Élue le 19 juin 2025 à la tête du MEDEF Réunion, Katy Hoarau insuffle une nouvelle dynamique à la première organisation patronale de l’île. Expert-comptable engagée, présidente du Comité Outre-mer et Corse du Conseil national de l’ordre, dirigeante d’un cabinet de 40 collaborateurs, cette militante du collectif assume pleinement sa vision stratégique. Son mot d’ordre : préparer La Réunion à devenir un territoire plus autonome, plus@résilient et mieux connecté à ses forces vives.
Le Mémento : Vous êtes une femme de multiples engagements. Quelles casquettes portez-vous aujourd’hui ?
Katy Hoarau : Je suis actuellement vice-présidente du Conseil national de l’ordre des experts-comptables, en charge de la dynamique des territoires. Une fonction récente mais passionnante dans le sens où je suis convaincue que chaque territoire est une mine d’or en matière d’initiatives locales. L’un de mes objectifs est d’ailleurs de compiler les meil-leures pratiques développées dans nos régions. Je préside également le Comité Outre-mer et Corse du Conseil national. À ce titre, J’œuvre depuis plus de deux ans à la création d’un écosystème favorable au développement économique et social pérenne dans les territoires ultramarins. Par ailleurs, je poursuis mes missions d’expert-comptable et de commissaire aux comptes et continue à diriger le cabinet HTP Next qui regroupe une quarantaine de collaborateurs à La Réunion et à Bordeaux. Et bien sûr, depuis juin,j’assure la présidence du MEDEF Réunion. J’ajoute à cela mon rôle de maman de deux garçons : Léon 15 ans et Louis 12 ans.
Le Mémento : Comment arrivez-vous à conjuguer toutes ces responsabilités ?
K. H. : J’ai longtemps évolué dans un environnement anglo-saxon, avec une première partie de carrière dans un grand cabinet d’audit international. J’y ai appris des outils puissants: délégation, supervision, coaching. Des mécanismes que j'ai "copié-collé" tout du long de ma vie professionnelle. Au cour de tout cela, je reste fidèle à un triptyque qui guide mon action: accompagner les chets d'entreprise, valoriser les collabora-teurs, assurer la pérennité de l'orga-nisation. L'humain est au centre. Pour moi, l'avenir est relationnel. C'est dans les connexions entre les individus que se joue la réussite.
Le Mémento : Qu'est-ce qui vous a motivée à prendre la tête du MEDEF Réunion?
K.H.: En 2024, la dégradation économique m'a profondément interpellée.
J'ai vu des clients, pourtant solides, venir me dire: "On liquide". Trop d'entreprises sont aujourd hui en difficulté à cause d'un manque d'activité, d'une trésorerie fragile, ou d'un désengagement de l'Etat qui, trop souvent, nous analyse uniquement à travers le prisme budgétaire. Face à cela, j'ai ressenti une urgence d'agir, en structurant un collectif patronal capable de parler d'une seule voix, de porter une vision partagée et de peser dans les débats. Nous ne pouvons plus nous permettre de réagir dans l'instant, sans plan.
Il nous faut une vision long terme, une capacité d'anticipation, des données solides et une gouvernance stratégique. Cest dans cet esprit que j'ai souhaité impulser un MEDEF "de fond", plus robuste, plus ancré.
Le Mémento : Quelles ont été vos premières actions à la tête de l'organisation?
K. H.: J'ai commencé par poser les bases d'une réorganisation interne, avec un cap: 100 jours pour repenser le fonctionnement du MEDEF. Cela inclut une évaluation des commis-sions, la mise en place d'un comité stratégique et d'un bureau structuré.
Sur l'externe, j'ai aussi engagé des rencontres avec d'autres organisations patronales, notamment la CPME, pour coconstruire des positions communes sur des enjeux majeurs : compétitivité, formation, dialogue social... Il s'agit d'agir ensemble, et non plus en silos.
Je compte également rencontrer les filières, les acteurs économiques et les collectivités, pour structurer un dialogue régulier et productif.
