Régine Moutan Virin incarne à la fois l'expérience de terrain et une responsabilité institutionnelle, dans la valorisation du Tourisme à La Réunion à travers Clévacances. Entre parcours personnel et vision du tourisme, cette figure de l'agrotourisme à La Réunion revient sur les enjeux du tourisme ultramarin, et rappelle aux professionnels du secteur la nécessité d'un engagement sincère envers les autres, les territoires et la nature.
Le Mémento: Vous êtes gestionnaire de gite, présidente du label Clévacances à La Réunion et pour la délégation outremer et occupez des fonctions au sein d'Aéroport de La Réunion. Comment s'est construit votre parcours dans le secteur touristique?
Régine Moutan Virin : Mon parcours est intimement lié à mon histoire person-nelle. Mon mari, Bernard, est exploitant agricole depuis plus de trente ans. Située au Guillaume Saint-Paul, l'exploitation agricole familiale est un petit paradis associant culture de la canne à sucre, culture maraîchère, élevage, chambres (4 bungalows) et table d'hôtes.
Notre projet de diversification n'est pas né dans une dimension purement économique. Il relève de l'ambition de développer un projet agro-touristique, du champ à la table, qui nous ressemble et au travers duquel nous pourrions pleinement exprimer notre amour de la cuisine, de la rencontre, de l'échange et de l'hospitalité réunionnaise. Un projet familial auquel ont été pleinement associés nos deux garçons, Adjaye et Akilesh. Ouvert sous de très bons auspices, le 14 février 2016, le gîte a été labellisé Clévacances.
Le président de l'époque, Patrick Du-guet m'a rapidement proposé d'intégrer le conseil d'administration. Suite à son départ de la présidence, désireuse d'apporter mon savoir-faire, mon regard, mon engagement et de perpétuer les valeurs véhiculées par Cévacances mais surtout, par ce que j'aime mon territoire, j'ai brigué la présidence de Clévacances à La Réunion. J'occupe cette fonction depuis 2017.
Le Mémento: Pouvez-vous nous rappeler ce qu'est le label Clévacances et ce qu'il garantit aux voyageurs?
R.M-V: Clévacances a été introduit à La Réunion en 2011 par Jacky Bègue, à qui je tiens à rendre un hommage appuyé.
C'est un label dédié aux structures d'hébergement : gites, chambres d'hôtes mais aussi aux locations saisonnières, qui dans son approche et sa dimension humaine, traduites dans son référentiel, garantit des structures qui ont conservé leur authenticité. On a cette liberté quand on est labellisé Clévacances, de pouvoir concevoir une structure qui nous ressemble. C'est ce qui fait la force de Clévacances, "un label en toute liberté".
Le Mémento: Combien de structures sont aujourd'hui labelisées à La Réunion? Le label est-il bien identifié?
R.M-V : On compte plus d'une de 35.000 structures labellisées en France et à La Réunion, environ une centaine. En plus de la labélisation, Clévacances est accrédité par l'AFNOR pour le classement en meublé de tourisme. Le classement se fait en étoiles, la labélisation en clefs. Le label est bien identifié par les porteurs de projets, qui, à plus de 80% font appel aux aides européennes. La labellisation, quelle qu'elle soit est la porte d'entrée aux aides.
Le label, c'est aussi une marque de reconnaissance, tant pour l'hébergeur qui se voit attester que sa structure est engagée dans une démarche de qua-lité, que pour le voyageur qu'il sécurise. Tout cela concourt à renforcer la qualité et la visibilité de l'offre touristique réunionnaise.
Le Mémento : En qualité de présidente, vous vous devez d'accompagner les propriétaires dans leur démarche de labellisation mais aussi de montée en qualité
R.M-V: Nos actions sont dirigées autant sur la création que sur l'existant. Dans les deux cas de figure, je me rends sur site d'abord pour faire connaissance avec le propriétaire pour comprendre sa démarche et pourquoi il choisit aujourd'hui de s'engager dans ce label. Pour l'existant, je visite la structure, conseille, travaille avec le propriétaire sur le référentiel, aide au montage du dossier. Pour la création, je travaille en collaboration un technicien et l'architecte sur la base du référentiel...
Mon rôle en tant que présidente n'est pas seulement celui d'un responsable de réseau. J'ai besoin de me nourrir du terrain, d'être en contact avec les prestataires.
A l'échelle nationale, je participe à la convention qualité. A ce titre, je contribue à assouplir des conditions qui ne seraient pas adaptées aux spécifiés du ter-ritoire. Exemple: la climatisation dans les hauts de l'ile, les vélux... En revanche, certains impératifs restent nécessaires, voire obligatoires dans le cadre de la création, l'accès PMR notamment.
Le Mémento : Depuis 2017, être-vous parvenue à imprimer la patte Régine Moutan Virin dans le tourisme ultramarin?
R.M-V : la spécificité que j'ai apporté à Clévacances Réunion, qui a d'ailleurs été reprise à l'échelle nationale, c'est l'intégration, à l'occasion du Covid, de la notion d'agritourisme. Notre structure d'hébergement du Guillaume, Citron galet est enregistrée sous le numéro de SIRET de l'agriculteur.
Quand nous avons eu à faire la demande d'aides dans le cadre du FNS, l'administration nous a dit que nous n'étions pas éligibles parce que nous étions agriculteurs. Parallèlement à cela, il n'y avait aucune aide affectée aux agriculteurs en agritourisme. J'ai donc fait appel au Département de la Réunion ainsi qu'ala Chambre d'Agriculture de La Réunion et épluché le code du tourisme pendant trois nuits entières.
La démarche a abouti à la rédaction d'un avenant au niveau local, lequel a permis l'éligibilité des agriculteurs développant une activité touristique professionnalisée en parallèle de leur activité principale. 62% des agriculteurs réunionnais concernés ont ainsi pu percevoir des aides entre 1.500 et 5.000€. Parallèlement à cela, j'ai rédigé une charte intitulée "Clévacances en agri-tourisme",', laquelle a été validée par la fédération au niveau national, pour une adaptation sur l'ensemble du territoire. Alors que l'agritourisme était auparavant complètement noyé dans l'écosystème touristique, aujourd'hui, un agriculteur peut avoir une chambre d'hôtes labellisée Clévacances agritourisme.
Le Mémento: Quelles évolutions entendez-vous aujourd'hui porter?
R.M-V: L'évolution s'opère au quotidien. Quand un client arrive, on évolue dans le sens où nous lui accordons un espace et lui sa confiance. Et donc on évolue ensemble. Bien-sûr des trajectoires et des stratégies sont mises en place pour accorder l'offre à la demande mais les évolutions s'opèrent du fait que nous vivons des choses en instantané.
Ainsi, la place du prestataire est centrale dans le sens où son rôle va au-delà de celui d'ambassadeur. En véhiculant ses valeurs, ses passions, il apporte une dimension qui va au-delà du cadre tou-ristique. On parle d'expérience client, mais c'est quelque chose qu'on ne programme pas, on vit avec, on vibre avec. C'est le prestataire qui permet à un territoire de vibrer. Je pense qu'on doit intégrer le propriétaire au cour de son territoire, lui permettre d'aller s'expo-ser, à l'occasion des salons touristiques notamment pour, plus que d'être acteur, devenir le metteur en scène de son offre touristique.

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