Lorsque nous le rejoignons sur le site de l’Étang du Gol qu’il affectionne, nous trouvons Johny Lebon plongé dans la lecture de “Cent ans de solitude”, chef-d’œuvre de la littérature colombienne qui retrace la fondation, la grandeur et la décadence d’un petit village isolé d’Amérique du Sud. S’il n’est pas (encore) en lice pour le Nobel de littérature, Johny Lebon est un écrivain réunionnais talentueux, doublé d’un amateur d’histoire très consciencieux. Depuis plus de 10 ans, il s’attache à reconstituer son arbre généalogique. Un travail fastidieux au sein des archives à La Réunion, en Métropole et jusqu’au Pérou où Pierre, son aïeul ayant fait souche à La Réunion, est susceptible d’avoir laissé descendance. Avec “Généalogie des Lebon de la Bretagne à Bourbon”, l’auteur s’est consacré durant plus de deux années à la reconstitution d’une épopée familiale qui se confond avec l’histoire du territoire, de 1708 à nos jours.
À l’âge de 23 ans, il s’engage dans la Compagnie des Indes Orientales et dit adieu à une “Bretagne pauvre où règnent l’ivrognerie, les violences et l’illettrisme”.
Il embarque au Port Louis de Lorient le 14 février 1706. À l’issue d’un périple qui le conduit jusqu’aux côtes américaines, au Pérou notamment où l’équipage sera en escale durant plusieurs mois, le “Saint-Louis” accoste à Bourbon en mars 1708.
Dans le journal de bord du navire (retrouvé par l’auteur), outre l’évocation de conditions effroyables de navigation de l’époque, figure l’une des premières descriptions d’une éruption du Piton de la Fournaise.
Pierre Lebon, dit “la joie”, en vertu d’un caractère sans doute sympathique bien que turbulent, voire “tête dure”, échappe à la volonté de la Compagnie des Indes de l’envoyer à Pondichéry en épousant le 18 mai 1711 Jeanne Lepinay, une jeune fille de 16 ans douée de caractère, qui ira contre l’establishment en prenant la fuite avec l’esclave noir Jacques Vel, d’une propriété voisine.
Dans une société esclavagiste qui interdit aux noirs de fricoter avec les blancs et inversement, l’épisode aura l’effet d’une bombe. S’ensuivra un procès qui imposera à Jeanne, laquelle assume pleinement son geste, à (entre autres choses), subir le cheval de bois en place publique de Saint-Paul, et à l’esclave Vel à avoir les cinq doigts du pied gauche tranchés.
De cette relation adultère, naîtra le premier fils de Jeanne : Pierre Paul, que Pierre Lebon sera contraint de reconnaître.
Installés à la Plaine des Sables à Saint-Paul, très précisément sur la concession n° 41, le couple évolue dans le contexte de la culture du café et de la traite négrière destinée à fournir la main-d’œuvre de cette économie florissante.
La vie quotidienne des Lebon et de leurs contemporains, pour la plupart contraints à une agriculture de subsistance, est très précisément décrite par l’auteur qui passe en revue l’ensemble de leurs conditions d’existence, de l’habitat aux maigres loisirs en passant par la nourriture ou encore l’habillement.
L’ensemble du voisinage de Pierre et Jeanne a même été répertorié. Parmi ses voisins, un certain Henry Mussart dont l’un des rejetons deviendra l’un des plus célèbres et redoutés chasseurs de marrons.
Au fil du temps, Pierre Lebon semble avoir acquis une certaine aisance financière, en atteste un compte-rendu d’inventaire garni, d’esclaves notamment.
Le 11 janvier 1716, Pierre est d’ailleurs condamné par l’autorité judiciaire de Bourbon pour avoir trafiqué de la viande de tortue avec des noirs par le biais de son esclave Anselme dit (allez savoir pourquoi), l’Andouille.
Pierre Lebon décède en 1726, écrasé par la chute d’un arbre.
L’auteur qui a retrouvé l’acte de décès de son ancêtre s’interroge :
“Accident domestique, survenu à l’occasion d’un braconnage ou de chasse illicite de mouches à miel dont la cire servait à la fabrication de cierges et de bougies ou même assassinat ?”
Rappelant que Jeanne, loin de l’image de la veuve éplorée, avait convolé en justes noces moins de deux mois après la mort de son premier époux.
Ce qui est le plus étonnant, c’est que le nouveau mari répondant au nom de François Lelièvre, avait, durant les quelques mois précédant le décès de Pierre, obtenu une petite concession non loin de la propriété de ce dernier…
Après Pierre Paul, fruit de l’adultère, naîtront en 1721 et 1722, deux enfants qui décéderont durant leur premier mois d’existence. Viendra ensuite une fille : Pélagie qui, mariée à un pirate allemand (le premier Leichnig de La Réunion) aura descendance.
Le premier Lebon de la branche de l’auteur, Lebon Louis, qui naît le 6/03/1723 engendrera :
- Lebon Louis-François (11/04/1748 – 13/04/1834)
- Lebon Louis Paulin (18/02/1783 – 17/07/1837)
- Lebon Charles (4/11/1833 – 31/07/1881)
- Lebon Épiphane (6/01/1874 – 17/07/1921)
- Lebon Médéric (20/02/1914 – 14/05/1972)
- Lebon Louis Marc (11/03/1945), père de Lebon Johny.
La lignée compte de nombreux personnages qui figureront parmi les premiers colonisateurs du sud de l’île mais aussi une certaine Ester, amante et muse du poète Évariste de Parny qui l’évoque dans son poème n° 3 sous le nom d’Éléonore.
Ce récit foisonnant de 324 pages, agrémentées de moult documents d’archives et de photographies, est proposé en version numérique sur l’essentiel des sites des distributeurs de culture.
Les versions papier sont distribuées par La Nouvelle Colombe au Tampon, les librairies Autrement de Saint-Denis et de Saint-Pierre et l’auteur, avec lequel il est possible d’entrer en contact via les réseaux sociaux.

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