L'héritage botanique de Commerson à La Réunion

Philibert Commerson est né en 1727 dans la région des Dombes. Au collège il attrape le virus de ce qu’il nommera plus tard sa “botanico-maniaquerie”. En 1748, il intègre la faculté de médecine de Montpellier dont il sera un étudiant assidu, tout particulièrement doué pour la botanique, une matière importante dans le cadre d’études de médecine.

En 1764, le Docteur Commerson s’installe à Paris non loin du jardin Roi où il passe beaucoup de temps à parfaire ses connaissances. Il se lie d’amitié avec le botaniste Bernard de Jussieu et rencontre Pierre Poivre. Par leur intermédiaire, il entre en relation avec des membres influents de l’Académie des Sciences qui le font nommer médecin et naturaliste du Roi. Alors que le ministère de La marine recherche un naturaliste pour accompagner Monsieur de Bougainville sur la première circumnavigation française, le nom de Commerson émerge. En vertu d’un projet d’observation des plus complets, sa candidature prometteuse est retenue. Commerson embarque donc le 1er février 1767 sur la flûte l’Étoile. Dans les faits, il ne fera pas la totalité du voyage.

Le sien s’achèvera à l’île de France lors d’une escale sur le chemin du retour. La raison de son débarquement : une histoire scandaleuse.

L’arrivée dans les Mascareignes.

Le 8 novembre 1768, Commerson débarque à Port-Louis. “C’est la première fois qu’un naturaliste aussi éminent, a l’occasion de mettre sa compétence au service de l’île. Sa mission : réaliser un inventaire botanique destiné à déterminer les ressources du territoire en plantes médicinales et en faciliter l’usage dans les hôpitaux” explique Nicole Crestey qui poursuit : “Logé à l’Intendance à Port-Louis, Commerson partage la table de la famille Poivre et se rend régulièrement en villégiature à Mon Plaisir où se trouve la maison de campagne du gouverneur Labourdonnais (et aujourd’hui le Jardin des Pamplemousses). Pierre Sonnerat est affecté à ses côtés en qualité d’illustrateur. Ce dernier, formé au contact de Commerson deviendra lui-même naturaliste et explorateur et éditera plusieurs récits de voyages”.

Bougainville et Poivre s’étaient également mis d’accord sur un autre projet: envoyer Commerson à Madagascar afin de reconnaître plus précisément les riches productions de l’île. Le 11 octobre 1770, Commerson accompagné d’un nouvel illustrateur : Paul Philippe Sanguin de Jossigny, embarque sur l’Ambulante, direction Fort-Dauphin où il débarque aux alentours du 25 octobre, avant de repartir le 14 décembre de la même année.

Le botaniste n’a jamais caché son enthousiasme pour cette mission, estimant que “la faune de la Grande Île plus qu’un observateur ambulant, aurait même mérité qu’y soient déployées des académies entières”. Le muséum d’histoire naturelle de Paris conserve un herbier de Commerson consacré à 495 espèces de Madagascar et un cahier portant description de 68 plantes.

Une année à Bourbon.

Sur le chemin du retour, l’expédition est forcée de relâcher à Bourbon pour réparer les dégâts causés par un cyclone. Le 6 (ou 7) janvier 1771, le bateau entre  en rade de Saint-Paul. Commerson qui souffre d’un ulcère à la jambe, décide de s’y arrêter pour se rétablir. Il est accueilli très chaleureusement par le gouvernement qui insiste pour le retenir dans l’île afin d’esquisser sa topographique botanique et faire un relevé des plantes médicinales

Choyé par les administrateurs de Bourbon et le fils de l’ancien gouverneur Antoine Desforges-Boucher qui l’accueille au Château du Gol, Commerson recouvre la santé et en profite pour aller herboriser par monts et par vaux. “Il réalise le premier inventaire botanique de La Réunion, lequel nous permet de reconstituer en partie son calendrier et son itinéraire” se réjouit Nicole Crestey.

