Gerard Lebon Gerant de stations-service, President du SRESS et de la CPME

Le Mémento : Vous êtes titulaire d’un DEUST Gestion des PME et d’une Maîtrise de sciences de gestion. Avez-vous toujours eu l’intention de diriger une entreprise ?

Gérard Lebon : Pas du tout ! Après avoir effectué ma préparation militaire, je souhaitais embarquer sur un bateau de la Marine nationale et voir le monde. La vie en a décidé autrement, je suis tombé amoureux et suis resté sur la terre ferme.

Le Mémento : Comment avez-vous découvert le monde entrepreneurial ?

G. L. : Après mes études, j’ai intégré un cabinet de commissariat aux comptes qui m’a permis de renouer avec la comptabilité et l’analyse financière, moi qui m’étais plutôt orienté vers la com et le marketing. Une expérience de trois ans qui m’a offert un beau panorama de la vie économique de La Réunion et qui, encore aujourd’hui, m’apporte beaucoup.

Le Mémento : Comment vous êtes-vous retrouvé à évoluer dans l’univers des stations-service ?

G. L. : Mes parents, qui avaient pris la gérance d’une petite station-service dans les hauts de Saint-Paul ont décidé de la moderniser. Confrontés à de nouvelles technologies, ils ont fait appel à moi pour les épauler. Ce que j’ai fait en parallèle de mon activité de commissariat aux comptes, jusqu’au jour où j’ai été amené à faire un choix.

Le Mémento : En 30 ans comment analysez-vous l’évolution de la distribution de carburant dans l’île ? Le nombre de stations est-il resté stable ?

G. L. : Aujourd’hui, on dénombre plus de 160 stations et il y a encore quelques projets dans les cartons. C’est pour nous un sujet d’inquiétude. Le marché ne croît plus et nous avons de plus en plus de stations, ce qui pose des soucis en termes de rentabilité comme de pérennité. Il est de plus en plus compliqué de gérer une station-service. L’une des raisons de cette complexification, c’est le nombre de stations-service dans l’île.

Le Mémento : Quels sont les évènements qui ont bouleversé le secteur ?

G. L. : Le plus impactant, c’est la mondialisation. Autrefois, les pétroliers sur site n’étaient pas aussi intégrés aux groupes mondiaux. Depuis quelques années, nous sentons une pression et constatons une modification de la façon dont nous devons gérer nos stations. Nous ne pouvons plus gérer ces dernières comme autrefois, à savoir au travers du lien de confiance noué dans le temps.

Aujourd’hui, un directeur reste trois ans et puis s’en va. Cela met à mal la dynamique de la relation humaine basée sur la confiance.

Le deuxième grand changement découle de la capacité qui fut la nôtre, à répondre aux besoins du marché : on a commencé avec des pompes, on a ensuite eu des petites boutiques qui se sont agrandies. L’activité s’est énormément diversifiée. Aujourd’hui, au sein de nos stations-service, nous vendons de l’électricité (pour l’automobile) mais nous proposons aussi de la restauration.

Le Mémento : L’activité d’une station dépend-elle fortement du prix à la pompe ?

G. L. : Si le poste automobile pèse lourdement sur le budget des Réunionnais.e.s, notre activité ne fluctue pas tant que ça sous l’évolution des prix. Il faut dire que nous n’avons jamais atteint les seuils de Métropole et sommes toujours restés en deçà des 2 €/l.

De fait, pour l’heure, nous n’avons pas vu les habitudes de comportements changer radicalement. On a des ralentissements comme des accélérations saisonnières mais les volumes sont stables. En revanche, lorsqu’une station se construit, qu’une route ouvre (ou ferme), cela impacte directement notre fonctionnement.

Le Mémento : En 2007, après avoir été le fidèle lieutenant du Président du Syndicat Réunionnais des Exploitants de Stations-Service, vous accédez à cette fonction que vous occupez depuis lors. Quelles sont vos missions ?

G. L. : Elles sont multiples : l’accompagnement des chefs d’entreprises, la défense de la profession des attaques diverses et variées. En plus d’être une profession exposée, nous avons un système administré unique dans les outre-mer. Nous nous attachons à le défendre puisqu’il permet à la fois l’encadrement des prix, l’embauche locale, le maintien du lien social. Nous sommes véritablement convaincus que c’est le “moins pire” des systèmes.

Le Mémento : Si ce modèle ultramarin venait à disparaître, quel pourrait être l’impact sur l’emploi au sein des stations-service ?

