Henri Lebon & Christian Dijoux President et DG du Groupe URCOOPA

En s'attaquant simultanément au redressement financier, à la réorganisation du pilotage et aux grands dossiers structurants, l'URCOOPA veut redonner toute sa force au modèle coopératif. Pour Henri Lebon, à la Présidence du Groupe "il s'agit de replacer les administrateurs, donc les agriculteurs eux-mêmes, au cœur des décisions". Pour Christian Dijoux, Directeur Général : "le redressement n'est pas seulement juridique, c'est aussi un travail de culture d'entreprise à construire".

Le Mémento: Christian Dijoux, vous avez pris vos fonctions de directeur général de l'URCOOPA en février dernier. Quel a été votre parcours jusqu'à cette responsabilité ?

Christian Dijoux: Je suis né à Sainte-Rose. J'ai commencé ma carrière dans l'enseignement (primaire et secondaire), avant d'intégrer une école de formation de cadres de la fonction publique à Lyon. J'ai ensuite suivi une prépa ENA à Sciences Po et réussile concours l'année suivante. J'ai exercé diverses fonctions dans l'administration de l'Etat et le corps préfec-toral, j'ai dirigé la Commission de l'océan Indien à l'ile Maurice.

À La Réunion, j'ai occupé le poste de Directeur général des services de la CINOR puis du Département, avant de rejoindre le Groupe Clinifutur. Ayant toujours conservé des attaches avec La Réunion, j'ai rencontré Henri Lebon au moment où s'ouvrait la procédure collective concernant SOFICOOP, détentrice de l'ensemble des actifs du Groupe : CILAM, pôlelogistique SOTRAM/COTRAM, VOLVO, COGEDAL, EVOLLYS...

Le Mémento: Que vous propose alors le président de l'URCOOPA ?

C. D. : Ayant une expérience dans la gestion de ce type de procédures, on me demande " un coup de main". Au même moment, Philippe Puissegur, alors directeur général de l'URCOOPA, choisissait derentrer en métropole pour des raisons personnelles. Comme je travaillais déjà en lien avec le président, les administrateurs et les avocats qui accompagnaient le Groupe, j'étais peut-être le mieux placé pour assurer rapidement la transition. Nous avons donc convenu que j'occuperais une fonction de direction, le temps de stabiliser la situation et de sortir de la procédure collective.

Le Mémento: En quoi consiste précisément votre mission?

C. D. : Elle s'articule autour de deux grands axes. Le premier est la présentation du plan de redressement. Depuis le 17 avril dernier, nous sommes passés de la sauvegarde au redressement.

Concrètement, cela signifie que nous devons présenter un plan d'apurement du passif du Groupe. Grâce au soutien des deux de nos associés, la CPPR et SICA LAIT et de notre partenaire historique, le Crédit Agricole, nous disposons désormais d'un plan robuste. Après une première présentation synthétique au Tribunal de commerce, la version détaillée a été examinée le ler octobre 2025. Siles créanciers votent favorablement et que le tribunal valide le plan, nous sortirons du redressement.

Le second axe est l'amélioration des performances de SOFICOOP. Jusqu'à pré-sent, cette société n'était qu'une holding de participations, sans réelle animation de ses filiales. Chacune fonctionnait de manière autonome, sans vision commune ni recherche d'efficacité collective.

Ma mission consiste à bâtir un Groupe plus cohérent, avec une véritable capacité d'animation. Cela passe par la mise en place d'un système d'information perfor-mant, d'un suivi mensuel des comptes d'exploitation et d'une mutualisation de nos moyens.

A titre d'exemple, les achats jusqu'ici dispersés seront réalisés à l'échelle du groupe.

C'est un chantier de fond qui n'avait jamais été mené et qui doit nous permettre d'améliorer de manière significative les performances du groupe.

Le Mémento : Henri Lebon, pouvez-vous vous présenter et nous dire quelles pistes vous avez identifiées pour améliorer le fonctionnement du Groupe ?

Henri Lebon : Je suis éleveur à La Plaine des Cafres. J'ai présidé la CPPR pendant quinze ans et je suis administrateur de l'URCOOPA depuis 2005. J'en ai pris la présidence en 2023, après avoir été vice-président.