En janvier, il est à La Montagne, en février dans les hauts de Saint-Paul, en avril au Gol, en juillet, août et septembre toujours dans la région de Saint- Louis qu’il semble apprécier. Durant ce séjour, il visite la Rivière d’Abord, Tan-Rouge, les hauts du Bras de la Plaine et du 10 au 21 novembre, prend part à la première expédition scientifi que organisée au volcan. Un périple relaté par Bory de Saint-Vincent et Jean-Baptiste Lislet-Geoffroy. Le séjour de Commerson à Bourbon s’achève fi n 1771. Il l’aura entièrement mis à profit pour collecter 607 espèces (d’après l’inventaire d’Antoine Laurent de Jussieu). Des échantillons prélevés en plusieurs exemplaires pour en faire profi ter les principaux herbiers d’Europe.

Un travail inachevé.

Philibert Commerson meurt le 13/03/1973 sur l’Île de France. Il est alors âgé de 46 ans. “Même au VXIIIe siècle, même dans les colonies, c’est mourir bien jeune” regrette la conférencière, expliquant que cette mort prématurée empêchera le naturaliste de publier ses observations.

Conformément à ses volontés, ses manuscrits et herbiers destinés au Jardin du Roi seront embarqués à Port-Louis sur La Victoire. Reste qu’aucun inventaire ne sera fait à l’embarquement, pas plus qu’à l’arrivée des 34 caisses en France en 1774. Antoine Laurent de Jussieu qui était chargé de tout classer, archiver et publier n’en fera rien. “Aujourd’hui, les papiers de Commerson ne sont connus que de façon fragmentaire. Pis encore, Lamarque et Jussieu ont prélevé une partie des herbiers pour leur collection personnelle. Une grande partie des travaux de Commerson a ainsi été soit perdue, soit utilisée par d’autres” déplore Nicole Crestey qui a retrouvé une vingtaine de naturalistes français et autant d’étrangers, à avoir exploité ces travaux pour le compte.


0 COMMENTAIRE(S)

Aucun commentaire pour le moment






ACHETER
un exemplaire
version papier ou PDF
Dernières infos en ligne

04.08.2026 | France

RÉGLEMENTATION - AI Act : les TPE et PME face au défi de la conformité



Lire
commentaires Réagir
03.08.2026 | France

Transport aérien - Aéroports de Paris : La baisse des redevances profitera-t-elle aussi à Air Austral, Corsair et French Bee ?



Lire
commentaires Réagir
02.08.2026 | Réunion

Grande distribution à La Réunion : Feu vert sous conditions pour le rapprochement entre les groupes Caillé et IBL



Lire
commentaires Réagir
26.07.2026 | France

Médias numériques : Coupe du Monde 2026, 3,6 milliards de visites sur les médias numériques pendant le Mondial de football



Lire
commentaires Réagir
25.07.2026 | France

Banque de France - Accès aux espèces : Argent liquide, distributeurs automatiques, banques... L'accès aux espèces reste assuré partout en France



Lire
commentaires Réagir
23.07.2026 | Réunion

André Béton lance "Karypédia", une série YouTube consacrée aux traditions des Hauts



Lire
commentaires Réagir
23.07.2026 | Maurice

Axess obtient la certification ISO 9001:2015



Lire
commentaires Réagir
22.07.2026 | Maurice

ER Group vise 28 % de chiffre d'affaires hors de Maurice d'ici 2029



Lire
commentaires Réagir
22.07.2026 | Maurice

Économie – Maurice défend la compétitivité de son centre financier face aux critiques sur les frais de licence



Lire
commentaires Réagir
22.07.2026 | Maurice

Axess lance le nouveau Ford Territory à Maurice



Lire
commentaires Réagir
21.07.2026 | Océan Indien

365 Digital devient le représentant commercial agréé de Google Ads



Lire
commentaires Réagir
21.07.2026 | Maurice

Innovation : Maurice lance un Innovation Challenge consacré à l'intelligence artificielle et à l'innovation durable



Lire
commentaires Réagir
15.07.2026 | Réunion

CAP BOURBON et THALOS déploient l'analyse vidéo par intelligence artificielle pour la pêche à la légine



Lire
commentaires Réagir
15.07.2026 | Réunion

AIR JUMP 974 développe ses partenariats touristiques à Saint-Leu



Lire
commentaires Réagir
14.07.2026 | Mayotte

Brevet en baisse, baccalauréat stable : les résultats 2026 à Mayotte



Lire
commentaires Réagir