G. L. : Si toutes les stations fonctionnaient avec des automates, on pourrait perdre jusqu’à 100% des pompistes, lesquels représentent 2/3 de nos effectifs. Pour l’heure, sur les 160 stations de l’île, un peu plus d’une dizaine fonctionnent la nuit, uniquement avec des automates. Ce n’est pas la voie que nous souhaitons suivre.

Le Mémento : Quelles sont les qualités que vous devez mobiliser en tant que président du SRESS ?

G. L. : La bienveillance et l’empathie. Je pars du principe que tout le monde veut bien faire. Donc on le fait ensemble. Après quand il faut durcir le ton, je sais le faire aussi !

Le Mémento : Un esprit positif que l’on retrouve dans votre action au sein de la CPME ?

G. L. : Lorsque je suis devenu président de la confédération il y a trois ans, le SRESS était proche de la CPME. J’ai poursuivi cette démarche parce qu’il me semblait essentiel pour un syndicat local d’avoir une fenêtre sur l’Hexagone. Je pensais, à raison, pouvoir m’appuyer sur des relais forts afin de toucher les ministères lorsque nous avions à sensibiliser les politiques sur les problématiques d’un système administré, régulièrement secoué. Aujourd’hui, mon action en tant que président de l’organisation s’étend au-delà des problématiques de la distribution de carburants mais l’axe de mon action syndicale est inchangé : améliorer le quotidien des chefs d’entreprises. Je représente, défends et accompagne plus de 400 adhérents mais je sais par expérience que, lorsqu’il y a un enjeu fort, nous sommes bien davantage. Les gens se mobilisent autour de la CPME parce que notre petit dénominateur commun c’est que nous sommes tous propriétaires de nos entreprises.

Le Mémento : Quelles sont les menaces qui pèsent aujourd’hui sur les TPE/PME ?

G. L. : Elles sont nombreuses et inhérentes à la politique économique du pays, aux modifications de notre environnement par le progrès, lequel peut tuer une entreprise mais aussi lui donner des ailes ! Aujourd’hui, nous nous battons sur le maintien de la LODEOM, de l’octroi de mer. Le territoire doit en effet disposer d’un outil qui lui permette de continuer son développement économique en protégeant ses activités de production. Un outil financier qui lui permet d’avoir la main sur son destin. Reste que plus que les difficultés, ce qui me passionne, ce sont les opportunités qui se présentent à nous.

Le Mémento : Quelles sont-elles ?

G. L. : Depuis ma prise de fonctions, je reste émerveillé par le dynamisme, l’ingéniosité, la capacité d’adaptation de nos chefs d’entreprises. Je suis intimement convaincu que La Réunion, terre du vivre-ensemble, est aussi une terre de flamboyance. Nous avons la capacité de nous ouvrir sur le monde et d’emmener avec nous tous les Réunionnais.e.s. Pour cela, nous avons besoin d’avoir davantage confiance en ce que nous sommes, pour aller nous projeter sur d’autres territoires et trouver de nouveaux marchés. Nous avons certes des faiblesses, des handicaps mais nous avons aussi et surtout des forces qu’il faut utiliser. Lorsqu’on voit ce qu’est l’économie réunionnaise aujourd’hui dans le monde ultramarin, nous n’avons absolument pas à rougir.

Le Mémento : La CPME aide également les entreprises du territoire à s’emparer des enjeux de RSE ?

G. L. : Nous accompagnons les acteurs du territoire à se tourner vers un développement respectueux et à intégrer tout ce qui permet de contenir notre empreinte négative. C’est une chose que nous portons parce que je ne supporte pas les entreprises qui viennent, ponctionnent et s’en vont. Une entreprise a certes pour vocation de gagner de l’argent mais elle est aussi un vecteur de cohésion sociale. Les relations humaines sont indispensables pour exister et s’épanouir dans son travail. En revanche, le travail ce n’est pas un espace de jeux. J’ai du mal à entendre que l’entreprise doit absolument s’adapter aux exigences de ses collaborateurs et défends l’idée que si nous devons évidemment intégrer les problématiques de ces derniers, l’entreprise ne peut pas tout. Les gouvernements successifs se trompent en pensant que l’entreprise va pouvoir pallier tous les manquements de la société.

Je reste néanmoins un grand optimiste en matière de relations humaines. Pour paraphraser Grand Corps Malade et Aznavour, je suis convaincu que “l’homme est un solitaire qui a besoin des autres”.


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