Kréatèr, c’est le nom que Bruno Dufestin a récemment adopté pour sa société rassemblant un large éventail d’activités et de compétences. “Je l’ai choisi pour parler du feu intérieur créatif qui m’anime avec cette idée qu’il faut le laisser exploser comme un volcan”. C’est bien le chemin emprunté par le Réunionnais depuis ses débuts comme illustrateur puis comme formateur indépendant en arts graphiques (dessin et peinture). “Je suis tombé dans l’univers du jeu en voulant rendre mes ateliers plus ludiques”, précise-t-il.
À ce jour, Bruno Dufestin a créé une dizaine de jeux de société dont Trock, d’autres jeux de cartes à collectionner et marchander, des jeux éducatifs qui font tomber amoureux des chiffres, un jeu de rôle dans l’univers médiéval (Wyvern, la cité noire), un jeu de football sanguinaire qui a lieu en enfer (Under eld)... Le créateur estime qu’un jeu est terminé quand il est joué et pas forcément édité.
Ce qui n’empêche ni les négociations d’aller bon train pour en éditer certains quitte à les éditer à compte d’auteur, ni les démarches pour trouver un distributeur, local si possible.
Sobat, c’est son projet actuel de création d’un jeu de cartes à collectionner. Sa particularité consiste à le cocréer avec d’autres joueurs qui participent au dessin des cartes, le testent, constituent cette communauté nécessaire à son bon fonctionnement. “J’aime cette idée d’évoluer avec un jeu en phase de construction”, dit celui qui sillonne toute l’île pour impliquer petits dès l’âge de 2 ans et grands dans cette aventure créative et ludique. Chaque carte du jeu est unique et il faut un minimum de 200 pour le lancer. Bruno Dufestin fournit le format et la charte graphique pour garder une certaine unité. Le jeu sera gratuit dans un premier temps, on pourra télécharger et imprimer les cartes depuis chez soi.
La passion du jeu, du créole et du dessin.
L’autre particularité de Sobat qui signifie “bataille, combattre” en créole concerne sa langue, le créole, un choix assumé “qui évoque les mots de notre enfance, les jeux d’antan et s’amuse avec des jeux de mots. Je voulais toucher à la part intime des Réunionnais”, souligne l’illustrateur. Granmèr Kal, kel heure y lé ? Philippine, etc., ce qui lui importe c’est de faire le lien entre ce patrimoine ésotérique, culturel et le plaisir de jouer ensemble. Cela va même plus loin avec la volonté de “renouer du lien avec la langue créolepour garder son accent et la poésie de ses mots”. Licencié en créole réunionnais, Bruno Dufestin a développé un amour pour sa langue qui s’exprime de bien des manières selon les personnes. “Faire vivre une langue passe par sa production, le fait de la parler et de l’utiliser” et certainement pas par une approche militante car “le créole ne crie pas, il reste humble dans sa présence”.
La joie et le plaisir de parler créole s’ajoutent à ceux du jeu, de la pédagogie et la création artistique. Bruno Dufestin s’est essayé un temps à la BD, il excelle dans le genre du portrait et dessine très vite. “Dessiner les gens est une passion. J’adore performer et me mettre à l’épreuve”, avoue-t-il. Les médias font régulièrement appel à lui pour réaliser les croquis lors des audiences au tribunal. “J’y vais, j’ouvre les yeux et je dessine ce que je vois. Il faut oublier son ego, la clim trop forte ou d’autres gènes, je dois raconter la scène, son évolution et sa résolution, au pire moment de la vie de la personne, tout le monde me regarde, et moi je dessine comme un enfant au milieu de la salle”, témoigne l’unique dessinateur judiciaire de La Réunion. Aurait-il pu imaginer que sa passion allait aussi le mener dans ce mondeà forte intensité dramatique où il n’est plus question de fun et de jeu ?

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