Il ne devait y en avoir qu’un, c’est pourtant à quatre mains que Soufyaan Babaï et Nicolas Sylvander ont repris les rênes d’une AACC moribonde. Objectif : accompagner le nécessaire changement de modèle de la profession. Des sales gosses on vous dit !
Le premier est Réunionnais. Diplômé en marketing, il intègre le secteur de la publicité au sortir de l’IAE et évolue des années durant sous la bannière Havas (ex Luvi). Le second débarque à La Réunion il y a une quinzaine d’années avec une solide expérience de la direction artistique. C’est au sein de Court-Circuit que ces deux-là se retrouvent autour d’une vision, de centres d’intérêts et d’une furieuse envie de “chahuter et faire bouger les lignes”.
En 2020, au sortir du Covid, Soufyaan et Nicolas abandonnent le confort procuré par leurs fonctions respectives pour se lancer dans la création d’entreprise. Le duo d’intrépides inaugure l’agence “Les sales gosses” enécho à leur réputation de trublions de la communication
Appuyée sur la force du binôme complémentaire, l’agence se fait une place dans le paysage local en articulant créativité et vision stratégique, optant pour un positionnement agile qui prend tout son sens dans un contexte de “marchés timides, qui ralentissent, se relancent…” analysent les entrepreneurs qui drivent aujourd’hui une quinzaine de personnes d’horizon différents, détentrices de compétences spécifiques.
L’équipe intègre aussi, de manière ponctuelle, diverses expertises pour répondre aux besoins du marché local et national, régional et ultramarin. Résolus à faire évoluer la publicité à La Réunion et convaincus par l’intérêt du collectif pour y parvenir, Les sales gosses devront néanmoins attendre bien sagement avant de répondre aux pré-requis imposés par l’association de référence : l’AACC, en termes d’années d’existence, de champ d’activité…
Au national, en dépit de ses plus de cinquante ans d’existence, le syndicat professionnel est resté très dynamique. Son antenne Outremer basée à La Réunion elle, est entrée en sommeil en 2021 et ne compte plus que trois agences adhérentes, l’une à La Réunion et deux autres aux Antilles. Non contents d’intégrer l’Association, Les sales gosses, par l’entremise de Soufyaan Babaï en récupèrent la présidence restée vacante.
Reconstruire la maison commune.
“Le défi consiste à remettre du dialogue au sein de la filière” commente le jeune président qui entend réactiver les échanges autour de problématiques managériales, de gestion, de relation client, de recrutement… et qui pour ce faire, s’appuiera sur la mise en commun des outils développés au national pour apporter des réponses aux problématiques juridiques et sociales, à la formation des dirigeants comme des salariés, à la mise en partage de pratiques à l’occasion d’ateliers relatifs aux enjeux de la publicité, dela production, de l’influence ou encore du design. Permettre aux agences de renouer le contact c’est aussi leur offrir d’être plus fortes, de “peser dans le game” en affichant notamment présence au sein de l’AFDASS, du MEDEF… pour faire pencher la balance au bénéfice des intérêts communs des acteurs de la filière.
Exemple avec l’affichage public, souvent décrié : “Personne ne prend aujourd’hui la parole en tant que publicitaire. Nous devons renouer les discussions sur le sujet, réfléchir à comment aller vers une publicité compatible avec les considérations environnementales et sociétales” prône celui qui, ayant déjà porté le message auprès d’une poignée d’agences, a trouvé ces dernières particulièrement réceptives. La construction du modèle susceptible de rayonner sur l’ensemble des territoires d’Outremer est donc désormais sur les rails.
Un secteur en pleine mutation.
C’est particulièrement important pour un secteur régulièrement confronté aux crises et leurs impacts sur les agences, les clients et leurs budgets. “Les crises successives ont entraîné une mutation profonde des agences locales qui ont dû adopter une vision à 360°” constate le président de l’association, confirmant le retour au modèle des agences pluridisciplinaires, aptes à répondre à tous les besoins de communication. “Les agences spécialisées sont ainsi de plus en plus rares” explique celui qui constate également le rajeunissement des directions des agences traditionnelles. Un sang neuf qui aspire à s’intégrer dans un esprit commun, plutôt qu’à travailler chacun dans son coin.
Entre intégration de l’IA “un outil qui sans la création ne vaut pas grand-chose mais qui va exceller entre des mains expertes” commente Nicolas, l’encadrement des appels à compétition qui, s’il demeure essentiel, s’avère une pratique chronophage et peu rémunératrice allant jusqu’à représenter 13% du CA d’une agence, l’AACC Outremer a du pain sur la planche ! Sans compter le travail à poursuivre en faveur de l’attractivité du métier vis-à-vis des annonceurs et des collaborateurs, actuels comme futurs : “faire comprendre au premiers la différence entre une agence conseil et un freelance, aux seconds que la filière ne se résume pas au community management mais intègre une multitude de métiers. Dans un monde idéal, il conviendrait également que les annonceurs puissent se réunir, à l’image de l’Union des Annonceurs de Métropole. Ceci nous permettrait d’avoir des dialogues plus constructifs” termine Soufyaan Babaï.

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