La Réunion a fêté les 195 anniversaire de l'arrivée de ses premiers engagés indiens

Le 3 juin dernier, la communauté indienne de La Réunion commémorait pour la seconde année consécutive, l’arrivée des premiers travailleurs engagés indiens dans l’île. Pourquoi pour la deuxième année seulement ? Tout simplement parce que la date du 3 juin 1828 a été difficile à établir formellement. “Si l’on disposait d’un marqueur de fin de l’engagisme indien à La Réunion, nos historiens ont longtemps cherché le marqueur du début” explique aniel inienpoullé, président de la Fédération Tamoule de La Réunion.

“La présence indienne à La Réunion re-monte aux origines du peuplement de l’île au XVIIe siècle. Le premier esclave était un jeune Indien de 15 ans et 15 des 37 femmes considérées comme les grands-mères des Réunionnais était indiennes” indique Michèle Marimoutou-Oberlé dans un article “les Indiens à La Réunion, une pré-sence ancienne” publié en 2008 dans la revue “Hommes et Migrations”. Un article consultable sur le site.

Ce qui est stupéfiant, c’est que l’on connaît les noms et prénoms de ces 15 femmes, envoyées dès 1678 par la Compagnie des Indes orientales pour y épouser des colons de La Réunion. “Reste que ces dernières étaient origi-naires de Daman, une petite ville du Gujarat, colonie portugaise. De fait, elles n’étaient pas indiennes statutairement, mais indo-portugaises” précise Daniel Minienpoullé.

Près de 120.000 engagés indiens.

À partir de 1848, la plus importante vague de servage va permettre aux acteurs économiques des colonies françaises, de pallier aux conséquences écono-miques de l’abolition de l’esclavage. L’engagisme ou travail sous contrat d’engagement sera un phénomène mondial qui concernera durant plus d’un siècle plus de 3 millions de travail-leurs, pour moitié originaires d’Inde. Si l’essentiel des 120.000 travailleurs indiens débarqués à l’île de La Réu-nion avec un contrat d’engagement le seront à compter de 1848, le territoire a‘ che la particularité d’avoir accueilli ses premiers engagés, alors que l’escla-vage était encore légal.

Alors que dans l’espace colonial bri-tannique, Maurice est pilote pour le Great Experiment dès 1834, au niveau mondial, c’est seulement à La Réunion qu’on va expérimenter le travail de plus de 3.000 engagés aux côtés des esclaves”apprend-on sur le portail de l’esclavage à La Réunion. “La décision d’introduire ces travailleurs indiens sous contrat a été prise par le Conseil Privé de Bourbon le 6 décembre 1827” précise pour sa part Daniel Minienpoullé.

Les premiers “engagés du sucre”.

Le jour d’arrivée du navire chargé officielle-ment des premiers engagés Indiens de La Réunion, a longtemps fait l’objet de débats et spéculations et c’est à Jean-Régis Ramsamy que nous devons la découverte de la date de 3 juin 1828. Le journaliste et historien de la culture indienne à La Réunion est parvenu à extraire - un peu comme une aiguille d’une botte de foin - la précieuse don-née des milliers de pages de la Feuille hebdomadaire de l’île Bourbon, pré-cieusement conservées aux Archives départementales.

Dans le supplément du 11 juin 1828 de cette publication qui compile l’en-semble des mouvements observés en rade de Saint-Denis, est en eff et men-tionnée l’arrivée d’une goélette du Roi baptisée la Turquoise, laquelle est partie de Pondichéry le 15 avril avec à son bord, 15 indiens cultivateurs dont on découvre plus précisément l’ori-gine géographique : Yanaon (l’une des 5 possessions françaises de la Compa-gnie des indes), mais aussi leurs âges et leurs noms. À l’issue d’un périple de rois mois et demi (dans les faits, ils étaient partis de Yanaon le 16 mars), ces premiers engagés sont envoyés à Sainte-Marie pour o‘cier aux champs.

Ils vont ouvrir la voie à des milliers d’autres engagés Indiens jusqu’en 1885, année de débarquement sur le territoire par la Marguerite, des derniers engagés indiens (trois ans après la Ÿn de la conven-tion liant la monarchie britannique à la monarchie française en termes de contrat d’engagisme), et ce, un certain 11 novembre 1882, marqueur historique retenu par la Fédération Tamoule de La Réunion pour les cérémonies de commémoration initiées en 2003 sur le site du Lazaret de la Grande Chaloupe et les 5 stèles dans les micro-régions de l’île.

La connaissance historique progresse.

Outre les contributions d’éminents historiens de La Réunion : Michèle Marimoutou-Oberlé, Roger Paquiry, Firmin Lacpatia, Jean-Ré-gis Ramsamy, Sully Govindin..., de nom-breuses associations locales participent à l’enrichissement de la connaissance histo-rique et au combat contre les idées reçues. Parmi elles, celle de l’origine des Indiens de La Réunion qui ne sont pas tous venus du Tamil-Nadou.

"Si aujourd’hui nous disons que nous sommes d’origine tamoule, c’est vrai pour une bonne majorité d’entre nous, mais pas pour tous. Beaucoup sont partis de l’intérieur du pays pour rejoindre l’un des principaux ports de partance pour les Mascareignes. D’ailleurs, nous employons également le terme Malbar. Or, lorsque l’on regarde l’Inde du Sud, la côte Malabar se si-tue à l’Ouest. Nous ne venons donc pas tous de la côte Est, (en atteste également l’étymo-logie des noms de famille). Contrairement à ce qui a longtemps été avancé et véhiculé, notamment en 2010 au travers de l’opération Bonjour India, nous ne venons pas tous de Pondichery” insiste Daniel Minienpoullé. Ce que confirme Michèle Marimoutou-Oberlé dans un article consultable sur le site: www.portail-esclavage-reunion.fr

L’émigration en provenance de l’Inde s’étend sur trois périodes : de 1828 à 1830, les engagés proviennent de Yanaon ; de 1848 à 1860, il s’agit de l’émigration dite “des comptoirs français”, essentiellement de Pondichéry et Karikal et de 1860 à 1885, le recrutement s’étend à l’arrière-pays britan-nique à partir de Calcutta, puis de Madras, Pondichéry et Karikal”.

La Fédération Tamoule de La Réunion poursuit un travail de recherche historique initié il y a plus de 20 ans aux côtés d’un de ses membres : l’Espace Culturel et Social du Kôyil de Saint-Denis notamment, et au sein d’un collectif associatif composé de l’AFGR, GOPIO, CRCM, Fédération Tamoule ; collec-tif étant d’ailleurs à l’origine de l’installation au Barachois du Mémorial des ancêtres In-diens sous la houlette du Consulat Général de l’Inde. Un monument inauguré en 2015 en présence du ministre indien Mr.Sharma, du Consul de L’Inde, du président de la Région et du maire de Saint-Denis.


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