À 31 ans, après avoir succombé à sa passion pour la mode et intégré de prestigieuses maison de hautecouture, Émile Camalon est rentrée au pays pour rejoindre l’entreprise familiale. Forte de son expérience, elle a fondé sa propre société : STLC. Aujourd’hui, la jeune femme prend en charge l’ensemble de la chaîne logistique : de la récupération des véhicules sur les quais, à la livraison en concessions en passant par le stockage.
Le Mémento : Pouvez-vous nous présenter STLC ?
Émilie Camalon : STLC est une entité créée il y a trois ans et intégrée au Groupe familial Transports Camalon fondé par mon père en 1990, au sein duquel travaille également ma mère, ancienne professeure. Le Groupe intègre aussi la société de Transport Camalon Fille, spécialisée dans le transport frigorifique et sec, et qui a vu le jour il y a 9 ans grâce à ma sœur Audrey.
Le Mémento : Quelle niche avez-vous identifiée pour ne pas faire de concurrence aux nombreuses activités familiales ?
É. C. : J’ai choisi de me spécialiser dans le secteur du transport de véhicules, lequel constitue l’essentiel de mon activité même si je développe en parallèle une petite activité de transport d’agrégats.
Le Mémento : A-t-il été compliqué de trouver votre place sur un marché si concurrentiel ?
É. C. : Les débuts ont en effet été compliqués. À La Réunion, trois grands groupes automobiles se partagent le marché et ne peuvent compter que sur 4 transporteurs en capacité d’opérer le transport de leurs véhicules. Aujourd’hui, je peux dire que j’ai trouvé ma place en me distinguant notamment grâce à des prestations de qualité.
Le Mémento : Vous êtes née trois ans après la création de l’entreprise familiale. Avez-vous toujours souhaité évoluer dans l’univers du transport ?
É. C. : Au contraire, j’en ai tellement entendu parler que je ne voulais pas y travailler !
Le Mémento : Vers quoi vous êtes-vous orientée ?
É. C. : J’ai un parcours assez atypique puisqu’après avoir obtenu mon diplôme de comptabilité et de gestion à L’INES Paris, je me suis dirigée vers le cursus MBA management de la mode de MODART International. J’ai ensuite exercé au sein de grandes maisons de haute couture, en qualité de commerciale BtoB puis responsable commerciale.
Le Mémento : Pourquoi avoir quitté ce milieu prestigieux ?
É. C. : Je souhaitais revenir aux sources et aider mes parents qui m’ont confié la responsabilité comptable de leur société. Après 2 ans à ce poste, en décembre 2020, j’ai décidé de lancer ma propre activité.
Le Mémento : Une activité totalement inédite au sein du Groupe. En quoi cette dernière est-elle spécifique ?
É. C. : Les camions porte-voiture, par exemple, sont très spécifiques. On ne peut pas en acheter à La Réunion ni neufs, ni d’occasion. Il faut aller les chercher en Métropole. J’ai également choisi de privilégier des camions récents voire neufs, dans l’objectif de minimiser les pannes.
Le Mémento : De combien de porte-voitures STLC est-elle dotée ?
É. C. : Nous avons trois véhicules d’une capacité de 10 voitures. Doter la société de véhicules affichant la plus grande capacité possible était un choix stratégique visant à répondre à la problématique des concessionnaires qui, à l’arrivée du bateau, se doivent de procéder à l’enlèvement rapide des véhicules dans l’objectif de réduire les frais de magasinage conséquents.
Le Mémento : Quels sont vos clients et combien de salariés employez-vous ?
É. C. : Aujourd’hui, je travaille avec un grand Groupe automobile mais aussi des concessionnaires, des loueurs de voitures et des transitaires. La société compte quatre chauffeurs puisqu’elle dispose également d’une semi-benne dédiée au transport d’agrégats.
Le Mémento : Comment êtes-vous parvenue à créer votre propre identité et vous distinguer de l’entreprise familiale ?
É. C. : En développant mon propre management et ma propre relation avec mes clients. Pour cela, je m’appuie sur un fort esprit d’équipe. Je suis à l’écoute de mes salariés et ne leur mets pas la pression. L’essentiel est que le travail soit réalisé et que les salariés reflètent l’image de qualité de la société. Mais quand il faut dire que ça ne va pas, je sais le faire ! J’ai également fait le choix d’être très transparente et très ouverte à leurs propositions, ce qui fait que ces derniers ont vraiment le sentiment d’être impliqués dans l’entreprise. J’ai beaucoup de reconnaissance envers ces collaborateurs qui bénéficient par ailleurs de très bonnes conditions de travail.
