourbonnais étaient également réputés pour être les meilleurs tireurs au monde : l’arme secrète des armées de Suffren” Rappelle Mario Serviable.
Le rayonnement des Bourbonnais sur le bassin géographique est en outre considérable : “Les Bourbonnais ont été la population ancestrale de l’ensemble des îles créoles de l’océan Indien. Il y a plus de Hoarau, de Payet, de Mondon, de Morel… au cm2 aux Seychelles qu’à La Réunion” s’amuse le géographe
Nouveau changement de nom.
Pour remplacer La Réunion, ceux qui y vivent choisissent un nouveau nom : ce sera l’Île Napoléon. Impossible ! leur rétorque-t-on, ce dernier ayant déjà été choisi par l’île de France (aujourd’hui Maurice). Leur second choix se porte alors sur Bonaparte. “Sans attendre quoi que ce soit de qui que ce soit, les habitants de l’île, le 15 août 1806 proclament s’appeler dorénavant île Bonaparte. Ce nom restera e ectif de 1804 jusqu’à 1810, date à laquelle les Anglais envahissent et démantèlent toute la France de l’océan Indien.
Or, s’il y en a qui ne peuvent décidément pas souffrir un Bonaparte, ce sont bien les Anglais” s’amuse encore le conférencier. On repart donc sur Bourbon “ce qui fait que de façon cumulée, les 144 ans plus la période allant de 1810 à 1848, le territoire s’est appelé plus longtemps (dans notre histoire connue) Bourbon que La Réunion” note Mario
Serviable.
La fierté, un processus long.
Le nom de La Réunion va revenir en 1848 et cette fois-ci ce n’est plus Monge mais Arago qui décide par un simple arrêté de redonner au territoire son titre d’île de La Réunion. Un titre qui ne fera l’objet d’une acceptabilité sociale, qu’au XXe siècle. En 1925, après la Grande Guerre et les grandes épidémies, la vie reprend son cours au travers d’une exposition commerciale : “La erté commence à eurir. On s’intéresse à nous, on s’intéresse à notre production”.
En 1925 la Réunion décide de xer son identité héraldique et choisit le Saint- Alexis, le Piton des Neiges, la eur de lys (monarchie), les abeilles (symboles de Napoléon), deux lianes de vanilles coupées (la canne étant été déjà choisie par Maurice) et adopte la devise de la Compagnie des Indes orientales : “Florebo quocumque ferar”, “je eurirai partout où je serai porté”. L’identité de La Réunion est xée et partagée : On a des choses à montrer au monde.
La fierté d’être Réunionnais va s’installer. Elle fleurira pleinement avec la Grande Guerre à travers la gure du plus grandaviateur de l’armée française : Roland Garos. Cette ierté “d’être Réunionnais” sera renforcée par la loi de départementalisation et l’émergence de l’identité 974.

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