Le Mémento: Vous portez l'idée d'une base de données économiques locale. Quel en est l'objectif ?
K.H.: Trop souvent, nous n'avons pas de chiffres pour appuyer nos propositions auprès du gouvernement. Et quand ce dernier nous impose des dispositifs, nous ne pouvons pas challenger les données fournies. Mon ambition est de créer, en lien avec les experts-comptables, l'INSEE, l'IEDOM et nos syndicats profession-nels, une base de données économiques territorialisée, fiable et dynamique. Elle permettra de suivre des indicateurs-clés, de documenter nos demandes et d'orienter les politiques publiques.
dépendance et à relocaliser certaines
Le Mémento: Vous dites vouloir renforcer la coopération entre les entreprises locales. Comment concrétiser cet objectif ?
K.H.: Nous devons penser en termes de résilience économique territoriale. Si La Réunion était isolée demain, combien de temps tiendrions-nous? Et si les aides s'arrêtaient brutalement, que se passerait-il? Ces scénarios stress doivent nous amener à réduire notre dépendance et à relocaliser certaines relations de sourcing, notamment au sein du bassin de l'océan Indien. Cela passera par un comité stratégique dédié, avec une commission import-export. Il existe déjà des embryons de coopération régionale.
Mon objectif est de créer des passerelles entre les différents mondes: économique, institutionnel et même militaire, pour poser les jalons d'une coopération structurée. Mais je ne prétends pas avoir toutes les réponses. Les meilleures solutions viendront surtout de la co-construction.
Le Mémento: Vous parlez aussi d'un dialogue social à réinventer. Quelles priorités identifiez-vous?
K.H.: Nous avons de nombreux sujets à remettre sur la table: le travail dominical, les conventions collectives... Je souhaite rencontrer les organisations salariales, entendre leurs propositions, revenir sur des sujets bloqués et surtout faire évoluer les postures. Mon objectif est d'ouvrir des espaces de discussion apaisés, où l'on ne cherche pas à gagner, mais à avancer ensemble dans l'intérêt de l'économie réunionnaise et de ses salariés.
Le Mémento: Comment mieux insérer les jeunes et fidéliser les talents à La Réunion ?
K.H.: Je suis convaincue que la première richesse d'un territoire, ce sont ses habitants; celle d'une entreprise, son capital humain. L'apprentissage a bien fonctionné ces dernières années et a permis à de nombreux jeunes de s'insérer. Aujourd'hui, son financement est mis à mal ce qui représente un véritable danger.
Par ailleurs, je milite de longue date contre les exonérations de charges patronales, que je qualifie de "trappe à bas salaire". Résultat : les entreprises n'ont pas les moyens de recruter un encadrement intermédiaire, pourtant essentiel à leur structuration et à leur développement. Je rêve de voir émerger à La Réunion de véritables ETI, capables de porter l'économie locale vers l'excellence et d'attirer les talents réunionnais expatriés.
Enfin, sur les seniors, nous allons collaborer avec France Travail dans le cadre d'un nouveau dispositif. Je pense qu'ils sont un levier précieux de partage d'expérience. Je milite pour une vision du travail comme média de lien social, capable de réunir toutes les générations autour d'un projet commun. J'aime l'idée de compléter nos tâches "todo" par une "to kiff list": des actions qu'on aime faire, quiredonnent du sens à notre quotidien professionnel.
Le Mémento: Dans trois ans, qu'aimeriez-vous que l'on retienne de votre action à la tête du MEDEF Réunion ?
K.H.: Ce que je veux laisser, c'est une empreinte collective. Que l'on se dise que, sous ma présidence, le MEDEF a pris ses responsabilités, a agi pour son territoire, a fédéré les forces vives, a produit du fond utile aux entreprises et a contribué à structurer un environnement favorable à la croissance et à la résilience économique de La Réunion. Et surtout, j'aimerais que nos adhérents se reconnaissent dans cette action, qu'ils y trouvent du sens, de la valeur, et un réel bénéfice dans leur quotidien de dirigeant.

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