Le Mémento : Quelles sont les difficultés rencontrées aujourd’hui par votre secteur d’activité ?
É. C. : Principalement la contraction du marché. Au premier semestre 2024, les ventes d’automobiles à La Réunion ont chuté de 10%. Concernant les véhicules électriques qui représentent aujourd’hui environ 15% du marché, après la hausse de 30% enregistrée en 2024, les volumes ont commencé à stagner, voire diminuer légèrement du fait de facteurs multiples : contexte inflationniste, hausse des taux d’intérêts bancaires, Bonus Malus Écologique revu à la baisse…
Par ailleurs, en tant que membre de l’association de Sécurité routière ASSER (dont l’objet est la sensibilisation des professionnels à la sécurité routière), j’ai pris connaissance de la mise en place d’une nouvelle réglementation (GSR 2) qui va conduire à la mise en application obligatoire des dispositifs de sécurité à l’intérieur des véhicules de transport. Depuis le 7 juillet, tous les véhicules neufs doivent ainsi être équipés de systèmes tels que le régulateur de vitesse automatique intelligent, d’alertes anti-somnolence. Le coût d’acquisition des véhicules va donc augmenter. Pour l’heure, nous n’avons pas d’obligation à équiper nos véhicules, mais cela pourrait arriver et nous devons nous y préparer. C’est compliqué mais cela nous oblige aussi à nous réinventer, à proposer d’autres services à nos clients.
Le Mémento : La sécurité est l’une de vos principales priorités. Quelles sont vos actions pour l’optimiser ?
É. C. : Mes salariés sont formés en continu pour être en capacité de répondre aux évolutions du marché. Les véhicules électriques, par exemple, doivent être chargés les derniers pour pouvoir agir rapidement en cas de départ de feu. C’est aussi pour cela que j’ai intégré l’ASSER. La notion de sécurité est très importante pour ceux qui circulent tous les jours au volant d’un 44 tonnes. Pour cette raison, nous proposons à ces derniers de participer à des journées d’information mensuelles ainsi qu’à différentes manifestations dédiées à la sécurité routière. Nous devons aussi montrer aux Réunionnais qu’en tant qu’entreprise de transport, nous faisons de la sécurité une préoccupation de tous les jours.
Le Mémento : Comment cela se traduit-il dans votre taux d’accidentologie ?
É. C. : Depuis le démarrage de STLC, nous avons eu zéro accident. Il faut aussi savoir que je m’attache à m’entourer de chauffeurs expérimentés ayant de nombreuses années d’expérience.
Le Mémento : Vous livrez des véhicules sur toute l’île ? Où avez-vous choisi de positionner vos camions ?
É. C. : Dans l’Ouest, sur notre site de Cambaie où en parallèle à notre activité de livraison, nous proposons du stockage de véhicules. La société dispose de deux sites de stockage : 2500 m² à Saint-Paul et 4000 m² à Quartier Français. J’ai fait ce choix pour répondre au contexte de surstockage que connaît l’île. Depuis 2023, l’offre de véhicules est plus importante que la demande. Cela nous a obligés à nous réinventer pour répondre aux besoins du marché.
Le Mémento : Comment voyez-vous votre entreprise dans 10 ans ?
É. C. : Avec encore davantage de porte-voitures ! J’aimerais également me diversifier dans d’autres domaines d’activités. Si j’aime beaucoup le transport et que je suis très attachée au Groupe familial que je veux contribuer à développer tout en gardant ma propre identité STLC, je souhaiterais aussi me déployer dans des secteurs totalement différents : la mode notamment !
Par ailleurs, mon conjoint est en train de reprendre une entreprise familiale spécialisée dans l’assurance. Une belle occasion de me lancer dans ce domaine à ses côtés ! Je suis une femme très active. J’ai été salariée dans la mode et j’ai beaucoup aimé cette expérience qui m’a notamment offert de beaucoup voyager. Je pense aussi que la mode m’a donné le goût des challenges, m’a appris à être visionnaire, à m’appuyer sur les échecs pour devenir plus performante.

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