En venant d'un groupe "bien ficelé": la CPPR, doté d'une organisation structurée avec reporting et suivi régulier, j'ai découvert à l'URCOOPA un fonctionnement où l'on ne connaissait la situation des sociétés qu'en fin d'année. C'était trop tard pour réagir. J'ai donc demandé à ce que SOFICOOP devienne une véritable holding, avec un directeur, des services RH et achats, et la capacité de piloterréellement ses activités. J'aiaussi constaté un fonctionnement en silos, chaque filiale étant quasiment livrée à elle-même.

Les agriculteurs qui siègent au Conseil d'administration doivent rester aux commandes. Pour cela, il faut de l'ordre, de la transparence et des outils de suivi. Les filiales réclament d'ailleurs une feuille de route. Il appartient aux actionnaires de la tracer pour donner un cap clair. Une fois que nous aurons retrouvé cette cohérence, l'agriculture réunionnaise dans son ensemble, et pas seulement l'élevage, en sortira renfor-cée. Car notre responsabilité dépasse nos entreprises: nous devons créer des emplois, aménager le territoire et parti-
ciper à la protection de l'environnement.

À Grand-Ilet (com-mune de Salazie), une quarantaine d'éleveurs sont installés, dont une vingtaine dans la filière porcine et une vingtaine dans la volaille. Leurs exploitations produisent deseffluents qu'il faut absolument traiter, en particulier le lisier qui doit être séparé afin de transformer la partie solide en engrais et d'éviter que la partie liquide ne pollue les sols et les cours d'eau. Nous avions un outil, Camp Pierrot, mais il n'a jamais vraiment fonctionné et qui est aujourd'hui à l'arrêt. La conséquence est lourde: les effluents sont transportés par camions vers les bas de l'île, avec des coûts logistiques élevés et un impact environnemental évident.

Notre volonté est de remettre en service cette unité afin que le traitement puisse se faire directement sur place, dans de bonnes conditions. Ce dossier est à la fois environne-mental, économique et social. Les éleveurs de Grand-Ilet ne peuvent pas continuer à supporter seuls ces contraintes. Nous devons leur apporter une solution pérenne, qui leur permette de poursuivre leur activité dans le respect des normes et de l'environnement.

Le Mémento: Un enjeu qui dépasse certainement Salazie ?

H. L.: L'urgence se situe aujourd'hui à Salazie, mais d'autres zones sont concer-nées. À Saint-Joseph ou encore du côté de Saint-Leu, des problématiques simi-
laires émergent. Il faudra anticiper.

C. D. : Nous sommes dans une situation pa radoxale: nous importons massivement de lengrais, alors que nous pourrions en produire localement à partir de ces effluents, et de très bonne qualité. Ce serait à la fois un gain économique et un levier d'autonomie.

Le Mémento: À plus long terme, l'environnement pourrait-il constituer une nouvelle branche d'activité du Groupe ?

H.L.: Concernant les effluents, nous n'aurons pas le choix. Soit, nous déléguons la mission et cela se répercutera sur les prix payés par les consommateurs. Soit, nous le faisons nous-mêmes, en acceptant que ce soit un centre de coût et non une source de profit. Mais c'est indispensable si nous voulons viser la souveraineté alimentaire et permettre le développement des élevages.

C. D.: Autre exemple: aujourd'hui, nous importons 50% de la volaille consommée à La Réunion. Nous pourrions produire davantage et couvrir jusqu'à 80 voire 90% de nos besoins.

Reste que le préfet a enjoint aux deux grands groupements de réduire leur production de 5% par an, tant que nous n'avons pas la capacité de traiterles déchets. Cela illustre bien importance de disposer d'outils adaptés. L'URCOOPA n'a cependant pas vocation à tout porter seule, ni à dominer les secteurs agricoles et industriels. Nous souhaitons que d'autres partenaires s'im-pliquent. Mais nous devons jouer notre rôle d'initiateur, car ces questions sont au cœur de l'avenir agricole de l'île.


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