Le Mémento : Vous totalisez plus de 25 années d’expériences professionnelles au sein d’environnements industriels variés. Pouvez-vous nous présenter votre parcours, réalisé en grande partie sur le continent africain ?
Laurent Lescuyer : En 1996, titulaire d’un diplôme d’ingénieur Arts et Métiers j’effectue mon service militaire dans le cadre de la coopération, au sein du Groupe Heineken implanté au Congo (Brazzaville). De retour en Métropole, j’intègre P&G au poste d’ingénieur process puis deviens responsable de l’équipe de conditionnement, sur le site d’Amiens.
À l’âge de 27 ans, un groupe familial camerounais m’offre l’opportunité de repartir pour l’Afrique pour relever les fonctions de direction générale de deux de ses sociétés, basées au Mali. La première fabrique des insecticides à usage domestique, la seconde fournit la matière première : l’eucalyptus. Trois ans plus tard, je rentre en Métropole pour prendre la direction technique du site auvergnat de Destaco qui fabrique des pinces destinées aux équipements robotiques. Un environnement ultra technique mais passionnant qui force ma créativité dans le but d’apporter ma pierre à l’édiÃâ¢fice, sur le volet gestion de production notamment.
4 ans plus tard, l’Afrique me rappelle par l’intermédiaire du groupe Crown, leader mondial de l’emballage métallique qui m’envoie d’abord à Tamatave, puis en Afrique de l’Ouest où il me confie la direction de trois usines en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Sénégal. Après 6 années au service du groupe, j’intègre Castel Afrique au poste de directeur général de la Ã⢠liale de Kinshasa. J’y reste plus de 6 ans, avec de belles satisfactions comme la reconquête de la place de leader. Castel m’envoie ensuite en Éthiopie pour chapeauter les opérations de 5 puis 6 brasseries ainsi que d’un vignoble. Au bout de 10 ans, je quitte le Groupe Castel et tout naturellement, me rapproche d’Heineken avec qui j’ai toujours entretenu des relations de saine compétition.
Le Mémento : Quelle mission vous conÃÂfie Heineken qui vous nomme pour succéder à Edwin Botterman ?
L. L. : Développer Brasseries de Bourbon en tenant compte des spéciÃ⢠cités de l’entreprise, être implanté sur une île par exemple, ce qui est tout nouveau pour moi. Ce développement s’articule autour de deux axes. L’un très industriel : nous avons une belle usine et des équipements performants dont nous devons tirer tout le potentiel. L’autre, commercial : nous devons adapter notre portefeuille-produits à notre outil productif, mais aussi à la demande des consommateurs.
Au-delà, l’insularité nous oblige à la plus grande vigilance quant à l’impact de nos activités sur le territoire. En tant que ¦ euron de l’industrie réunionnaise, Brasseries de Bourbon se doit d’être exemplaire. Nous porterons donc une attention accrue à notre environnement naturel, social, technique… en veillant à ce que notre empreinte soit la plus positive possible. Quatrième point : nous devons créer, au sein de la société, la plus belle des équipes.
Le Mémento : Le temps d’observation vous a-t-il permis de conÃÂ rmer ces orientations ?
L. L. : Ces quelques semaines ont conÃ⢠rmé mon ressenti initial : nous devons utiliser au mieux notre outil industriel et pour cela, designer notre portefeuilleproduits en adéquation avec nos capacités. Le fait de disposer d’un background très technique me fait sans doute appréhender l’environnement industriel sous un angle différent que celui de mon prédécesseur au profil plus orienté finance/commerce. Aussi suis-je particulièrement sensible à l’adéquation entre notre portefeuille-produits et la capabilité de l’usine.
Durant ces quelques semaines où j’ai tenu à rencontrer l’ensemble des équipes, j’ai été marqué par l’ouverture des 250 collaborateurs de la société que j’ai trouvés particulièrement dévoués. Ils n’hésitent pas à discuter, à faire des propositions. Ce n’est pas forcément le cas dans toutes les entreprises qui accueillent un nouveau directeur général. Cette ouverture me fait dire que nous disposons d’une base très solide. On sent que l’entreprise est importante pour ceux qui y travaillent. C’est une chose sur laquelle nous pourrons capitaliser pour avancer. Avec ces équipes, je suis convaincu qu’on va pouvoir avancer dans la bonne direction, mais aussi de manière rapide, sur les axes qui étaient prévus (technique, environnemental, développement des ventes).
Le Mémento : Comment cela pourrait-il se traduire dans les mois qui viennent ?
L. L. : A travers la déÃ⢠nition d’un plan de développement industriel à 2 ou 3 ans. Le site historique est petit mais techniquement processable. Dans le cadre de notre développement, nous allons très prochainement procéder à une étude de marché pour déÃâ¢nir ce que l’on va fabriquer localement et ce que l’on va continuer d’importer. L’objectif étant bien évidemment de fabriquer à La Réunion, pour un impact le plus réduit possible.
En outre, je considère qu’il serait incohérent d’importer des produits d’Europe alors que nous sommes en capacité de les fabriquer ici.
Le Mémento : Pour l’heure, 80% des produits distribués par Brasseries de Bourbon sont estampillés Nou La Fé. Pensez-vous pouvoir faire encore mieux ?
L. L. : Bien sûr ! Nous pouvons et nous devons faire mieux. Nous aurons toujours recours à l’importation en complément de gamme mais nous pouvons élargir notre portefeuille de produits fabriqués localement.
Le Mémento : Avec des répercussions en termes d’emploi ?
L. L. : À partir du moment où l’on développe la production locale, il est évident que le nombre de personnes employées à cet effet croît. Aujourd’hui, la production fonctionne en 2x8, quatre jours etdemi sur 7. Nous avons une capacité industrielle que l’on va pouvoir alimenter. Pour cela, il faut les bons produits et les bonnes personnes. On doit ainsi s’attendre à des recrutements dans les mois, années à venir. Je porte aussi l’ambition de développer l’alternance. Cela me semble d’autant plus pertinent qu’adossé au Groupe Heineken, Brasseries de Bourbon dispose de belles capacités de formation en interne.
C’est un modèle très intéressant qui permet de mettre le pied à l’étrier, mais aussi de garantir à un jeune lorsqu’il sort de l’école, de pouvoir directement entrer dans la vie active.
Le Mémento : Brasseries de Bourbon fait ÃÂgure de pionnière de l’économie circulaire (récupération/réutilisation de bouteilles). Entendez-vous prolonger ce modèle ?
L. L. : Ce système, unique au monde, nous offre de limiter au maximum notre impact écologique sur l’île. C’est en e°et quelque chose que l’on souhaite à la fois renforcer et accompagner. C’est aussi un concept révolutionnaire qui pourrait même être exporté dans d’autres départements d’outremer, au contexte insulaire similaire.
Le Mémento : Pour ÃÂnir, pourriez-vous nous livrer vos premières impressions sur La Réunion ?
L. L. : Pour l’heure, je me suis concentré sur les salariés, et plus particulièrement sur la partie terrain. Mes premières impressions : La Réunion est un bel endroit, avec de belles personnes. C’est l’une des rares fois de ma vie où des personnes que je croisais ou que je rencontrais pour la première fois me demandaient si je me sentais bien ici. Je trouve que c’est une très belle valeur, qui dit beaucoup de l’île… et je retrouve cela chez les salariés des Brasseries de Bourbon, ce qui me fait dire qu’ici, nous allons pouvoir développer de belles choses, et avec plaisir !

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