C'est une histoire à la fois mystique, historique et géopolitique, que I'on croirait tirée d'un roman de Dan Brown. L'Arche d'Alliance, ce coffre sacré décrit dans la Bible comme contenant les Tables de la Loi données à Moïse, aurait échappé à la disparition totale. Et, à en croire de nombreux chercheurs, prêtres et aventuriers, elle reposerait aujourd'hui dans un lieu bien réel :l'église Notre-Dame-de-Sion à Axoum, au nord de l'Éthiopie. Une rumeur? Un mythe entretenu par le pouvoirreligieux local? Ou une vérité soigneusement protégée? À moins de 3 000 kilomètres de La Réunion, l'énigme fascine de plus en plus dans l'océan Indien.
Une origine biblique et un mystère ancien
L'histoire del'Arche d'Alliance commence dans l'Ancien Testament. Moise, après avoir reçu les Dix Commandements sur le mont Sinai, les fait placer dans un coffre en bois d'acacia recouvert d'or, doté de deux chérubins ailés. Ce coffre devient alors l'objet le plus sacré du peuple hé-breu, signe visible de la présence divine.
Selon les Ecritures, l'Arche aurait accompagné les Israélites dans leur conquête de Canaan, avant d'être installée au Temple de Salomon à Jérusalem. Puis, plus rien. À la suite de la destruction du Temple par les Babyloniens en -586, l'Arche disparaît des textes bibliques. À partir de là, l'objet devient légende. Beaucoup pensent qu'elle a été cachée avant l'as-saut. D'autres la disent détruite. Et certains soutiennent, avec une conviction parfois fanatique, qu'elle aurait été trans-portée... en Afrique.
La piste éthiopienne: entre foi et silence
C'est en Ethiopie que l'histoire prend une tournure étonnante. Dans la petite ville d'Axoum, ancienne capitale d'un puissant royaume, les prêtres de l'Eglise orthodoxe éthiopienne affirment, sans trembler, que l'Arche d'Alliance est bien là, conservée dans une chapelle jouxtant Téglise Sainte-Marie-de-Sion.
"Depuis des siècles, elle y est gardée par un seul pretre, choisi a vie, qui ne quitte Jamais l'enceinte du sanctuaire" ,expliquait le journaliste britannique Graham Hancock dans son livre The Sign and the Seal, qui a largement popularisé cette thèse dans les années 1990. Interdiction de l'approcher. Interdiction même de la voir. "Mais pour les Éthiopiens, il n'y a aucun doute", écrit Hancock. "L'Arche est là, et son pouvoir est intact."
Le récit qui lie lArche à l'Ethiopie trouve sa source dans un texte ancien, le Kebra Nagast, chronologie sacrée du peuple éthiopien. Selon ce manuscrit du XIVe siècle, la reine de Saba qui aurait rendu visite à Salomon aurait eu un fils avec lui, Méné-lik le, futur roi d'Ethio-pie. Celui-ci, lors d'un pèlerinage à Jérusalem, auraitramené l'Arche en Éthiopie. Vol ou transfert divin? Là encore, les versions varient, mais toutes s'accordent à dire que l'objet n'a jamais quitté Axoum depuis.
Un enjeu religieux... mais aussi politique.
Pourquoi l'Eglise orthodoxe éthiopienne maintient-elle le mystère? D'abord par foi. L'Arche représente un lien sacré entre Dieu et l'Ethiopie. L'Eglise en a fait un élément fondateur de son identité, au point que chaque église du pays contient une réplique de lArche, placée dans le sanctuaire principal. Mais ce silence s'explique aussi par des raisons politiques.
L'Ethiopie est un pays fracturé, à l'histoire complexe, où lareligion joue un rôle de cohésion nationale. Lidée que lArche s'y trouve est une source de fierté, mais aussi de stabilité symbolique. En révéler l'absence-ou l'existence, avec les bouleversements que cela impliquerait pourrait déstabiliser tout un équilibre millénaire. "C'est un pouvoir immense, et tout pouvoir immense s'entoure de légendes et de gardiens", confie un diplomate français passé par Addis-Abeba.
Des Occidentaux en quête de vérité. Au fil des décennies, plusieurs chercheurs ou aventuriers ont tenté de vérifier la véracité de la légende. En vain. Ni National Geographic ni les équipes de la BBC, ni même les experts israéliens n'ont pu accéder au sanctuaire d'Axoum. Seuls quelques témoins affirment avoir vu l'Arche de loin, à travers une tenture ou sous un voile.
Le regretté professeur Edward Ullendorff, éminent spécialiste de l'Afrique orientale, avait déclaré dans les années 90 : "Je suis un des rares Occidentaux à être entré dans la chapelle de l'Arche, dans les années 40, alors que j'étais officier britannique. Il n'y avait là qu'un autel et une copie sans valeur. Ce n'était certainementpas l'Arche. "Mais ses propos, jugés blasphématoires par les autorités éthiopiennes, ont été discrédités localement.
Un lien ténu avec l'océan Indien et La Réunion
Que vient faire La Réunion dans cette affaire? C'est la géographie qui in-terpelle. Axoum se situe à moins de 3 000 km de l'île, un détail qui ne manque pas d'attiser les fantasmes. D'autant que l'Ethiopie fut autrefois une puissance commerçante importante de la mer Rouge et du canal du Mozambique. lest historiquement attesté que des relations commerciales existaiententre l'Ethiopieet Madagascar dèsle XV siècle", expliqueun historien réunionnais. "Et par ricochet, des objets ou récits sacrés ont pu transiter par les Mascareignes."
Plus récemment, c'est une curiosité touristique et spirituelle qui commence à naître. Certains guides touristiques à La Réunion proposent désormais des "circuits culturels et religieux" vers Axoum, présentés comme des pèlerinages historiques. Une initiative timide, mais qui montre bien à quel point le mythe fascine aussi dans notre île, aux carrefours des continents, à mi-chemin entre la foi, la légende et la géopolitique.
Alors, l'Arche est-elle là ?
La vérité, c'est qu'aucune preuvescientifique n'a jamais confirmé l'existence actuelle de l'Arche. Mais c'est peut-être précisément ce qui rend le mystère si puissant. "L'Arche d'Alliance, au fond, est un miroir de nos croyances", conclut l'auteur Michel Biehn, spécialiste des objets sacrés. "Elle existe parce qu'on veut qu'elle existe. Et tant que l'on ne pourra pas prouver le contraire, elle restera une énigme vivante."
Une énigme qui, à défaut d'être résolue, relie La Réunion à l'une des plus grandes quêtes de l'histoire biblique.

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