Dans l'exposition présentée à Kélonia, à Saint-Leu, intitulée "Reptiles de La Réunion", on traverse une autre époque: celle des reptiles disparus de La Réunion. Et le voyage n'est pas qu'un simple retour en arrière, c'est une reconstruction documentée, une expérience visuelle et scientifique, qui mêle dessins, archives, pédagogie et émotions.
L'exposition rend ces chiffres visibles. Une frise chronologique raconte comment l'arrivée des humains, des animaux domestiques, de l'agriculture, a bouleversé l'équilibre.
Des panneaux pédagogiques expliquent les mécanismes : prédation, destruction des habitats, compétition alimentaire, maladies introduites... Des processus souvent discrets, mais dévastateurs.
Les femmes derrière la fresque.
Au cœur de l'exposition, la fresque prend la main et emmène. Entièrement dessinée à la main, elle reconstitue les paysages réunionnais d'avant. Deux illustratrices, Judith Gueyfier et Alice Lauret, ont travaillé plusieurs semaines à la création de ces scènes. Leurs dessins mêlent encre de Chine, lavis bleu, et une grande rigueur documentaire. Chaque animal est replacé dans son environnement naturel. Après un long travail, le résultat est saisissant: on ne lit pas une histoire, on la traverse. Il en est ressorti un travail de reconstitution minutieux.
Le silence des animaux absents se fait entendre dans le vide des dessins.
Reptiles ou sauropsides ? Une question de science.
Ce qu'on apprend aussi dans l'exposition, c'est que le mot "reptile" est devenu flou. Dans la classification moderne (la phylogénie), les animaux ne sont plus classés juste par leur apparence, mais par leur parenté génétique. Résultat : les reptiles, tels qu'on les connaît (serpents, tortues, lézards, crocodiles), sont regroupés avec... les oiseaux. Oui, les oiseaux sont les cousins des reptiles. Tous ces animaux forment ensemble un groupe qu'on appelle les sauropsides. Ils ont un ancêtre commun vieux de 300 millions d'années, un vertébré tétrapode qui pondait des œufs avec une enveloppe protectrice : les amniotes. Ce savoir scientifique, loin d'être un détail, remet en perspective toute l'histoire évolutive des espèces que l'on observe dans l'exposition.
Un parcours immersif et responsable.
La scénographie de l'exposition a été conçue pour respecter le rythme du visi-teur. On avance entre les panneaux comme dans un paysage, pas dans un musée figé. Le lieu invite à l'observation lente.
Et surtout, dans une démarche écoresponsable, 70% des matériaux utilisés pour la construction de l'exposition sont issus du recyclage. Le geste est discret, mais cohérent. On parle de biodiversité, mais on la respecte aussi dans les choix de fabrication.
Une exposition vivante pour des espèces disparues.
Ce que réussit cette exposition, c'est de rendre visibles des absents. De faire exister, par le dessin, la mise en scène et la trans-mission, un monde disparu sans en faire un drame figé. On n'est pas dans la nostalgie. On est dans la connaissance, dans la reconstruction, dans l'apprentissage.

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